
La seule différence entre vous et moi est que je sais que
vous êtes des Bouddhas.
17è Karmapa Trinlay Thaye Dorje

L’illustration ci-dessus, reproduit une xylographie originale tibétaine qui présente les neuf étapes du cheminement de samatha en les illustrant par neuf scènes.
Il y a deux personnages : l’homme, qui est le sujet méditant, l’observateur, et l’éléphant, son esprit. Le méditant manie les deux outils dont il dispose pour développer samatha : l’attention et le rappel.
La hachette, incisive, représente l’acuité de l’attention vigilante, et la corde à crochet est le souvenir de la pratique, le rappel. Comme de nombreuses distractions interrompent l’état d’attention vigilante, le méditant doit y revenir par des rappels constamment répétés. La vigilance est l’acuité de base de la méditation et le rappel l’élément qui en assure la continuité.
L’état de samatha a deux principaux obstacles : d’une part l’agitation créée par les fixations sur les pensées et les émotions, et d’autre part la torpeur, l’opacité mentale. La torpeur est représentée par la noirceur de l’éléphant et l’agitation par celle du singe. Le feu qui décroît au fil des étapes exprime le niveau énergétique de la méditation : au fur et à mesure qu’elle progresse, la pratique exige de moins en moins d’efforts.
Les six virages du chemin délimitent six paliers de la progression, dominés successivement par six forces de la pratique qui sont : l’écoute des instructions, leur assimilation, leur souvenir, la vigilance, la persévérance et la parfaite habitude.
En bordure du chemin sont placés différents objets : plat de nourriture, conque, petite cymbale et miroir représentant les objets sensoriels : saveurs, odeurs, sons, et formes visuelles, qui distraient du chemin de samatha si le méditant se dirige vers eux.
1 – Au bas de la reproduction, à la « première station », la distance séparant le méditant et son esprit est grande. L’éléphant de l’esprit est mené par le singe de son agitation. Le feu est important, c’est-à-dire que la méditation demande beaucoup d’énergie ; les obstacles sont à leur maximum : tout est noir.
2 – À la deuxième station, le méditant grâce à son attention se rapproche de l’éléphant ; le singe mène toujours l’esprit mais le rythme s’est ralenti. L’opacité et l’agitation décroissant, du blanc filtre dans la noirceur de l’éléphant et du singe.
3 – À la troisième station, le méditant ne court plus vraiment après son esprit ; ils sont maintenant face à face. Le singe est toujours en avant mais il n’entraîne plus l’éléphant. Un contact suivi entre le méditant et l’esprit s’est établi avec la corde du rappel. Une forme de torpeur subtile, passée jusqu’alors inaperçue, apparaît ; c’est le petit lapin. La noirceur de l’opacité et de l’agitation décroissent.
4 – À la quatrième station, l’évolution se précise, le méditant se rapproche encore de l’éléphant. La blancheur du singe, de l’éléphant et du lapin progresse. La scène est plus calme.
5 – À la cinquième station, la situation se renverse. Le méditant guide maintenant l’éléphant de l’esprit avec une attention et un rappel continus. Le singe ne conduit plus, mais le lapin est toujours là. La scène est encore plus claire.
Dans l’arbre, un singe blanc cueille des fruits blancs : il représente l’activité de l’esprit s’engageant dans des actes positifs. Bien que de telles actions doivent habituellement être cultivées, ce sont des distractions pendant la pratique de samatha ; c’est pourquoi l’arbre est noir et à l’écart du chemin.
6 – À la sixième station, les progrès se précisent ; le méditant conduit ; le rappel de la méditation est constant sans que l’attention n’ait plus besoin d’être dirigée vers l’esprit. Le lapin est parti et la situation se clarifie de plus en plus.
7 – À la septième station, la scène est devenue très paisible. La marche n’a plus à être dirigée. La situation est devenue presque complètement transparente ; quelques taches noires signalent encore des points délicats.
8 – À la huitièmestation, l’éléphant marche docilement avec le méditant. Il n’y a pratiquement plus de noir et la flamme de l’effort a disparu. La méditation est devenue naturelle et continue.
9 – À la neuvième station, l’esprit et le méditant sont tous deux au repos complet. Ils sont comme de vieux compagnons habitués à rester tranquilles ensemble. Les obstacles ont disparu, samatha est parfait.
Les tableaux suivants, portés par le faisceau émanant du cœur du méditant, représentent l’évolution de la pratique au sein de cet état de samatha. La réalisation de samatha est caractérisée par des expériences d’allégresse et de ravissement, illustrées par le méditant volant ou transporté à dos d’éléphant.
Le dernier tableau se réfère à la pratique conjointe de samatha et de vipasyana. La démarche se renverse. Esprit et méditant sont ensemble, l’un chevauchant l’autre. Le feu révèle une nouvelle énergie qui apparaît : l’intelligence immédiate, représentée par l’épée flamboyante de la connaissance transcendante, tranche les deux faisceaux

LE CALME INTÉRIEUR
La méditation a pour but de libérer l’esprit de l’ignorance et de la souffrance.
Comment s’y prendre ?
Là encore le simple souhait d’y parvenir ne suffit pas. Il faut appliquer une méthode systématique qui permette de débarrasser l’esprit des voiles qui l’obscurcissent. Comme c’est l’esprit lui-même qui doit se charger de cette tâche, assurons-nous d’abord qu’il en est capable. S’il ne tient pas en place un seul instant, comment pourrait-il se libérer de son ignorance ?
L’esprit ressemble à un singe entravé par de nombreux liens, qui ne cesserait de sauter dans tous les sens pour se détacher. Il gesticule tant et si bien qu’il empêche quiconque, y compris lui-même, de défaire un seul nœud. Il faut commencer par le pacifier et le rendre attentif. Calmer le singe ne signifie pas l’immobiliser en le gardant enchaîné. Le but est de profiter de ce répit pour lui rendre la liberté.
On utilisera pareillement la maîtrise qui accompagne l’esprit lorsqu’il est calme, attentif, clair et maniable pour le libérer des liens créés par les pensées vagabondes, les émotions conflictuelles et la confusion.
Les automatismes de pensée, entretenus par nos tendances et nos habitudes, de même que la distraction et les fabrications conceptuelles qui déforment la réalité, sont autant d’obstacles à l’atteinte de ce but. Il faut donc remédier à ces conditions défavorables. Maîtriser l’esprit ne signifie pas lui imposer de nouvelles contraintes qui le rendrait encore plus étriqué et tendu ; c’est au contraire l’affranchir de l’emprise des conditionnements mentaux et des conflits intérieurs entretenus par les pensées et les émotions.
Pour reconnaître la nature véritable de l’esprit, il faut par conséquent ôter les voiles engendrés par les automatismes de pensée.
Comment s’y prend-on ?
Supposons que nous ayons fait tomber une clef au fond d’un étang. Si nous prenons un bâton et remuons la vase, nous rendrons l’eau complètement opaque et nous n’aurons aucune chance de retrouver la clef. Nous devons d’abord laisser l’eau se décanter jusqu’à ce qu’elle devienne limpide, après quoi il sera plus facile de discerner la clef et de la repêcher.
De même, il faut commencer par laisser l’esprit devenir clair, calme et attentif. Ensuite, il sera possible d’utiliser ces nouvelles qualités pour en cultiver d’autres, comme l’amour altruiste, la compassion, et pour acquérir une vision profonde de la nature de l’esprit.
Pour atteindre ce but, toutes les écoles du bouddhisme enseignent deux types de méditations fondamentales et complémentaires : le « calme mental », appelé Samatha en sanskrit, et Vipassana la « vision pénétrante » . Samatha est l’état d’esprit apaisé, clair et parfaitement concentré sur son objet. Vipassana est la vision pénétrante de la nature de l’esprit et des phénomènes, à laquelle on parvient en analysant minutieusement la conscience, puis en ayant recours à la pratique contemplative, à l’expérience intérieure. Vipassana permet de démasquer les illusions et, par conséquent, de ne plus être victime des émotions perturbatrices.
En résumé, Samatha prépare le terrain en faisant de l’esprit un outil maniable, efficace et précis, tandis que Vipassana libère l’esprit du joug des afflictions mentales et des voiles de l’ignorance.
Source : groupe de méditation à Lyon
Je vous invite à regarder les 6 vidéos de la playlist, c’est de l’authentique !
Somasekha est née au Cambodge.
Lorsque la guerre éclata, elle dut quitter son pays à l’âge de cinq ans. Accueillie en France, elle y grandit, fit ses études de droit et devint juriste. Très jeune, elle fut animée par la quête du sens de la vie et du bonheur véritable. Cet élan ainsi que ses racines familiales l’amenèrent à découvrir la philosophie bouddhiste qu’elle approfondit pendant de nombreuses années. Elle l’étudia ainsi pendant quatre ans, en Inde, au Kibi (Institut international des hautes études philosophiques bouddhiques).
Parallèlement, elle accomplit des retraites méditatives qui lui ont permis de développer une expérience directe du corps, des énergies et de l’esprit ainsi qu’un don naturel pour le soin. Elle put ainsi accompagner et soigner nombre de personnes pendant huit ans.
Par un bel après-midi hivernal, alors que je me promenais dans les rues et les jardins d’Amsterdam, le voile se déchira ; le sentiment d’être un individu séparé s’évanouit.
Il n’y avait alors plus de temps, ni d’intérieur ni d’extérieur. Plus de sujet ni d’objet.
Ce que je croyais être le monde apparaissait sous un jour nouveau et dans une fraîcheur insoupçonnée. Au-delà de la frontière duelle, il se révèle comme étant la radiance naturelle de la conscience infinie ; l’expression libre de sa joie, de son extase, de son amour inconditionnel.
L’amour est le chant de liberté de la conscience ; son parfum de vie ; son sourire divin.
Il embrasse toute chose ; il est toute chose.
Dans l’espace ouvert et clair de cette évidence,
Il y avait plénitude et éveil à la beauté de la vie.
Plénitude d’avoir retrouvé sa terre originelle ;
Plénitude de paix et d’amour ;
Plénitude du Cœur.
Playlist (6 vidéos) :

SIX CONSEILS DE TILOPA A NAROPA
1. Ne te rappelle pas : Laisse aller ce qui est déjà passé.
2. N’imagine pas : Laisse aller ce qui peut venir.
3. Ne pense pas : Laisse aller ce qui arrive maintenant.
4. N’examine pas : N’essaie pas d’interpréter quoi que ce soit.
5. Ne contrôle pas : N’essaie pas de faire en sorte que quelque chose arrive.
6. Repose-toi : Détend toi, maintenant, et repose-toi.

28 janvier 2012 / Updated on 25 août 2013
Précepte 1. Ne discriminez jamais quiconque en fonction du nom, de l’apparence, de la couleur de la peau, de la classe sociale, des croyances, de la communauté d’appartenance, du pouvoir, de la position sociale ou des qualifications. Abandonnez également toute distinction entre les concepts de « matériel » ou « spirituel ».
Précepte 2. En vous familiarisant avec le Dharma éternel, la Voie et le Bouddha, demeurez respectueux de toutes les religions et croyances.
Précepte 3. Renoncez aux mensonges, aux accusations, aux contre-accusations, aux dénigrements ainsi qu’à toutes formes de commérages sans fondement.
Précepte 4. Délaissez toutes philosophies ou voies qui engendrent des divisions et des différences d’opinion; prenez la Voie Véritable.
Précepte 5. Demeurez constamment en union avec l’Essence du Bouddha; lui qui a suivi la Voie vraie et parfaite tout au long de sa vie et qui a renoncé à toute action malveillante.
Précepte 6. N’ayant pas encore atteint l’Illumination vous-mêmes, ne cherchez pas à prouver ce qu’elle est avec des mots savants; tant que vous serez dans la confusion, évitez de propager la confusion chez les autres.
Précepte 7. Renoncez à toutes formes de violence et de meurtres envers les êtres sensibles; par le fait même, ne consommez que de la nourriture saine qui ne nécessite aucune souffrance.
Précepte 8. N’ayez pas des opinions bornées vis-à-vis des peuples ou des pays sur la base de leur nationalité.
Précepte 9. En vous engageant sur la Voie vraie et parfaite du Bouddha, accomplissez des actions qui profitent à la Terre.
Précepte 10. Lorsqu’une personne réalise la Vérité, la Voie du Bouddha prend forme; ainsi atteignez l’Illumination pour tous les êtres sensibles.
Précepte 11. Grâce à une compréhension intériorisée des nombreux préceptes, restez dans l’état de Pure Conscience le plus élevé et profond; vous pourrez ainsi vous libérer de toutes vos servitudes.
En pratiquant ces préceptes, comme les membres de la Sangha tentent de les intérioriser, vous apporterez de nombreux bénéfices pour vous-mêmes ainsi que pour tous les êtres.
Puissiez-vous tous comprendre que ces préceptes ne visent pas à vous contraindre mais bien au contraire, à vous libérer de tous vos esclavages.
Traduit par: Jyampa Lhamo
Il ne s’agit pas d’être bouddhiste, il s’agit avant tout d’être un bon être humain…
Sa Sainteté le Dalaï-lama
Voici un extrait d’un enseignement donné par Taï Sitou Rinpoché en octobre 1997 à Samyé Dzong Bruxelles, précisément sur la Bodhicitta ou Esprit d’Eveil
» Essayer de méditer et de mettre en pratique les méthodes du Vajrayâna qui visent à nous permettre d’atteindre l’éveil sans la Bodhicitta est une tentative bien étrange qui de surcroît n’aboutira jamais à rien.
Nous pourrions la comparer à vouloir créer une machine qui serait un bouddha. Tous nos efforts, toutes nos recherches pour créer ce robot-bouddha sont voués à l’échec car c’est tout simplement impossible.
Cela reviendrait aussi par exemple à nous efforcer de faire fonctionner toutes les parties de notre corps et de notre cerveau, à nous entraîner ainsi à devenir des bouddhas: à pure perte.
Pourtant, c’est à cela que revient la mise en pratique des méthodes du Vajrayâna, les méditations, les exercices respiratoires, les visualisations, etc, sans la Bodhicitta: à faire travailler toutes les parties de notre cerveau, convaincus que si nous parvenons à tout faire fonctionner, nous deviendrons nécessairement des bouddhas.
Cela semble, théoriquement, scientifique: quand le potentiel d’un cerveau humain est complètement utilisé, nous devons obtenir un bouddha. Loin de moi l’idée de critiquer la science, je la respecte bien évidemment. Sans la science nous ne serions pas ici ensemble ce soir: je serais toujours en train de marcher au Tibet.
De plus, sans la science, je ne serais sans doute pas en vie à ce jour: lorsque j’étais petit, je suis tombé gravement malade et c’est à la médecine allopathique que je dois d’avoir survécu. J’apprécie et je respecte la science.
Toutefois aucun moyen scientifique ne nous permettra jamais de produire un bouddha. Faire passer une décharge de 10 millions de volts dans le cerveau de quelqu’un dans l’espoir d’en faire un bouddha ne fera que détruire ce malheureux. De même, nous efforcer de faire fonctionner tous les recoins de notre cerveau sans avoir développé la Bodhicitta risque fort de nous rendre complètement fous !
La Bodhicitta est une base essentielle pour la transformation effective d’un être vivant. La véritable transformation d’un être humain dans le cas qui nous occupe.
Nous voyons dès lors toute l’importance de la Bodhhicitta qui constitue à la fois le fondement de l’éveil et la méthode pour le réaliser.
La base, la voie et le résultat
Nous avons maintenant une compréhension élémentaire de ce qu’est la Bodhicitta: nous connaissons sa signification littérale et nous savons qu’elle est importante. Approfondissons nos connaissances en étudiant le sens de la Bodhicitta selon les Soutras et les Tantras. La Bodhicitta s’y trouve très souvent expliquée en termes de Base, de Chemin et de Résultat.
1. La Bodhicitta Ultime ou la Bodhicitta de la Base
De ces trois principes, c’est en fait par le premier, la Bodhicitta de la Base, que l’on peut comprendre assez clairement et de manière approfondie ce qu’ est la Bodhicitta.
Commençons donc par la Base.
La Bodhicitta de la Base est très importante car, quoi que nous disions, nos propos doivent reposer sur une base. Sans une base, nos affirmations sont sans fondement et nous avons dès lors affaire à un complot! Sans fondement, nous tombons dans une conspiration, n’est-ce pas ? Il nous faut donc un fondement.
Lorsque je dis « Je souhaite atteindre la bouddhéité pour le bien de tous les êtres afin qu’à leur tour ils atteignent la bouddhéité », il s’agit bien là de la Bodhicitta. Ce souhait doit avoir une base. Il ne peut s’agir seulement de belles paroles. Si ce ne sont que de belles paroles dépourvues de fondement, il s’agit alors d’un complot. Il leur faut donc nécessairement une base.
Cette base est la Bodhicitta de la Base, appelée également, dans la terminologie du Mahâyâna et du Vajrayâna , la Bodhicitta Ultime , en tibétain « teundam tchang tchoub dji sem » . La Bodhicitta Ultime est donc la base. La Bodhicitta Ultime signifie que l’essence ultime de tous les êtres vivants est Bouddha.
L’essence de tous les êtres est Bouddha. En sanscrit, on utilise le terme Tathâgatagarbha, en tibétain « déwar shépé nyingpo », ce que l’on traduit en français par la « Nature de Bouddha ». La base est donc que chaque être vivant est en essence Bouddha.
Lorsque nous exprimons le voeu : « Je souhaite devenir un bouddha », en fait nous sommes déjà des bouddhas sur le plan ultime.
Sur le plan relatif, nous ne sommes pas éveillés, mais au niveau ultime, nous sommes déjà des bouddhas. De même, lorsque nous disons: « Je souhaite devenir un bouddha pour le bien de tous les êtres, afin de les aider à devenir eux aussi à leur tour des bouddhas », en fait tous les êtres sont déjà des bouddhas au niveau ultime. Ils l’ont toujours été, sans qu’ils soient déjà éveillés pour autant. Voilà donc la base: la Bodhicitta de Base ou Bodhicitta Ultime.
En utilisant d’autres mots, nous pourrions dire que chaque être vivant a un potentiel illimité, que chaque être vivant est parfait au niveau ultime. Nous pouvons certes utiliser de telles expressions, mais la véritable signification de la Bodhicitta Ultime, c’est la Nature de Bouddha.
Les choses peuvent parfois sembler bien compliquées, mais si nous nous détendons vraiment, si nous cessons de nous exciter, cela devient fort simple. Si nous nous détendons et restons juste tels quels, sans ressasser le passé, sans anticiper le futur, si nous demeurons simplement détendus et en paix dans l’instant présent comme l’a enseigné le Bouddha, nous sommes plutôt bons. Mais oui ! Si nous lui laissons la chance de se manifester, l’aspect positif de nous-mêmes va apparaître et, sans dire pour autant que nous allons nous manifester immédiatement en tant que bouddhas, nous serons bien meilleurs qu’autrement, ce qui prouve bien que notre essence la plus profonde est bonne et positive. Ne me faites pas dire que je vous conseille de ne plus faire de plans pour le futur ou de ne plus penser au passé ! Ce que je veux dire c’est que si vous consacrez quotidiennement 15 ou 30 minutes pour vous détendre et demeurer en paix, votre véritable essence, un peu de votre véritable essence, va se mettre à fonctionner. Bien sûr, elle fonctionne en permanence mais parfois ce fonctionnement reste mystérieux.
Donc, si nous laissons à notre Nature de Bouddha la chance de se manifester en nous accordant une séance quotidienne de méditation (car c’est en fait ce que l’on appelle la méditation), notre vraie « couleur » ou, pour être plus juste, notre vraie nature va effectivement se manifester. Or il n’y a rien d’autre en nous que du bon. Plus profondément nous l’explorons, plus nous atteignons notre nature profonde, meilleure elle apparaît. En effet, l’essence ultime de tout être est Bouddha. L’essence ultime de tout être est parfaite et sans limites. Voilà la définition simple de la Nature de Bouddha, de la Bodhicitta Ultime.
Vous pouvez considérer n’importe qui, vous pouvez vous considérer vous- mêmes, ou même penser à quelqu’un de vraiment négatif. Nous avons tous quelqu’un que nous considérons, historiquement parlant, comme le prototype de la personne la plus négative. Les tibétains ont de telles personnes et vous devez certainement également en avoir. Pensez à cette personne et posez-vous la question: « cette personne est-elle mauvaise et malfaisante à un niveau ultime ? »
Résolument pas ! Certes, elle est malfaisante – je ne citerai pas de nom mais je crois que vous pouvez imaginer qui j’ai en tête et je devine également à qui vous pensez, historiquement parlant. Et certes, de telles personnes sont négatives, de telles personnes sont mauvaises, malfaisantes, c’est vrai. Mais sont-elles mauvaises au niveau ultime ? Impossible ! Tant de circonstances ont rendu ces personnes mauvaises. Elles auraient sans doute pu contrôler leurs tendances négatives, mais elles ont choisi le mal. Ce n’est peut-être pas vrai pour toutes, mais nous voyons clairement, en lisant les livres d’histoire, que ce fut le cas pour la plupart d’entre elles.
Pourtant, au plus profond d’elles-mêmes, ces personnes sont Bouddha. Si une telle personne pouvait se calmer et, sans revenir au passé ni penser au futur, laisser son essence la plus profonde se manifester, elle aurait bien plus qu’une chance de devenir un être humain bon, compatissant, parfait – au point de pouvoir se manifester comme un bouddha.
L’essence ultime des êtres malfaisants n’est pas mauvaise. La manifestation relative de tels êtres est malfaisante et ce pour tant de raisons. L’ampleur du mal qu’ils génèrent peut varier. Certains font le mal sur une vaste et terrible échelle, d’autres sont nuisibles avec une ampleur moindre, mais quoi qu’il en soit, leur essence n’est pas mauvaise et cette essence peut être éveillée. Ils peuvent changer, ils peuvent s’améliorer. Il n’y a pas le moindre être vivant qui ne puisse se transformer.
C’est ce qu’on appelle la Bodhicitta de la Base, ou la Bodhicitta Ultime.
La Bodhicitta Ultime existe, elle est la base grâce à laquelle notre souhait « Puis-je atteindre la bouddhéité pour le bien de tous les êtres afin qu’ils atteignent à leur tour la bouddhéité n’est pas un complot. C’est cette base qui authentifie notre démarche, qui lui donne une base, un fondement.
2. La Bodhicitta relative ou la Bodhicitta de la voie
La Bodhicitta relative est la voie. La Bodhicitta de la Base est la Bodhicitta ultime, ce qui signifie que la Bodhicitta relative est la voie. La Bodhicitta relative est fort simple. Si la Bodhicitta ultime est notre essence même, cette essence ne se manifeste pourtant pas facilement. Nous comporter de manière positive nécessite de notre part un effort certain, alors que nous montrer négatifs ne nous pose pas le moindre problème. Nous n’avons pas à nous forcer beaucoup pour devenir des drogués ou des alcooliques, cela se fait très facilement.
Par contre, nous devrons travailler dur pour nous désintoxiquer ou nous défaire de n’importe quelle mauvaise habitude, cela ne se fera pas tout seul. Il ne devrait sans doute ~ pas en être ainsi, mais si tomber dans une mauvaise habitude est facile, en sortir n’est pas chose aisée. Pourquoi?
Parce que nous sommes restés longtemps dans ce genre de « voisinage », le voisinage de la négativité. Vie après vie, nous nous sommes laissés aller avec une complaisance excessive à suivre le cours de nos pensées discursives et de nos souillures. C’est notre propre choix, notre propre faute, ce n’est celle de personne d’autre. Nous avons passé beaucoup de temps et consacré tant d’énergie pour nous confectionner une camisole de force, et voilà que nous la portons maintenant ! C’est notre oeuvre, personne d’autre ne l’a faite pour nous, c’est ainsi…
Bien que la Bodhicitta ultime soit une chose si précieuse, la Bodhicitta relative nécessite des efforts. Nous pourrions définir ainsi la Bodhicitta ultime et la Bodhicitta relative: nous n’avons rien à faire quand il s’agit de la Bodhicitta ultime, elle est toujours présente, par contre il nous faut développer la Bodhicitta relative. Le chemin du Bodhisattva, la voie de la Bodhicitta est donc la Bodhicitta relative. La Bodhicitta relative comprend toutes les voies et les méthodes que l’on applique pour réaliser la Bodhicitta ultime. La Bodhicitta relative a pour point de départ l’aspiration mentionnée précédemment et elle est ensuite renforcée, développée et approfondie de différentes manières, grâce à différentes méthodes, comme les « 4 pensées illimitées », les « six Pâramitâs », la méditation, les prières, etc.
En développant les quatre pensées illimitées qui sont la compassion, la bonté aimante, la joie et l’impartialité illimitées, par les six pâramitâs, la méditation, les prières, les activités du corps, de la parole et de l’esprit, nous mettons en pratique notre aspiration à devenir un jour des Bouddhas pour le bien de tous les êtres. Toutes ces méthodes sont la Bodhicitta relative, la mise en pratique de la Bodhicitta, la voie de la Bodhicitta. »

Bouddhiste depuis plus de 30 ans, Lama Lhundroup est enseignant, « Droupeun » (dirigeant de retraite de trois ans) et traducteur de textes Tibétains au monastère de « Dhagpo Kundreul Ling » en Dordogne. Médecin de formation il anime également des groupes de discussions entre Lamas et Psychologues.
Est-ce que la relation de couple peut apporter une aide au chemin d’éveil ?
Oui, elle peut même apporter une aide importante, mais cela dépend de quelle manière la relation est vécue. Si dans une relation de couple quelqu’un se sert réellement du Dharma et se libère ainsi peu à peu de ses tendances égocentriques, les expériences très diversifiées d’une liaison peuvent apporter beaucoup au chemin du Dharma. Sur le chemin de l’éveil il ne s’agit de rien d’autre que de travailler avec tous nos attachements et de les dissoudre petit à petit. Normalement, les couples n’ont pas pour objectif de dissoudre l’attachement mutuel, car les partenaires ont peur que cela provoque la fin de leur relation. Nous oublions pourtant que la dissolution des attachements, dit l’attachement égocentrique, est toujours liée à la manifestation des qualités telles l’amour, la sagesse, la compassion, l’humour, le courage, la joie, la patience, la générosité, etc.. Dans la perspective du dharma, nous pouvons utiliser la relation de couple comme un terrain parfaitement adapté pour l’entraînement dans ces qualités. La relation fait surgir beaucoup d’émotions, elle est en tous points un défi considérable. Se mettre sur le chemin vers l’éveil veut dire que nous nous servons, si possible, des émotions de chaque situation vécue pour travailler avec elles et devenir ainsi plus libres.
Somme toute, les problèmes que rencontrent les couples sont constamment les mêmes ; et qui plus est, les solutions demandent presque toujours la même attitude de base : se détendre et s’ouvrir. Mais en cas isolé chaque couple et chaque partenaire sont à une autre étape de son évolution. C’est pourquoi les couples peuvent retirer beaucoup des enseignements généraux du Dharma. Cependant, il faut qu’ils regardent toujours précisément ce qui est adapté à leur besoin actuel.
Quels sont les problèmes typiques d’un couple du point de vue du Dharma ?
En ce qui concerne le Dharma, c’est assez radical. Il ne fait pas de différence entre les problèmes d’un couple et ceux du pratiquant individuel. Le véritable problème est l’attachement à un égo et aux émotions qui en résultent telles l’avidité, la colère, l’orgueil et la jalousie.
De cette saisie fondamentale d’un ‘je’ ou ‘moi’ s’écoulent les problèmes multiples et très nuancés, jouant un rôle dans les relations de couple : cela commence avec une idéalisation du partenaire et une attente irréaliste au sujet de la relation et du partenaire, qui mène obligatoirement aux désillusions. Nous ne pouvons pas être tout pour notre partenaire, et le partenaire ne sera jamais tout pour nous. Il n’est pas possible qu’un être humain comble tous nos espoirs et souhaits. En plus, nous n’avons pas seulement des espoirs complètement exagérés, nous avons également des peurs excessives. A cause de nos attachements, souhaits et peurs, nous commençons alors souvent à vouloir changer notre partenaire. Nous voulons qu’il ou elle corresponde à nos souhaits et ne touche pas à nos peurs.
Nous ne pouvons pas laisser l’autre simplement tel qu’il est. Cette incapacité d’accepter l’autre pleinement tel qu’il est mène à des manipulations subtiles, nous voulons l’adapter à nos idées. Mais il ou elle essaye de se soustraire à ces accès de manipulation et se défend ; et c’est ainsi que l’on arrive facilement à des rapports de force, subtils ou évidents, dans le couple. Cela ne veut pas dire qu’il faut absolument approuver notre partenaire tel qu’il est. Il y a des comportements qui sont tout à fait inacceptables. Mais nous pouvons expliquer clairement ce qui nous ne plaît pas et laisser le choix au partenaire lui-même, de changer ou non. Nous pouvons exprimer ce qui nous met mal à l’aise ; cela est possible dans une discussion ouverte. En plus il n’est même pas requis d’éviter une dispute à tout prix. Le plus important est que les émotions soient clairement exprimées et que l’on ne s’égare pas dans une guerre souterraine pleine de déception et de rancune. Il est entièrement possible de s’accabler dans une relation, durant ses discussions franches. Cela demande courage et confiance, car il y a la peur de rompre. Cependant à travers de telles explications nous nous développons pour aboutir à une relation dynamique qui peut continuellement évoluer. Si, au contraire, nous cachons nos sentiments et nous empêtrons dans des reproches, nous commençons à regarder l’autre avec un oeil de plus en plus critique et découvrirons de plus en plus de côtés présumés négatifs chez lui. Nous glissons de l’idéalisation de la relation de départ vers une sombre vision négative. Le nuage rose de notre projection amoureuse se dissout, l’attachement se transforme en aversion.
L’amour mutuel au sein d’un couple ne reste-t-il pas plus fort que celui envers les autres humains ?
L’amour disparaît si nous voulons le retenir, mais il se laisse découvrir lorsque nous nous ouvrons. L’amour véritable est désintéressé, il ne veut rien pour soi. Il donne sans attendre quoi que ce soit en retour. L’amour sert les autres en toute liberté. Il est comme une main tendue qui porte et donne. Et on ne la retire pas parce que l’autre n’est pas tel que nous l’espérions et ne nous donne pas ce que nous attendions. L’amour nous transforme. Il nous aide à nous ouvrir à nos douleurs et à nos confusions. L’amour demande du courage et de la persévérance. Il nous permet de supporter les moments où nous sommes complètement perdus. Il nous permet d’abandonner notre territoire et de lâcher nos attentes. L’amour nous rend curieux, il s’intéresse à l’autre, à sa vie intérieure. L’intensité de l’ouverture, pleine d’amour, envers un partenaire intime, est une aide qui permet de plus en plus d’ouverture envers les autres êtres. Un tel amour donne de la force et de l’inspiration à tous ceux qui entrent en contact avec nous.
Qu’est-ce qui soude le couple ?
Nous commençons réellement à apprécier la relation de couple car nous voyons quelle aide importante notre ami(e) représente. Il est un bon miroir, un maître, une aide au développement de la vigilance. Naturellement, la relation nous donne aussi une identité, un chez-soi, un espace protégé. Une relation profonde s’avère stabilisante pour l’évolution intérieure. Des gens qui partagent leur vie pendant longtemps ont souvent le souhait de vieillir ensemble afin de pouvoir s’occuper l’un de l’autre quand ils seront vieux. Ils savent qu’ils ne pourraient pas faire des expériences vraiment nouvelles avec d’autres partenaires, et que changer de partenaire n’éviterait pas de travailler sur les mêmes points que ceux qui se présentent dans leur relation actuelle. Si nous voulons vraiment vivre une relation vivante et engagée il n’y a aucune raison de chercher ailleurs.
Quel rôle joue la sexualité dans une telle relation ?
La sexualité ne se trouve pas au premier rang. Elle est simplement un des moyen qui permettent la communication et une profonde ouverture. Cette ouverture devient plus importante que l’union sexuelle elle-même. Nous ne devons pas penser que des difficultés sur le plan sexuel sont automatiquement le signe d’un manque d’amour – ce qui compte est l’ouverture du coeur et une vraie communication. Et pour cela nous devons nous laisser beaucoup de temps et d’espace.
La manière dont les femmes et les hommes vivent les situations et les traitent restent différente pendant longtemps. Les enseignements tantriques disent que les femmes portent l’homme en elles et les hommes la femme en eux. A travers la pratique de l’ouverture intérieure nous trouvons l’accès à cette autre partie en nous. L’homme découvre la féminité et le maternel en lui et la femme le masculin et le paternel en elle. Les relations peuvent faciliter ce processus mais aussi le freiner. Cela dépend de l’individu. Au fond, tout est très simple : nous devons toujours pratiquer le lâcher-prise et toujours suivre l’amour. La pratique du Dharma implique de ne pas se compliquer la vie avec des théories, mais de rester, autant que possible, simples et ouverts. L’expérience démontre que les relations de couple peuvent y être d’une aide importante mais elles ne sont pas indispensables.
Les avantages présumés d’une relation de couple en comparaison à une vie de célibataire ?
Un avantage très important est d’avoir dans le partenaire un beau miroir pour nos émotions, ainsi que beaucoup d’occasions pour un échange profond où nous sommes obligés de dépasser nos limites. Nous accédons à nos émotions et à nos limites et apprenons à mieux nous connaître. Comme partenaires nous pouvons nous entraîner sans cesse à accepter et à donner ; il y a toujours des situations qui nous défient et nous donnent la possibilité de développer des qualités. Une relation peut également permettre d’équilibrer des états émotionnels fortement critiques. En sus, une relation pleine d’amour nous procure de la chaleur humaine et de l’affection, indispensables pour une évolution harmonieuse. Elle apporte sécurité et stabilité et les moyens pour développer de la confiance en nous-mêmes et dans les autres. Un partenaire peut nous aider de nous détendre dans des situations difficiles et de lâcher. Nous avons la possibilité de faire connaissance avec le monde de l’autre, d’apprendre à nous confier à quelqu’un et à partager notre monde. Notre compréhension pour les autres croît et nous devenons plus réalistes.
Quels sont les inconvénients éventuels ?
Une relation de couple peut nourrir notre attachement. Au lieu de dissoudre nos fixations, elle peut renforcer la saisie d’un « moi » et d’un « toi ». Un partenaire peut facilement être utilisé pour fuir devant soi-même et pour se distraire. Cela peut empêcher que nous prenions conscience de nous-mêmes. Si nous cherchons en permanence nos points de référence à l’extérieur, la relation renforcera notre manque d’indépendance. Si une relation est difficile à vivre et s’il y a souvent des disputes, cela engendre une forte accumulation de karma négatif. En ce qui concerne l’activité, habituellement, les partenaires vivant en relations de couple n’ont pas beaucoup de temps pour les autres gens, parce qu’il faut entretenir la relation, et que cela demande du temps. Cependant si les partenaires se laissent beaucoup d’espace et façonnent leurs vies simplement, il reste suffisamment de temps pour les autres.
Qu’est-ce qui change pour le couple quand il y a des enfants ?
L’engagement en vue d’une stabilité de la relation devient extrêmement important. Les enfants ont besoin, dans la mesure du possible, de deux parents, et cela à long terme. Dès qu’il y a des enfants, la question du mariage se pose, vu que les enfants ont besoin du cadre le plus stable possible d’une relation.
Autrement, la stabilité est-elle de moindre importance ?
Un couple qui reste lié pendant longtemps, s’entraîne à traverser des difficultés et découvre des nouveaux espaces d’amour, qui restent cachés si l’on change souvent de partenaire. Rester ensemble est la plupart de temps la décision la plus sage mais pas toujours. Il s’agit de ne pas créer de nouvelles souffrances et de se libérer des conditionnements bien ancrés. Parfois il vaut mieux mettre un terme à une relation. Seulement, les conditionnements ne se délient pas parce qu’on change de partenaire – jamais. Changer de partenaire peut à la limite donner la possibilité de recommencer dans de meilleures circonstances.
Pour rester ensemble, un couple doit avoir maintenu la confiance mutuelle à un certain degré, les blessures ne doivent pas être trop profondes, des coups supplémentaires sont à éviter, si possible. Avant de commencer une nouvelle relation, l’ancienne doit être clôturée afin d’éviter les douleurs et le chaos. Aussi faut-il prendre en compte l’âge et la maturité des enfants.
En premier lieu, il s’agit de mener sa vie avec une vigilance fondamentale, de développer plus d’ouverture et de tolérance, d’écouter, d’échanger, de découvrir l’amour, de se détendre, etc. Il s’agit également d’accepter la solitude dans la relation de couple, de ne pas estomper l’ennui qui se manifeste de temps à autre, de développer le courage d’être honnête. Il y a là un travail considérable à fournir, qui conduit graduellement à un démantèlement de la saisie égotique.
En fin de compte, le travail à fournir dans une relation de couple revient exactement au même que celui à faire dans la méditation. C’est pourquoi il est bien plus utile pour un couple si les deux méditent. La méditation nous aide à nous détendre et à traverser les moments de solitude et d’ennui. Elle nous ouvre de nouveaux espaces à la compréhension et fait connaître une nouvelle approche de soi même et des autres. Nous ne nous reposons pas en permanence sur l’autre, ce qui déleste la relation. Les deux partenaires deviennent plus autonomes à travers la méditation. Ils ne cherchent plus à l’extérieur ce que l’on trouve à l’intérieur.
Qu’est-ce qu’un couple peut faire pour vivre en harmonie ?
Comme déjà dit, une telle relation demande à être entretenue, au mieux tous les jours. Cela prend pas mal de temps, du temps de ‘bonne qualité’ – ne pas seulement être assis ensemble à table, mais un échange profond. Cela exige des conversations, de l’intérêt à la vie intérieure du partenaire, des intérêts communs et l’envie d’entreprendre des choses ensemble, parfois aussi sans enfants ou amis. Un couple a besoin de contacts à l’extérieur qui sont stimulants, dynamisants. Tous ces conseils, un psychologue les donnerait également. Parallèlement, les deux partenaires doivent prendre soin de leur autonomie, de leur indépendance intérieure. Beaucoup de conflits surgissent parce que nous sommes devenus dépendants, et, sans nous rendre compte, nous luttons pour retrouver notre autonomie intérieure. Celui qui a réellement trouvé son indépendance intérieure perd cette appréhension d’être exploité ou manipulé par les autres. Il oublie la peur d’exprimer ses émotions parce qu’il n’est pas tourmenté par la crainte de perdre l’autre. Peut-être pouvons-nous dire, que d’être capable d’aimer réellement nécessite une certaine dose d’autonomie. Il nous faut apprendre à nous accepter nous-mêmes ainsi que les autres et à laisser de l’espace. Plus nous rentrons profondément dans la pratique de la détente et du lâcher-prise, plus nos relations deviennent simples. Nous devrons faire l’effort de développer un intérêt véritable pour l’autre et de nous prendre pour moins important que lui. L’intérêt signifie regarder et écouter vraiment. L’intérêt véritable crée l’ouverture en nous. En même temps une certaine qualité de complaisance est requise – il nous faut apprendre à tenir les engagements que nous avons pris ensemble. C’est par là que s’amplifie la confiance et naît une plus grande ouverture. Une relation de couple réclame le courage de deux partenaires afin d’affronter les difficultés immédiatement, de préférence le jour même, pour qu’aucune rancune ne puisse s’introduire. Si nous n’arrivons pas à gérer nos difficultés tout seul, nous ne devrions pas avoir de gêne à chercher rapidement de l’aide, chez des amis, par exemple, ou éventuellement chez un thérapeute. L’orgueil ne doit pas nous en empêcher.
Les thérapeutes peuvent-ils apporter de l’aide à un couple ?
Oui, bien sûr. Il est rare qu’à long terme un couple arrive à se passer d’une aide de l’extérieur, qu’elle vienne d’amis proches, d’un Lama ou, justement, par d’un thérapeute. La thérapie, et surtout la thérapie du couple, n’implique pas du tout de se remplir la tête avec toutes sortes de concepts. Dans notre société actuelle, les thérapeutes sont devenus un genre « d’Ersatz » des maîtres de sagesse, en partie quelque chose comme les ‘gardiens de l’esprit sain’ de l’humanité qui se perd facilement. Au cours de leur formation, ils s’occupent intensivement de trouver des moyens pour aider eux-mêmes et les autres. Nécessairement, ils développent aussi une quantité de théories qui se laisseraient perfectionner en les comparant avec les expériences de la pratique du Dharma. Néanmoins ils sont entièrement capables de nous aider à prendre du recul face à nos problèmes, à obtenir une meilleure compréhension et à trouver une approche nouvelle. C’est là l’activité pour laquelle ils sont payés.
Qu’est-ce qui réunit un couple de nos jours ?
Les possessions, les enfants, la moralité, la société, la pression familiale, la liaison sexuelle, – tous ces facteurs perdent de plus en plus de leur influence. Le mariage en tant qu’institution a perdu sa valeur et est considéré par beaucoup comme un devoir passager et résiliable. Du point de vue de l’enseignement bouddhiste, le mariage est une affaire personnelle et mondaine du couple et se pratique suivant les coutumes du pays. Il n’existe pas de mariage consacré par un Lama bouddhiste. Le mariage n’est pas considéré comme un sacrement à l’instar de l’église catholique. Cependant, le Bouddha a mis l’accent sur le fait que la fidélité et le respect des relations de couples existantes sont des éléments très importants d’une conduite éthique et responsable. Il est important de garder les engagements et de les adapter ensemble aux situations changeantes. Il vaudrait mieux commencer par des engagements réalistes et faciles à tenir. Il ne s’agit pas de prendre des engagements héroïques que nous n’arriverons pas à tenir pendant longtemps, mais du développement graduel de la capacité de persévérer. De cette manière le couple peut évoluer vers une forme de relation que nous pourrions appeler « une relation de couple engagée », qui peut être basée sur un mariage ou non.

Souhaits de Bodhisattva
Par mes vertus, puisse, en cette vie et toutes les autres,
s’accomplir uniquement le bien d’autrui
Par mon corps, puissé-je faire murir et libérer les vivants
Par ma parole, puissé-je faire mûrir et libérer les vivants
Par mon esprit, puissé-je faire mûrir et libérer les vivants
Par mes corps, paroles et esprit, puissé-je faire mûrir et libérer tous les vivants, tans que l’océan du Samsara ne sera pas vide