Vidéos sur la non-dualité
La vie sans centre : expériences non-duelles
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Il ne s’agit pas d’être bouddhiste, il s’agit avant tout d’être un bon être humain…
Sa Sainteté le Dalaï-lama
Voici un extrait d’un enseignement donné par Taï Sitou Rinpoché en octobre 1997 à Samyé Dzong Bruxelles, précisément sur la Bodhicitta ou Esprit d’Eveil
» Essayer de méditer et de mettre en pratique les méthodes du Vajrayâna qui visent à nous permettre d’atteindre l’éveil sans la Bodhicitta est une tentative bien étrange qui de surcroît n’aboutira jamais à rien.
Nous pourrions la comparer à vouloir créer une machine qui serait un bouddha. Tous nos efforts, toutes nos recherches pour créer ce robot-bouddha sont voués à l’échec car c’est tout simplement impossible.
Cela reviendrait aussi par exemple à nous efforcer de faire fonctionner toutes les parties de notre corps et de notre cerveau, à nous entraîner ainsi à devenir des bouddhas: à pure perte.
Pourtant, c’est à cela que revient la mise en pratique des méthodes du Vajrayâna, les méditations, les exercices respiratoires, les visualisations, etc, sans la Bodhicitta: à faire travailler toutes les parties de notre cerveau, convaincus que si nous parvenons à tout faire fonctionner, nous deviendrons nécessairement des bouddhas.
Cela semble, théoriquement, scientifique: quand le potentiel d’un cerveau humain est complètement utilisé, nous devons obtenir un bouddha. Loin de moi l’idée de critiquer la science, je la respecte bien évidemment. Sans la science nous ne serions pas ici ensemble ce soir: je serais toujours en train de marcher au Tibet.
De plus, sans la science, je ne serais sans doute pas en vie à ce jour: lorsque j’étais petit, je suis tombé gravement malade et c’est à la médecine allopathique que je dois d’avoir survécu. J’apprécie et je respecte la science.
Toutefois aucun moyen scientifique ne nous permettra jamais de produire un bouddha. Faire passer une décharge de 10 millions de volts dans le cerveau de quelqu’un dans l’espoir d’en faire un bouddha ne fera que détruire ce malheureux. De même, nous efforcer de faire fonctionner tous les recoins de notre cerveau sans avoir développé la Bodhicitta risque fort de nous rendre complètement fous !
La Bodhicitta est une base essentielle pour la transformation effective d’un être vivant. La véritable transformation d’un être humain dans le cas qui nous occupe.
Nous voyons dès lors toute l’importance de la Bodhhicitta qui constitue à la fois le fondement de l’éveil et la méthode pour le réaliser.
La base, la voie et le résultat
Nous avons maintenant une compréhension élémentaire de ce qu’est la Bodhicitta: nous connaissons sa signification littérale et nous savons qu’elle est importante. Approfondissons nos connaissances en étudiant le sens de la Bodhicitta selon les Soutras et les Tantras. La Bodhicitta s’y trouve très souvent expliquée en termes de Base, de Chemin et de Résultat.
1. La Bodhicitta Ultime ou la Bodhicitta de la Base
De ces trois principes, c’est en fait par le premier, la Bodhicitta de la Base, que l’on peut comprendre assez clairement et de manière approfondie ce qu’ est la Bodhicitta.
Commençons donc par la Base.
La Bodhicitta de la Base est très importante car, quoi que nous disions, nos propos doivent reposer sur une base. Sans une base, nos affirmations sont sans fondement et nous avons dès lors affaire à un complot! Sans fondement, nous tombons dans une conspiration, n’est-ce pas ? Il nous faut donc un fondement.
Lorsque je dis « Je souhaite atteindre la bouddhéité pour le bien de tous les êtres afin qu’à leur tour ils atteignent la bouddhéité », il s’agit bien là de la Bodhicitta. Ce souhait doit avoir une base. Il ne peut s’agir seulement de belles paroles. Si ce ne sont que de belles paroles dépourvues de fondement, il s’agit alors d’un complot. Il leur faut donc nécessairement une base.
Cette base est la Bodhicitta de la Base, appelée également, dans la terminologie du Mahâyâna et du Vajrayâna , la Bodhicitta Ultime , en tibétain « teundam tchang tchoub dji sem » . La Bodhicitta Ultime est donc la base. La Bodhicitta Ultime signifie que l’essence ultime de tous les êtres vivants est Bouddha.
L’essence de tous les êtres est Bouddha. En sanscrit, on utilise le terme Tathâgatagarbha, en tibétain « déwar shépé nyingpo », ce que l’on traduit en français par la « Nature de Bouddha ». La base est donc que chaque être vivant est en essence Bouddha.
Lorsque nous exprimons le voeu : « Je souhaite devenir un bouddha », en fait nous sommes déjà des bouddhas sur le plan ultime.
Sur le plan relatif, nous ne sommes pas éveillés, mais au niveau ultime, nous sommes déjà des bouddhas. De même, lorsque nous disons: « Je souhaite devenir un bouddha pour le bien de tous les êtres, afin de les aider à devenir eux aussi à leur tour des bouddhas », en fait tous les êtres sont déjà des bouddhas au niveau ultime. Ils l’ont toujours été, sans qu’ils soient déjà éveillés pour autant. Voilà donc la base: la Bodhicitta de Base ou Bodhicitta Ultime.
En utilisant d’autres mots, nous pourrions dire que chaque être vivant a un potentiel illimité, que chaque être vivant est parfait au niveau ultime. Nous pouvons certes utiliser de telles expressions, mais la véritable signification de la Bodhicitta Ultime, c’est la Nature de Bouddha.
Les choses peuvent parfois sembler bien compliquées, mais si nous nous détendons vraiment, si nous cessons de nous exciter, cela devient fort simple. Si nous nous détendons et restons juste tels quels, sans ressasser le passé, sans anticiper le futur, si nous demeurons simplement détendus et en paix dans l’instant présent comme l’a enseigné le Bouddha, nous sommes plutôt bons. Mais oui ! Si nous lui laissons la chance de se manifester, l’aspect positif de nous-mêmes va apparaître et, sans dire pour autant que nous allons nous manifester immédiatement en tant que bouddhas, nous serons bien meilleurs qu’autrement, ce qui prouve bien que notre essence la plus profonde est bonne et positive. Ne me faites pas dire que je vous conseille de ne plus faire de plans pour le futur ou de ne plus penser au passé ! Ce que je veux dire c’est que si vous consacrez quotidiennement 15 ou 30 minutes pour vous détendre et demeurer en paix, votre véritable essence, un peu de votre véritable essence, va se mettre à fonctionner. Bien sûr, elle fonctionne en permanence mais parfois ce fonctionnement reste mystérieux.
Donc, si nous laissons à notre Nature de Bouddha la chance de se manifester en nous accordant une séance quotidienne de méditation (car c’est en fait ce que l’on appelle la méditation), notre vraie « couleur » ou, pour être plus juste, notre vraie nature va effectivement se manifester. Or il n’y a rien d’autre en nous que du bon. Plus profondément nous l’explorons, plus nous atteignons notre nature profonde, meilleure elle apparaît. En effet, l’essence ultime de tout être est Bouddha. L’essence ultime de tout être est parfaite et sans limites. Voilà la définition simple de la Nature de Bouddha, de la Bodhicitta Ultime.
Vous pouvez considérer n’importe qui, vous pouvez vous considérer vous- mêmes, ou même penser à quelqu’un de vraiment négatif. Nous avons tous quelqu’un que nous considérons, historiquement parlant, comme le prototype de la personne la plus négative. Les tibétains ont de telles personnes et vous devez certainement également en avoir. Pensez à cette personne et posez-vous la question: « cette personne est-elle mauvaise et malfaisante à un niveau ultime ? »
Résolument pas ! Certes, elle est malfaisante – je ne citerai pas de nom mais je crois que vous pouvez imaginer qui j’ai en tête et je devine également à qui vous pensez, historiquement parlant. Et certes, de telles personnes sont négatives, de telles personnes sont mauvaises, malfaisantes, c’est vrai. Mais sont-elles mauvaises au niveau ultime ? Impossible ! Tant de circonstances ont rendu ces personnes mauvaises. Elles auraient sans doute pu contrôler leurs tendances négatives, mais elles ont choisi le mal. Ce n’est peut-être pas vrai pour toutes, mais nous voyons clairement, en lisant les livres d’histoire, que ce fut le cas pour la plupart d’entre elles.
Pourtant, au plus profond d’elles-mêmes, ces personnes sont Bouddha. Si une telle personne pouvait se calmer et, sans revenir au passé ni penser au futur, laisser son essence la plus profonde se manifester, elle aurait bien plus qu’une chance de devenir un être humain bon, compatissant, parfait – au point de pouvoir se manifester comme un bouddha.
L’essence ultime des êtres malfaisants n’est pas mauvaise. La manifestation relative de tels êtres est malfaisante et ce pour tant de raisons. L’ampleur du mal qu’ils génèrent peut varier. Certains font le mal sur une vaste et terrible échelle, d’autres sont nuisibles avec une ampleur moindre, mais quoi qu’il en soit, leur essence n’est pas mauvaise et cette essence peut être éveillée. Ils peuvent changer, ils peuvent s’améliorer. Il n’y a pas le moindre être vivant qui ne puisse se transformer.
C’est ce qu’on appelle la Bodhicitta de la Base, ou la Bodhicitta Ultime.
La Bodhicitta Ultime existe, elle est la base grâce à laquelle notre souhait « Puis-je atteindre la bouddhéité pour le bien de tous les êtres afin qu’ils atteignent à leur tour la bouddhéité n’est pas un complot. C’est cette base qui authentifie notre démarche, qui lui donne une base, un fondement.
2. La Bodhicitta relative ou la Bodhicitta de la voie
La Bodhicitta relative est la voie. La Bodhicitta de la Base est la Bodhicitta ultime, ce qui signifie que la Bodhicitta relative est la voie. La Bodhicitta relative est fort simple. Si la Bodhicitta ultime est notre essence même, cette essence ne se manifeste pourtant pas facilement. Nous comporter de manière positive nécessite de notre part un effort certain, alors que nous montrer négatifs ne nous pose pas le moindre problème. Nous n’avons pas à nous forcer beaucoup pour devenir des drogués ou des alcooliques, cela se fait très facilement.
Par contre, nous devrons travailler dur pour nous désintoxiquer ou nous défaire de n’importe quelle mauvaise habitude, cela ne se fera pas tout seul. Il ne devrait sans doute ~ pas en être ainsi, mais si tomber dans une mauvaise habitude est facile, en sortir n’est pas chose aisée. Pourquoi?
Parce que nous sommes restés longtemps dans ce genre de « voisinage », le voisinage de la négativité. Vie après vie, nous nous sommes laissés aller avec une complaisance excessive à suivre le cours de nos pensées discursives et de nos souillures. C’est notre propre choix, notre propre faute, ce n’est celle de personne d’autre. Nous avons passé beaucoup de temps et consacré tant d’énergie pour nous confectionner une camisole de force, et voilà que nous la portons maintenant ! C’est notre oeuvre, personne d’autre ne l’a faite pour nous, c’est ainsi…
Bien que la Bodhicitta ultime soit une chose si précieuse, la Bodhicitta relative nécessite des efforts. Nous pourrions définir ainsi la Bodhicitta ultime et la Bodhicitta relative: nous n’avons rien à faire quand il s’agit de la Bodhicitta ultime, elle est toujours présente, par contre il nous faut développer la Bodhicitta relative. Le chemin du Bodhisattva, la voie de la Bodhicitta est donc la Bodhicitta relative. La Bodhicitta relative comprend toutes les voies et les méthodes que l’on applique pour réaliser la Bodhicitta ultime. La Bodhicitta relative a pour point de départ l’aspiration mentionnée précédemment et elle est ensuite renforcée, développée et approfondie de différentes manières, grâce à différentes méthodes, comme les « 4 pensées illimitées », les « six Pâramitâs », la méditation, les prières, etc.
En développant les quatre pensées illimitées qui sont la compassion, la bonté aimante, la joie et l’impartialité illimitées, par les six pâramitâs, la méditation, les prières, les activités du corps, de la parole et de l’esprit, nous mettons en pratique notre aspiration à devenir un jour des Bouddhas pour le bien de tous les êtres. Toutes ces méthodes sont la Bodhicitta relative, la mise en pratique de la Bodhicitta, la voie de la Bodhicitta. »

Certains affirment n’avoir aucun but dans l’existence, pourtant ils en ont assurément au moins un, celui d’être heureux, comme tous les êtres. Nous nous voulons tous du bien. Ce sentiment élémentaire et fondamental est le signe que nous avons à l’intérieur de nous un potentiel, une richesse à exploiter. Personne, au fond de soi, ne se veut réellement du mal. Même le masochiste qui dit aimer se faire souffrir ne le fait que parce qu’il y trouve du plaisir.
Nous sentir responsable de nos proches est louable, mais nous avons la capacité d’ouvrir notre esprit suffisamment pour assumer une responsabilité bien plus grande, celle de l’infinité des êtres. Pourquoi limiter notre profond sentiment de tendresse à quelques personnes, alors que nous pouvons l’étendre à tous les êtres ? Par ailleurs, en ce qui concerne nos amis et nos proches, nous devrions leur offrir quelque chose de véritablement utile, dont nous pourrons nous féliciter au moment de notre mort. Il ne suffit pas de leur faire plaisir en les emmenant, par exemple, faire une croisière en bateau. Qu’est-ce que cela va vraiment leur apporter ? S’ils ont un problème, cela les distraira quelque temps, mais dans la plupart des cas ils emporteront leurs préoccupations avec eux là où vous les emmènerez. S’ils ont un chagrin de cœur, si leur compagnon ou leur compagne les a quittés, ou si quelqu’un les a moralement blessés, ils ressasseront leur amertume sur le bateau et celle-ci sera toujours aussi vive une fois la croisière achevée. Nous avons beaucoup mieux à faire pour aider ceux qui nous entourent.
Réfléchissons. Qu’aimerions-nous transmettre à nos enfants ? Une belle image de nous-même, de sorte qu’ils nous voient plus beaux que nous ne sommes en réalité ? À quoi bon ? Des biens matériels ? C’est leur mettre entre les mains un monceau de problèmes. Ils se disputeront nos richesses à notre mort, et même si nous partageons celles-ci de notre vivant, certains se penseront lésés et envieront ce que les autres auront reçu. Le confort matériel, ils peuvent l’obtenir par d’autres moyens, en travaillant par exemple. Notre présence ? Que nous le voulions ou pas, ils seront séparés de nous quand nous mourrons. À ce moment-là, leur chagrin ne nous ressuscitera pas et ne leur apportera rien d’utile.
Ce qu’en revanche nous pouvons leur léguer, c’est une source d’inspiration, une vision des choses qui ait un sens et qui puisse leur donner confiance à chaque instant de leur vie. Pour cela nous devons bien sûr acquérir nous-mêmes une certaine assurance, une certitude intérieure. Or, ce sentiment ne peut à l’évidence venir que de notre esprit ; il est donc grand temps de nous occuper de celui-ci.
Depuis notre naissance, nous laissons notre esprit fonctionner comme bon lui semble, à l’image d’un gamin capricieux, et nous sommes bien obligés de voir que rien de vraiment positif n’en a résulté. Reprendre les rênes devient indispensable et mérite que nous y consacrions du temps, ne serait-ce qu’un peu chaque jour.
Mieux vaut donc nous raviser et faire preuve de bon sens. Or, si nous laissons notre esprit nous maltraiter au point que nous vivons dans la souffrance et faisons également souffrir les autres autour de nous, c’est le signe que nous manquons précisément de bon sens. On peut considérer comme “ négatives ” les pensées et les paroles qui proviennent de notre esprit perturbé. Si, au lieu de nous lamenter sur notre sort, nous cultivons l’altruisme et la compassion et que ces états d’esprit “ positifs ” améliorent notre bien-être et celui d’autrui, nous faisons preuve de bon sens.
Le désarroi dans lequel nous nous trouvons est en fait une aubaine : il témoigne de notre sensibilité. Ceux qui traversent la vie sans le moindre sentiment de détresse sont inconscients. La détresse induite par notre prise de conscience recèle un immense potentiel de transformation, un trésor d’énergie dans lequel nous pouvons puiser à pleines mains et que nous pouvons utiliser pour construire quelque chose de meilleur, ce que l’indifférence ne permet pas.
Si tu penses que le monde entier se dresse en ennemi, imagine, toi le vannier, que tu te trouves devant des tonnes d’osier. Pour faire des paniers, il te faudra tresser correctement cet osier. De même, face à toutes ces difficultés, tu dois vanner parfaitement un panier intérieur suffisamment grand pour contenir tous les aléas de l’existence sans qu’ils te submergent. Bref, il est essentiel que tu t’occupes de ton esprit avec discernement.”
Tiré de Chemins Spirituels, Petite anthologie des plus beaux textes tibétains, Matthieu Ricard, NiL Editons
Source : matthieuricard.org

N’importe quel malaise devient une base de pratique.
On inspire, en sachant que sa souffrance est partagée,
qu’il y a partout sur terre des gens qui ressentent
exactement la même chose au même moment.
Ce simple geste est comme une graine
de compassion pour soi et autrui.
C’est ainsi que nos rages de dents,
nos insomnies, nos divorces
et notre terreur deviennent
notre lien avec
toute
l’humanité.
Pema Chödrön

Comment fonctionne l’ego ?
par Lama Denys Teundroup
L’ego est notre fonctionnement habituel dans lequel nous construisons notre propre souffrance. Le comprendre, c’est la clé d’une approche spirituelle !
Lama Denys Teundroup est un instructeur bouddhiste français et il dirige le centre d’études bouddhiques Karma Ling ( près de Grenoble). Se fondant sur le Dharma du Bouddha il nous explique les fondements de l’ego et les méthodes qui peuvent nous en libérer sans violence.
L’ego est le » moi je « , ce sentiment d’exister comme un individu indépendant avec les relations qui dérivent de cette impression.
L’expérience d’ego est de vivre toute perception par rapport à cet objet observateur-sujet.
L’ego a une appétence fondamentale : un désir d’existence et de plaisir, qui se traduit en pulsions de possession, de rejet et d’indifférence. Ce fonctionnement se manifeste ainsi par des attitudes passionnelles d’attraction, de répulsion ou d’indifférence, développées face aux personnes, aux choses, ou aux situations auxquelles l’ego est confronté : » je » veux ce qui est bon, » je » ne veux pas ce qui est mauvais, » je » ne veut pas être exposé à ce qui m’est indifférent. Ces appétits de l’ego le font s’engager dans toutes sortes de lutte pour obtenir ce qui lui est agréable et éviter ce qui lui est désagréable.
Malheureusement et paradoxalement, au lieu d’aboutir à ses fins, sa lutte lui crée des désagréments, conditionnements et souffrances ! Ce fonctionnement de l’ego est notre conditionnement habituel dans lequel nous construisons notre propre souffrance.
Qu’est-ce que l’ego ?
Fondamentalement , l’ego n’est rien qu’une impression : ce sentiment que l’on a » d’être » et » d’avoir » un ego ne repose sur rien, c’est simplement une illusion. En effet, l’ego n’est pas » quelque chose » qui aurait une existence indépendante et autonome, c’est un processus dynamique qui, dans son fonctionnement, produit le sentiment d’individualité. C’est pourquoi l’ego est dit » vide d’existence propre » : cette impression n’existe que dans la combinaison des facteurs interdépendants qui la constituent.
La conception de l’ego
Les facteurs interdépendants qui constituent l’ego sont nombreux. Au départ, l’ego est une polarité sujet-objet dans laquelle, comme dans toute polarité, les deux pôles subsistent dans la relation qui les pose l’un par rapport à l’autre. Plus précisément, cette polarité qu’est l’ego se structure dans un processus de saisie, d’appréhension des expériences. En fait, l’esprit est fondamentalement une fonction cognitive dans laquelle vient se greffer la saisie de l’ego. Cette saisie constitutive de la polarité sujet-objet est une conception, une saisie conceptuelle. Ainsi, la conception conçoit le sujet et l’objet. Il est significatif de remarquer que » conception » exprime simultanément l’action de concevoir et celle de donner naissance. On pourrait dire : » le sujet se conçoit concevant l’objet qu’il conçoit » ! Il y a là matière à quelques paradoxes et méditations…
En tout cas, la conception est un processus qui pose le sujet et l’objet l’un par rapport à l’autre, dans la dualité sujet-objet. Cette saisie génère, au rythme de ses conceptions successives, des instants de conscience dualiste sujet-objet.
Ces instants se succèdent rapidement et font simultanément l’expérience de séries » d ‘événements sujet » et » d’événements objet « . La fréquence élevée de ces événements donne l’impression d’une continuité du sujet et de continuité d’expérience, comme apparaît l’impression de mouvement continue du cinéma lorsque les images de la pellicule défilent suffisamment vite. C’est ainsi qu’apparaît l’impression de continuité du » moi-sujet » et de » ses expériences « . La » continuité-sujet « , n’ayant pas notion de la relation qui l’unit à la » continuité de ses expériences « , se vit comme indépendante.
L’impression d’ego individuel se développe, acquérant le sentiment d’être autonome et indépendant. Puis, elle s’identifie à une forme avec un nom, se dotant d’un sentiment d’identité. Le nom, ce label qui la désigne, parachève son impression d’exister et finit de réifier l’ego.
Tout ce processus constitue quelques aspects de la nature de la perception de l’ego. Décrit ainsi, cela paraît abstrait et théorique, mais c’est quelque chose qu’on découvre concrètement dans l’expérience de la méditation assise qui a ainsi un pouvoir libérateur des illusions de l’ego.
Non-violence du travail avec l’ego
Une mauvaise compréhension de la nature de l’ego peut nous faire considérer celui-ci comme un » ennemi » à détruire. Ce n’est pas la bonne attitude, d’abord parce qu’il n’y a pas à détruire quelque chose qui n’existe qu’illusoirement, mais simplement à reconnaître son illusion.
De plus, dans un tel combat, qui lutterait contre l’ego si ce n’est » moi, je » donc l’ego lui-même ? Cela reviendrait à essayer de terrasser son ombre. Plus son tente de nier l’ego ou de le combattre agressivement, plus on renforce son agitation et sa puissance. Il s’agit d’être réaliste :nier l’ego ou refuser d’avoir des passions serait illusoire.
Il ne s’agit donc pas de s’engager dans une lutte. Au lieu de résoudre les difficultés, cela les renforcerait ? mais de se réconcilier avec soi-même et d’accepter l’ego avec ses passions. Cette acceptation permet ensuite de travailler avec lui, et finalement, de le dépasser par la réalisation de sa nature.
Bien sûr, accepter l’ego et ses émotions ne signifie pas s’y complaire et abonder dans leur sens. La réconciliation avec soi-même, l’acceptation de l’ego, permet de travailler sur celui-ci. Il devient la matière première du travail non violent, non agressif, qu’est la méditation, celle-ci nous permettant de transformer nos attitudes passionnelles et finalement de les dissoudre.
Les cinq constituants de l’ego
Le Bouddha a enseigné la formation de l’ego à partir de ses cinq constituants, » skandha « , en sanscrit. On peut les expliquer comme cinq étapes. Avant la naissance de l’ego, au départ, l’esprit dans l’instant premier est le terrain fondamental de l’énergie pure non dualiste, sans connaisseur ni connu, ouvert et dégagé, sans centre, ni périphérie, comme l’espace.
La naissance de l’illusion est d’abord celle d’une différenciation : l’espace commence à être perçu, à exister comme quelque chose pour une observation qui le perçoit, une distinction naît. C’est le début de la scission sujet-objet, la naissance de la dualité. En fait, cette différenciation initiale peut se constituer par rapport à n’importe quel point de référence dans les domaines des différentes facultés sensorielles : visuelle, auditive, olfactive, gustative, tactile ou mentale. Cette référence première est appelée » forme « . C’est le premier stade de l’ego : le skandha de la forme.
Une forme visuelle est n’importe quelle représentation du domaine visuel, par exemple, l’espace indéfini mais distinct, ou un morceau d’espace délimité, un contour, une référence visible quelle qu’elle soit. Mais à ce niveau initial, c’est une expérience nue, dépouillée de concept et de tout jugement. C’est une vision toute simple et silencieuse. Une forme sonore serait une vibration avant que cette résonance ne soit reconnue, avant même que l’on ait pris par rapport à elle une position qualifiée, et avant qu’elle ait été nommée, identifiée, et qu’elle n’ait pris un sens particulier.
La seconde étape est ce qu’on appelle skandha de la sensation. Il s’agit d’une prise de position par rapport à l’expérience initiale de forme. Celle-ci est maintenant sentie comme positive, négative ou neutre. Il y a ainsi des sensations agréables, désagréables ou indifférentes. LA sensation est simplement ce positionnement, cette première impression.
La troisième étape fait intervenir l’identification. C’est-à-dire que la forme qui a été sentie est maintenant reconnue et un nom lui est donné : il y a » nomination » ou conceptualisation. La sensation prend alors un sens. C’est le skandha de la perception.
A la quatrième étape, il y a une réaction devant cet objet identifié, devenu porteur d’un sens qui est suggère une action ou une réaction. Il s’instaure une relation avec cette forme sentie et identifiée. Cette relation est conditionnée par différentes tendances ou » facteurs mentaux » latents qui sont les éléments animant volonté et impulsions. C’est le skandha des formations mentales ou de la motivation.
Il y a ainsi une situation en laquelle une forme a été sentie, nommée, a acquis un sens, par rapport auquel prend place une réaction ou une action.
L’observateur, le témoin de la situation qui s’est ainsi mise en place, s’est développé et structuré dans les quatre premiers skandhas.
Sa fixation sur cette situation comme étant » son » expérience, finit de le solidifier. Il s’approprie complètement l’expérience, il en résulte un état de conscience pleinement constitué. L’ego est, et vit, dans le monde particulier qui s’est ainsi constitué et qui est devenu un état de conscience complètement organisé. C’est la cinquième étape, le skandha de la conscience.
Cette structuration de l’ego par la formation des cinq skandhas : forme, sensation, perception, motivation, et conscience, se répètent d’instant de conscience en instant de conscience.
Chacun de ses instants subsiste très brièvement puis disparaît, suivi par l’apparition d’un autre instant de conscience. A la fin de chacun de ses instants, il y a une sorte de dissolution ou de mort de l’ego et de ses constituants, et au début de chacun d’eux il y a agrégation, naissance de ceux-ci. Il y a ainsi en permanence agrégation et désagrégation de l’ego ; structuration, déstructuration et restructuration. Le phénomène se reproduit sans cesse. C’est ainsi que fonctionne l’ego. Et c’est ce processus de naissance et de mort qui constitue chaque instant de notre vie.
Lama Denys – extrait de l’ouvrage paru chez Albin Michel « Le Dharma et la vie« .

« Laissez l’espace entrer au sein de votre union.
Et que les vents du ciel dansent entre vous.
Aimez-vous l’un l’autre, mais ne faites pas de l’amour une chaîne.
Laissez-le plutôt être une mer dansant entre les rivages de vos âmes.
Emplissez chacun la coupe de l’autre, mais ne buvez pas à la même coupe.
Donnez à l’autre de votre pain, mais ne mangez pas de la même miche.
Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux, mais laissez chacun de vous être seul.
De même que les cordes du luth sont seules pendant qu’elles vibrent de la même harmonie.
Donnez vos cœurs, mais pas à la garde l’un de l’autre.
Car seule la main de la Vie peut contenir vos cœurs.
Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus :
Car les piliers du temple se tiennent à distance,
Et le chêne et le cyprès ne croissent pas à l’ombre l’un de l’autre. »
Khalil Gibran

La réalité fondamentale n’est pas statique, stable, dure et indépendante. Elle ne se forme pas par des facteurs isolés , mais plutôt par des systèmes de corps dépendants. La plupart des systèmes se composent de plus de deux corps mais il n’y a pas de systèmes qui existent avec moins de deux corps. Dans la physique quantique on appelle ce genre de systèmes à deux corps :
Nagarjuna* appelle ces systèmes marcheur et trajet parcouru, feu et combustible, sujet voyant et objet vu, cause et effet, acte et agent.
Les deux modèles décrivent des systèmes à deux corps qui ne sont ni séparés ni vraiment ensemble, ils ne s’unissent pas et ils ne tombent pas en deux. Les corps ne sont pas indépendants, ils n’existent pas d’eux-mêmes et ils ne peuvent pas être observés d’une façon isolée parce qu’ils sont dans leur constitution et même dans leur existence toute entière interdépendants et ne peuvent pas exister et fonctionner indépendamment.
Ils sont maintenus ensemble par interaction. On ne peut pas réduire un corps à un autre, l’un ne peut pas être expliqué par l’autre. Les corps ne sont pas identiques. Les systèmes ont une stabilité fragile qui est basée sur des interactions et des dépendances mutuelles de leur corps qui sont souvent connues, même si certain ne le sont que partiellement et d’autres ne le sont que dans un stade très peu avancé [comme par exemple chez les photons jumeaux ou dans la relation conscience & cerveau].
Qu’est ce que la réalité ?
Nous sommes habitués à avoir une base solide sous les pieds et de voir des nuages fugitifs au ciel. Le concept de réalité de la philosophie de Nagarjuna et les concepts physiques de la complémentarité et des interactions dans la physique quantique nous enseignent une autre histoire : tout est bâti sur le sable et même les grains de sable n’ont pas de noyau stable. Leur stabilité est basée sur les interactions instables de leurs éléments fondamentaux.
* Nāgārjuna est un moine, philosophe et écrivain bouddhiste indien (IIe – IIIe siècle), originaire de la région correspondant à l’Andhra Pradesh actuel.

Lorsque nous pensons avoir définitivement raison, alors
nous refusons de nous ouvrir à quelque chose ou quelqu’un d’autre,
et nous avons immédiatement tort. De là surgit une vision fausse.
Quand la souffrance surgit, d’où surgit-elle ?
La cause est une vision erronée, le fruit de cette fausse vision
Est la souffrance.
Si cette vision était juste, elle ne causerait
aucune souffrance
Ajahn Chah