Jigmé Kyentsé Rinpoché

Jigmé Kyentsé Rinpoché
Jigmé Kyentsé Rinpoché

Conseil à un vannier pére de famille, par Jigmé Khyentsé Rinpotché.

Écrit le 30 septembre 2010

Certains affirment n’avoir aucun but dans l’existence, pourtant ils en ont assurément au moins un, celui d’être heureux, comme tous les êtres. Nous nous voulons tous du bien. Ce sentiment élémentaire et fondamental est le signe que nous avons à l’intérieur de nous un potentiel, une richesse à exploiter. Personne, au fond de soi, ne se veut réellement du mal. Même le masochiste qui dit aimer se faire souffrir ne le fait que parce qu’il y trouve du plaisir.

Nous sentir responsable de nos proches est louable, mais nous avons la capacité d’ouvrir notre esprit suffisamment pour assumer une responsabilité bien plus grande, celle de l’infinité des êtres. Pourquoi limiter notre profond sentiment de tendresse à quelques personnes, alors que nous pouvons l’étendre à tous les êtres ? Par ailleurs, en ce qui concerne nos amis et nos proches, nous devrions leur offrir quelque chose de véritablement utile, dont nous pourrons nous féliciter au moment de notre mort. Il ne suffit pas de leur faire plaisir en les emmenant, par exemple, faire une croisière en bateau. Qu’est-ce que cela va vraiment leur apporter ? S’ils ont un problème, cela les distraira quelque temps, mais dans la plupart des cas ils emporteront leurs préoccupations avec eux là où vous les emmènerez. S’ils ont un chagrin de cœur, si leur compagnon ou leur compagne les a quittés, ou si quelqu’un les a moralement blessés, ils ressasseront leur amertume sur le bateau et celle-ci sera toujours aussi vive une fois la croisière achevée. Nous avons beaucoup mieux à faire pour aider ceux qui nous entourent.

Réfléchissons. Qu’aimerions-nous transmettre à nos enfants ? Une belle image de nous-même, de sorte qu’ils nous voient plus beaux que nous ne sommes en réalité ? À quoi bon ? Des biens matériels ? C’est leur mettre entre les mains un monceau de problèmes. Ils se disputeront nos richesses à notre mort, et même si nous partageons celles-ci de notre vivant, certains se penseront lésés et envieront ce que les autres auront reçu. Le confort matériel, ils peuvent l’obtenir par d’autres moyens, en travaillant par exemple. Notre présence ? Que nous le voulions ou pas, ils seront séparés de nous quand nous mourrons. À ce moment-là, leur chagrin ne nous ressuscitera pas et ne leur apportera rien d’utile.

Ce qu’en revanche nous pouvons leur léguer, c’est une source d’inspiration, une vision des choses qui ait un sens et qui puisse leur donner confiance à chaque instant de leur vie. Pour cela nous devons bien sûr acquérir nous-mêmes une certaine assurance, une certitude intérieure. Or, ce sentiment ne peut à l’évidence venir que de notre esprit ; il est donc grand temps de nous occuper de celui-ci.

Depuis notre naissance, nous laissons notre esprit fonctionner comme bon lui semble, à l’image d’un gamin capricieux, et nous sommes bien obligés de voir que rien de vraiment positif n’en a résulté. Reprendre les rênes devient indispensable et mérite que nous y consacrions du temps, ne serait-ce qu’un peu chaque jour.

Mieux vaut donc nous raviser et faire preuve de bon sens. Or, si nous laissons notre esprit nous maltraiter au point que nous vivons dans la souffrance et faisons également souffrir les autres autour de nous, c’est le signe que nous manquons précisément de bon sens. On peut considérer comme “ négatives ” les pensées et les paroles qui proviennent de notre esprit perturbé. Si, au lieu de nous lamenter sur notre sort, nous cultivons l’altruisme et la compassion et que ces états d’esprit “ positifs ” améliorent notre bien-être et celui d’autrui, nous faisons preuve de bon sens.
Le désarroi dans lequel nous nous trouvons est en fait une aubaine : il témoigne de notre sensibilité. Ceux qui traversent la vie sans le moindre sentiment de détresse sont inconscients. La détresse induite par notre prise de conscience recèle un immense potentiel de transformation, un trésor d’énergie dans lequel nous pouvons puiser à pleines mains et que nous pouvons utiliser pour construire quelque chose de meilleur, ce que l’indifférence ne permet pas.

Si tu penses que le monde entier se dresse en ennemi, imagine, toi le vannier, que tu te trouves devant des tonnes d’osier. Pour faire des paniers, il te faudra tresser correctement cet osier. De même, face à toutes ces difficultés, tu dois vanner parfaitement un panier intérieur suffisamment grand pour contenir tous les aléas de l’existence sans qu’ils te submergent. Bref, il est essentiel que tu t’occupes de ton esprit avec discernement.”

Tiré de Chemins Spirituels, Petite anthologie des plus beaux textes tibétains, Matthieu Ricard, NiL Editons

Source : matthieuricard.org

« Jigme Khyentse Rinpoche est l’un des maîtres les plus remarquables de sa génération et de notre temps.Il est le fils de Kyabje Kangyur Rinpoche qui était un grand tertön,  l’un des êtres les plus éveillés ainsi que mon maître racine.

Jigme Khyentse Rinpoche  a été aussi un étudiant très proche de Dilgo Khyentse Rinpoche.  Tous les deux  ont véritablement le même flot de conscience car Jigme Khyentse Rinpoche  a été reconnu comme l’émanation du cœur et de l’esprit de Khyentse Chökyi  Lodrö. Ce dernier  était l’un des plus grands visionnaires du bouddhisme tibétain du XXe siècle et l’un des deux maîtres racines de Kyabje Dilgo Khyentse Rinpoche.

Jigme Khyentse Rinpoche  a un style incroyablement inspirant qui vous pousse à aller plus loin. Il va toujours au cœur des enseignements, d’une manière  facilement compréhensible par des personnes de toutes cultures et complètement enracinée dans les enseignements bouddhistes authentiques.

La façon dont s’exprime son enseignement est d’une originalité unique en son genre. Il le fait de manière à ce que ses enseignements prennent tout leur sens, touchent  votre esprit, votre cœur et vous aident véritablement à tourner notre esprit vers le Dharma. Il devient alors possible de se donner des priorités  authentiques dans la vie pour ainsi distinguer ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas,  de manière à employer le temps qu’il nous reste à pratiquer  de la meilleure façon possible.

Chaque fois que j’écoute ses enseignements, c’est toujours un étonnement en ce sens qu’il est quasi  impossible  de deviner  ce qu’il dira et pourtant  chaque fois il va direct au but. Personnellement, j’ai toujours été extrêmement inspiré par ses enseignements. C’est l’un des maîtres les plus respectés.

Alors,  j’encourage vraiment chaque personne intéressée à suivre une voie spirituelle authentique  à utiliser ses enseignements de la meilleure manière pour se transformer, se réaliser pleinement et donner ainsi  un sens à sa vie. »


Matthieu Ricard

Tout est relatif !

Femme
Femme

Pour l’amoureux, une jolie
femme est un objet de
réjouissance ;
pour l’ermite, un sujet
de distraction ;
pour le loup,
un bon repas

Proverbe bouddhiste

La Prajnaparamita

Prajnaparamita
Prajnaparamita

Prajnaparamita

Le bouddha Shakyamuni a enseigné trois grands cycles d’instructions :

  • Le Cycle des Quatre Nobles Vérités.
  • Le Cycle d’Absence de Caractéristiques
  • Le Cycle d’Excellente Discrimination

Les traités de Perfection de Sagesse, ou prajnaparamita, appartiennent au 2ème cycle et dévoilent la nature de toutes choses, ou vacuité. Néanmoins, les avis des grands philosophes bouddhistes divergent quant au fait que le 2ème cycle soit de sens définitif et le 3ème cycle de sens indirect, ou le contraire.
Les grands maîtres indiens de la prajnaparamita furent Nagarjuna, Aryadeva, Buddhapalita, Bhaveviveka, Asanga, Vasubhandu, Chandrakirti et leur descendance.

Comme support méditatif de la prajnaparamita, le Vajrayana en a conçu une représentation symbolique, d’aspect féminin puisqu’il va s’agir d’un enfantement de l’éveil par la connaissance.

De couleur dorée, elle à quatre mains : l’une tient le vajra (la nature ultime indestructible), l’autre le texte (de la prajnaparamita), l’autre fait le mudra ou geste de l’argumentation (enseignement) et la dernière celui du recueillement (méditation).

Lorsque le bodhisattva Maître-en-contemplation pratique la profonde prajñâ pâramitâ, il voit que les cinq agrégats sont tous vides et se libère de toutes les souffrances.

Shâriputra, les formes ne sont pas différentes du vide, le vide n’est pas différent des formes, les formes sont le vide, le vide est les formes. Il en va de même des sensations, des perceptions, des constructions mentales et des consciences.

Shâriputra, tous ces éléments ayant l’aspect du vide, ils n’apparaissent ni ne disparaissent, ils ne sont ni souillés ni purs, ils ne croissent ni ne décroissent. C’est ainsi que dans le vide, il n’y a pas de forme ni de sensation, de perception, de construction mentale et de conscience.

Il n’y a pas d’œil, d’oreille, de nez, de langue, de corps ni de mental. Il n’y a pas de forme, de son, d’odeur, de saveur, de tangible ni d’élément. Il n’y a pas de domaine du visuel et ainsi de suite il n’y a pas de domaine de la conscience mentale.

Il n’y a pas d’ignorance et non plus cessation de l’ignorance et ainsi de suite il n’y a pas de vieillesse ni de mort et non plus cessation de la vieillesse et de la mort. Il n’y a pas de souffrance, d’origine, d’extinction ni de chemin. Il n’y a pas de connaissance et pas plus d’obtention puisqu’il n’y a rien à obtenir.

Comme le bodhisattva s’appuie sur la prajñâ pâramitâ, son esprit ne connaît plus d’empêchement et comme il ne connaît plus d’empêchement, il est dénué de crainte. Libéré des méprises et des pensées illusoires, il accède au nirvâna. Comme les bouddhas des trois temps s’appuient sur la prajñâ pâramitâ, ils réalisent l’anuttarâ samyak sambodhi.

Sache donc que la prajñâ pâramitâ est la grande formule magique, la grande formule du savoir, la formule suprême, la formule inégalée qui permet de supprimer toutes les souffrances, elle est vraie et non pas vaine.

C’est pourquoi j’enseigne la formule de la prajñâ pâramitâ. J’enseigne ainsi la formule : Gate, gate, pâragate, pârasamgate, bodhi, svâhâ!

Référence canon sino-japonais de Taishô : volume VIII, livre 251, p. 848c.

Souffrance et compassion

Compassion
Compassion

N’importe quel malaise devient une base de pratique.
On inspire, en sachant que sa souffrance est partagée,
qu’il y a partout sur terre des gens qui ressentent
exactement la même chose au même moment.
Ce simple geste est comme une graine
de compassion pour soi et autrui.
C’est ainsi que nos rages de dents,
nos insomnies, nos divorces
et notre terreur deviennent
notre lien avec
toute
l’humanité.

Pema Chödrön

Projection et négativité

Projections
Projections

 

Lorsque vous êtes en colère, l’objet apparait 100 % négatif.

Mais 90 % de la négativité est une projection mentale !

Sa Sainteté le Dalaï Lama

Les 37 pratiques d’un Bodhisattva

Chenrezi
Chenrezi

Bodhisattva est un terme sanskrit qui désigne celui qui a formé le vœu de suivre le chemin indiqué par le Bouddha Shākyamuni, a pris le refuge auprès des trois joyaux (Bouddha, dharma et sangha) et respecte strictement les disciplines destinées aux Bodhisattvas, pour aider d’abord les autres êtres sensibles à s’éveiller tout en progressant lui-même vers son propre éveil définitif, qui est celui d’un bouddha.

Voici les 37 compétences que doit développer un bodhisattva

1. Une fois obtenu ce précieux corps humain, vaisseau si difficile à obtenir, écouter, réfléchir et méditer jour et nuit sans distraction pour libérer soi-même et autrui de l’océan du samsara est le comportement du Bodhisattva.

2. Désir et attachement vis-à-vis des proches nous agitent comme de l’eau. La colère envers les ennemis nous brûle comme du feu. Pour celui dont la confusion lui fait oublier ce qui doit être rejeté et adopté, abandonner son pays est le comportement du Bodhisattva.

3. Loin des environnements malsains, les obscurcissements mentaux diminuent peu à peu. En l’absence de distractions, la pratique de la vertu croît naturellement. Grâce à une connaissance claire et limpide, naît la connaissance réelle du Dharma. Demeurer seul est le comportement du Bodhisattva.

4. Nous serons séparés de tous nos proches de longue date. Les richesses si difficilement accumulées devront être laissées dernière nous. L’auberge de notre corps sera quittée par la conscience, son hôte. Renoncer mentalement à cette vie est le comportement du Bodhisattva.

5. Si, en fréquentant quelqu’un, les trois poisons s’accroissent et que les activités d’écoute, de réflexion et de méditation diminuent, abandonner les mauvais compagnons qui réduisent à néant amour et compassion est le comportement du Bodhisattva.

6. Si, en s’en remettant à quelqu’un, les défauts s’épuisent et que les qualités augmentent comme une lune montante, prendre soin de cet ami spirituel plus que de son propre corps est le comportement du Bodhisattva.

7. Les dieux mondains, enchaînés eux aussi dans la prison du samsara, qui peuvent-ils protéger ? Prendre refuge dans les infaillibles Trois Joyaux est le comportement du Bodhisattva.

8. Le Bouddha ayant enseigné que les souffrances des royaumes inférieurs étaient le résultat d’actions négatives, ne jamais effectuer d’actes nuisibles, fût-ce au péril de sa vie, est le comportement du Bodhisattva.

9. Les bonheurs des trois royaumes d’existence sont comme la rosée sur un brin d’herbe : ils peuvent être détruits en un instant. S’approprier le sens ultime de la suprême libération est le comportement du Bodhisattva.

10. Si, depuis la nuit des temps, nos mères aimantes souffrent, à quoi sert notre bonheur ? Développer l’esprit d’éveil pour libérer l’infinité des êtres est le comportement du Bodhisattva.

11. La source de toute souffrance est le désir d’un bonheur égoïste. La parfaite Bouddhéité naît de la pensée d’être bénéfique aux autres. C’est pourquoi échanger son propre bonheur contre les souffrances d’autrui est le comportement du Bodhisattva.

12. Même si, sous l’emprise d’un grand désir, quelqu’un s’empare de mes biens ou incite à les dérober, lui dédier mon corps, mes possessions et toutes les vertus des trois temps est le comportement du Bodhisattva.

13. Même si, sans que j’aie commis la moindre faute, quelqu’un me coupe la tête, prendre sur moi avec compassion tous ses actes négatifs est le comportement du Bodhisattva.

14. Même si, dans tous les univers, quelqu’un me calomnie, énoncer avec bonté ses qualités est le comportement du Bodhisattva.

15. Même si, devant une grande assemblée, quelqu’un révèle mes fautes et me critique, m’incliner avec respect devant lui et le considérer comme mon maître est le comportement du Bodhisattva.

16. Même si quelqu’un dont j’ai pris soin affectueusement, comme de mon propre enfant, me considère comme un ennemi, l’aimer encore davantage, comme le fait une mère envers son enfant malade, est le comportement du Bodhisattva.

17. Même si, sous le pouvoir de l’orgueil, quelqu’un d’égal ou d’inférieur à moi me déprécie, le placer respectueusement au sommet de ma tête, tel mon Maître, est le comportement du Bodhisattva.

18. Même démuni de tout, constamment méprisé par les autres, frappé de maladie ou attaqué par un démon, ne pas me décourager et prendre sur moi les actions négatives et les souffrances de tous les êtres est le comportement du Bodhisattva.

19. Même célèbre, respecté par autrui, détenteur de richesses semblables à celles de Vaishravana, ne pas être arrogant et voir les gloires du monde en essence vides est le comportement du Bodhisattva.

20. Si, ne soumettant pas l’ennemi intérieur qu’est sa propre colère, on vainc les ennemis extérieurs, ceux-ci s’accroissent. C’est pourquoi, à l’aide de l’armée de l’amour et de la compassion, maîtriser son propre courant de conscience est le comportement du Bodhisattva.

21. Les plaisirs des sens sont semblables à de l’eau salée : plus on s’y adonne et plus on en a soif. Abandonner immédiatement tout objet de désir est le comportement du Bodhisattva.

22. Les apparences sont notre propre esprit depuis toujours libre de l’extrême des fabrications. Reconnaître cela et, dans son esprit, ne saisir ni le sujet ni l’objet est le comportement du Bodhisattva.

23. Si un objet agréable m’apparaît comme plaisant, ne pas le considérer plus vrai qu’un arc en ciel d’été et abandonner tout attachement est le comportement du Bodhisattva.

24. Les diverses souffrances sont semblables à la mort d’un enfant en rêve. On s’épuise à voir comme vraie la manifestation illusoire. Quand on rencontre des circonstances défavorables, les voir comme illusoires est le comportement du Bodhisattva.

25. Si, lorsqu’on aspire à l’éveil, on doit donner jusqu’à son propre corps, que dire des objets extérieurs ? Pratiquer la générosité qui n’attend aucun résultat immédiat ni ultérieur est le comportement du Bodhisattva.

26. Si, sans éthique, on ne peut accomplir son propre bien, vouloir accomplir le bien des autres est une plaisanterie. C’est pourquoi préserver une éthique qui n’attend rien du monde est le comportement du Bodhisattva.

27. Le fils des vainqueurs qui souhaite jouir de la vertu considère que toute nuisance est un précieux trésor. C’est pourquoi cultiver la patience sans aversion vis-à-vis de tout et de tous est le comportement du Bodhisattva.

28. Au vu des efforts déployés par les auditeurs et les bouddhas par soi, comme s’ils voulaient éteindre un feu sur leur propre tête, alors qu’ils n’accomplissent que leur propre bien, pratiquer pour le bien de tous les êtres la diligence, source des qualités, est le comportement du Bodhisattva.

29. Les émotions étant complètement vaincues par une vision supérieure entièrement basée sur le calme mental, cultiver la méditation qui transcende correctement les quatre états sans forme est le comportement du Bodhisattva.

30. Sans la sagesse, le parfait éveil ne peut être obtenu par les cinq autres paramitas. Cultiver donc une sagesse dotée des moyens habiles et sans conceptualisation (sujet-objet-action) est le comportement du Bodhisattva.

31. S’il n’analyse pas lui-même ses propres illusions, il est possible qu’un pratiquant ne soit pas dans le Dharma. Analyser continuellement ses propres illusions pour les abandonner est le comportement du Bodhisattva.

32. Si, sous l’emprise des émotions, on révèle les fautes d’un autre Bodhisattva, on se nuit à soi-même. Ne pas dévoiler les fautes de celui qui est entré dans le grand véhicule est le comportement du Bodhisattva.

33. Si, sous l’influence du gain et des honneurs, on se querelle et que les activités d’écoute, de réflexion et de méditation se détériorent, abandonner l’attachement envers les maisons des proches et des bienfaiteurs est le comportement du Bodhisattva.

34. Si des mots blessants vont agiter l’esprit des autres et que le comportement des fils des vainqueurs va se détériorer, abandonner les paroles dures et ce qui est désagréable à autrui est le comportement du Bodhisattva.

35. Si on s’accoutume aux émotions, il est difficile de revenir en arrière, même avec des antidotes. Le pratiquant, armé de l’épée du rappel, décapite dès son apparition émotion, attachement … Tel est le comportement du Bodhisattva.

36. En résumé, quoi que l’on fasse, dans quelque domaine que ce soit, se demander quel est l’état de son propre esprit. Que celui qui possède un rappel et une vigilance continuels accomplisse le bien d’autrui. Tel est le comportement du Bodhisattva.

37. Pour dissiper les souffrances des êtres innombrables, dédier à l’éveil les vertus accomplies ainsi par l’effort, au moyen d’une sagesse dans laquelle sujet-objet-action sont totalement purs. Tel est le comportement du Bodhisattva.

Chercher le Bouddha

Chercher le Bouddha
Chercher le Bouddha

Chercher le Bouddha en rejetant les autres,
c’est comme chercher l’écho en faisant taire
la voix

– Bodhidarma –

Instruction sur le Mahamudra selon Niguma

Niguma
Niguma

 

La Mahāmudrā, « Grand Symbole » ou « Grand Sceau », est un terme sanskrit qui désigne la nature ultime de l’esprit ainsi que l’ensemble des pratiques et enseignements menant à la réalisation de cette nature ultime, la vacuité, pénétrant tous les phénomènes du Saṃsāra et du Nirvāna.

Dans le bouddhisme tibétain ces méthodes sont principalement pratiquées par la lignée Kagyüpa.

 

Instructions sur le Mahamudra par Niguma

Ne fais jamais rien avec ton esprit –
Demeure dans un état naturel et authentique.
Ton propre esprit, qui ne vacille pas, est le Dharmakaya.
La clé est de méditer ainsi, sans vaciller ;
L’expérience est la grande réalité au-delà des extrêmes.
Sur l’océan translucide
Des bulles apparaissent et disparaissent.
Il en va de même des pensées
Qui ne diffèrent en rien de la réalité ultime.
Ne te sens donc pas coupable, détends-toi.
Ce qui monte, ce qui se produit,
Ne cherche pas à t’en saisir,
Laisse-le immédiatement repartir.
Les apparences, les sons et les objets
Sont ton propre esprit ;
Il n’existe rien hormis l’esprit.
L’esprit est au-delà des extrêmes
De la naissance et de la mort.
La nature de l’esprit, la conscience transcendante,
Utilise les objets des cinq sens
Mais ne s’égare pas hors de la réalité.
Dans l’état d’équilibre cosmique
Il n’existe rien à abandonner ou pratiquer,
Ni méditation, ni après-méditation.

Tout peut être une bénédiction…

Obstacle ou bénédiction
Obstacle ou bénédiction

Tout peut être un obstacle.

Tout peut être une bénédiction

– Gelek Rinpoché –

Ne jugeons pas ce qui nous arrive ; ce que nous jugeons comme désagréable ou très déplaisant peut s’avérer être une bénédiction au final, de même que tout ce que nous jugeons agréable dans l’instant peut être source de souffrance par la suite. Et cela, personne ne peut le savoir à l’avance !

Bonne journée à Tous et Toutes

Françoise

Comment fonctionne l’égo !

Là où l'amour est
Là où l’amour est

Comment fonctionne l’ego ?

par Lama Denys Teundroup

L’ego est notre fonctionnement habituel dans lequel nous construisons notre propre souffrance. Le comprendre, c’est la clé d’une approche spirituelle !
Lama Denys Teundroup est un instructeur bouddhiste français et il dirige le centre d’études bouddhiques Karma Ling ( près de Grenoble). Se fondant sur le Dharma du Bouddha il nous explique les fondements de l’ego et les méthodes qui peuvent nous en libérer sans violence.

L’ego est le  » moi je « , ce sentiment d’exister comme un individu indépendant avec les relations qui dérivent de cette impression.
L’expérience d’ego est de vivre toute perception par rapport à cet objet observateur-sujet.
L’ego a une appétence fondamentale : un désir d’existence et de plaisir, qui se traduit en pulsions de possession, de rejet et d’indifférence. Ce fonctionnement se manifeste ainsi par des attitudes passionnelles d’attraction, de répulsion ou d’indifférence, développées face aux personnes, aux choses, ou aux situations auxquelles l’ego est confronté :  » je  » veux ce qui est bon,  » je  » ne veux pas ce qui est mauvais,  » je  » ne veut pas être exposé à ce qui m’est indifférent. Ces appétits de l’ego le font s’engager dans toutes sortes de lutte pour obtenir ce qui lui est agréable et éviter ce qui lui est désagréable.
Malheureusement et paradoxalement, au lieu d’aboutir à ses fins, sa lutte lui crée des désagréments, conditionnements et souffrances ! Ce fonctionnement de l’ego est notre conditionnement habituel dans lequel nous construisons notre propre souffrance.

Qu’est-ce que l’ego ?
Fondamentalement , l’ego n’est rien qu’une impression : ce sentiment que l’on a  » d’être  » et  » d’avoir  » un ego ne repose sur rien, c’est simplement une illusion. En effet, l’ego n’est pas  » quelque chose  » qui aurait une existence indépendante et autonome, c’est un processus dynamique qui, dans son fonctionnement, produit le sentiment d’individualité. C’est pourquoi l’ego est dit  » vide d’existence propre  » : cette impression n’existe que dans la combinaison des facteurs interdépendants qui la constituent.

La conception de l’ego
Les facteurs interdépendants qui constituent l’ego sont nombreux. Au départ, l’ego est une polarité sujet-objet dans laquelle, comme dans toute polarité, les deux pôles subsistent dans la relation qui les pose l’un par rapport à l’autre. Plus précisément, cette polarité qu’est l’ego se structure dans un processus de saisie, d’appréhension des expériences. En fait, l’esprit est fondamentalement une fonction cognitive dans laquelle vient se greffer la saisie de l’ego. Cette saisie constitutive de la polarité sujet-objet est une conception, une saisie conceptuelle. Ainsi, la conception conçoit le sujet et l’objet. Il est significatif de remarquer que  » conception  » exprime simultanément l’action de concevoir et celle de donner naissance. On pourrait dire :  » le sujet se conçoit concevant l’objet qu’il conçoit  » ! Il y a là matière à quelques paradoxes et méditations…
En tout cas, la conception est un processus qui pose le sujet et l’objet l’un par rapport à l’autre, dans la dualité sujet-objet. Cette saisie génère, au rythme de ses conceptions successives, des instants de conscience dualiste sujet-objet.
Ces instants se succèdent rapidement et font simultanément l’expérience de séries  » d ‘événements sujet  » et  » d’événements objet « . La fréquence élevée de ces événements donne l’impression d’une continuité du sujet et de continuité d’expérience, comme apparaît l’impression de mouvement continue du cinéma lorsque les images de la pellicule défilent suffisamment vite. C’est ainsi qu’apparaît l’impression de continuité du  » moi-sujet  » et de  » ses expériences « . La  » continuité-sujet « , n’ayant pas notion de la relation qui l’unit à la  » continuité de ses expériences « , se vit comme indépendante.

L’impression d’ego individuel se développe, acquérant le sentiment d’être autonome et indépendant. Puis, elle s’identifie à une forme avec un nom, se dotant d’un sentiment d’identité. Le nom, ce label qui la désigne, parachève son impression d’exister et finit de réifier l’ego.
Tout ce processus constitue quelques aspects de la nature de la perception de l’ego. Décrit ainsi, cela paraît abstrait et théorique, mais c’est quelque chose qu’on découvre concrètement dans l’expérience de la méditation assise qui a ainsi un pouvoir libérateur des illusions de l’ego.

Non-violence du travail avec l’ego

Une mauvaise compréhension de la nature de l’ego peut nous faire considérer celui-ci comme un  » ennemi  » à détruire. Ce n’est pas la bonne attitude, d’abord parce qu’il n’y a pas à détruire quelque chose qui n’existe qu’illusoirement, mais simplement à reconnaître son illusion.
De plus, dans un tel combat, qui lutterait contre l’ego si ce n’est  » moi, je  » donc l’ego lui-même ? Cela reviendrait à essayer de terrasser son ombre. Plus son tente de nier l’ego ou de le combattre agressivement, plus on renforce son agitation et sa puissance. Il s’agit d’être réaliste :nier l’ego ou refuser d’avoir des passions serait illusoire.
Il ne s’agit donc pas de s’engager dans une lutte. Au lieu de résoudre les difficultés, cela les renforcerait ? mais de se réconcilier avec soi-même et d’accepter l’ego avec ses passions. Cette acceptation permet ensuite de travailler avec lui, et finalement, de le dépasser par la réalisation de sa nature.

Bien sûr, accepter l’ego et ses émotions ne signifie pas s’y complaire et abonder dans leur sens. La réconciliation avec soi-même, l’acceptation de l’ego, permet de travailler sur celui-ci. Il devient la matière première du travail non violent, non agressif, qu’est la méditation, celle-ci nous permettant de transformer nos attitudes passionnelles et finalement de les dissoudre.

Les cinq constituants de l’ego

Le Bouddha a enseigné la formation de l’ego à partir de ses cinq constituants,  » skandha « , en sanscrit. On peut les expliquer comme cinq étapes. Avant la naissance de l’ego, au départ, l’esprit dans l’instant premier est le terrain fondamental de l’énergie pure non dualiste, sans connaisseur ni connu, ouvert et dégagé, sans centre, ni périphérie, comme l’espace.
La naissance de l’illusion est d’abord celle d’une différenciation : l’espace commence à être perçu, à exister comme quelque chose pour une observation qui le perçoit, une distinction naît. C’est le début de la scission sujet-objet, la naissance de la dualité. En fait, cette différenciation initiale peut se constituer par rapport à n’importe quel point de référence dans les domaines des différentes facultés sensorielles : visuelle, auditive, olfactive, gustative, tactile ou mentale. Cette référence première est appelée  » forme « . C’est le premier stade de l’ego : le skandha de la forme.

Une forme visuelle est n’importe quelle représentation du domaine visuel, par exemple, l’espace indéfini mais distinct, ou un morceau d’espace délimité, un contour, une référence visible quelle qu’elle soit. Mais à ce niveau initial, c’est une expérience nue, dépouillée de concept et de tout jugement. C’est une vision toute simple et silencieuse. Une forme sonore serait une vibration avant que cette résonance ne soit reconnue, avant même que l’on ait pris par rapport à elle une position qualifiée, et avant qu’elle ait été nommée, identifiée, et qu’elle n’ait pris un sens particulier.

La seconde étape est ce qu’on appelle skandha de la sensation. Il s’agit d’une prise de position par rapport à l’expérience initiale de forme. Celle-ci est maintenant sentie comme positive, négative ou neutre. Il y a ainsi des sensations agréables, désagréables ou indifférentes. LA sensation est simplement ce positionnement, cette première impression.
La troisième étape fait intervenir l’identification. C’est-à-dire que la forme qui a été sentie est maintenant reconnue et un nom lui est donné : il y a  » nomination  » ou conceptualisation. La sensation prend alors un sens. C’est le skandha de la perception.

A la quatrième étape, il y a une réaction devant cet objet identifié, devenu porteur d’un sens qui est suggère une action ou une réaction. Il s’instaure une relation avec cette forme sentie et identifiée. Cette relation est conditionnée par différentes tendances ou  » facteurs mentaux  » latents qui sont les éléments animant volonté et impulsions. C’est le skandha des formations mentales ou de la motivation.
Il y a ainsi une situation en laquelle une forme a été sentie, nommée, a acquis un sens, par rapport auquel prend place une réaction ou une action.
L’observateur, le témoin de la situation qui s’est ainsi mise en place, s’est développé et structuré dans les quatre premiers skandhas.
Sa fixation sur cette situation comme étant  » son  » expérience, finit de le solidifier. Il s’approprie complètement l’expérience, il en résulte un état de conscience pleinement constitué. L’ego est, et vit, dans le monde particulier qui s’est ainsi constitué et qui est devenu un état de conscience complètement organisé. C’est la cinquième étape, le skandha de la conscience.
Cette structuration de l’ego par la formation des cinq skandhas : forme, sensation, perception, motivation, et conscience, se répètent d’instant de conscience en instant de conscience.
Chacun de ses instants subsiste très brièvement puis disparaît, suivi par l’apparition d’un autre instant de conscience. A la fin de chacun de ses instants, il y a une sorte de dissolution ou de mort de l’ego et de ses constituants, et au début de chacun d’eux il y a agrégation, naissance de ceux-ci. Il y a ainsi en permanence agrégation et désagrégation de l’ego ; structuration, déstructuration et restructuration. Le phénomène se reproduit sans cesse. C’est ainsi que fonctionne l’ego. Et c’est ce processus de naissance et de mort qui constitue chaque instant de notre vie.

Lama Denys – extrait de l’ouvrage paru chez Albin Michel « Le Dharma et la vie« .