
S’éveiller à qui vous êtes vraiment nécessite
d’abandonner l’idée de qui vous croyez être
– Alan Watts –

Les préparations
Après avoir nettoyé la salle de méditation et avoir disposé des objets servant de supports de visualisation, prenons la posture en sept points
1) Asseyons-nous sur un coussin, le dos surélevé par rapport au devant du corps, dans la position du lotus. Il est aussi convenable de simplement croiser les jambes. En cas d’incapacités physiques, on peut simplement s’asseoir sur une chaise.
2) Les deux mains reposent dans le moudra de l’équanimité méditative, les paumes vers le haut, la main droite repose sur la main gauche. Les extrémités des pouces se rejoignent vers le haut, ce qui représente l’union de la félicité et de la vacuité. La forme ainsi produite symbolise que cette union est la source d’émergence de tous les phénomènes. Les deux mains doivent être placées à environ quatre centimètres plus bas que le nombril. Ce point est très important car c’est à cet endroit qu’est généré le feu interne (toummo en tibétain).
3) Le dos doit être aussi droit qu’une flèche. En effet, si le corps est droit, les canaux d’énergie subtile et les vents qui y circulent le seront aussi. Ainsi, l’esprit deviendra maniable.
4) Les dents et les lèvres sont dans une position naturelle et le bout de la langue touche au palais. Cela préviendra l’assèchement de la bouche et empêchera que la salive ne s’écoule hors de celle-ci lors d’absorptions méditatives profondes.
5) La tête est légèrement penchée vers l’avant.
6) Les yeux regardent vers le bas suivant les ailes du nez. Cette technique aide à prévenir l’agitation et le relâchement mentaux. Il est parfois expliqué de méditer les yeux complètement fermés ou encore en regardant devant soi. Cela n’est toutefois pas conforme à la tradition suivie ici.
En effet, en méditant les yeux fermés, on risque de devenir facilement en proie à la léthargie, au relâchement mental, à la torpeur, au sommeil, à la fatigue physique ou mentale, etc. À l’autre extrême, les yeux complètement ouverts peuvent conduire à l’agitation, la dispersion et la distraction. C’est pourquoi les saints maîtres du passé expliquent qu’il faut méditer les yeux juste entrouverts pour se prémunir contre ces difficultés.
Certaines personnes trouvent toutefois plus facile de méditer les yeux fermés ou les yeux ouverts et ne sont pas aux prises avec les difficultés mentionnées ci-haut. Le but de la méditation étant d’atteindre la concentration, si une technique nous convient mieux qu’une autre, il est permis de l’adopter. Le fait d’avoir les yeux fermés ou ouverts n’est qu’une condition extérieure. En effet, le calme mental et la concentration s’atteignent par la conscience mentale et non par la conscience visuelle.
7) Les épaules sont droites, ni trop tendues ni trop relâchées, juste un peu surélevées, à la manière d’un oiseau qui s’apprêterait à s’envoler.
Il existe aussi la technique des « neuf cycles respiratoires », qui permet de purifier les blocages du corps subtil composé de canaux et de vents. Tout d’abord, les cinq centres d’énergie (chakras) où circulent les vents sont : 1) le chakra de la grande félicité situé au sommet de la tête, 2) le chakra de la jouissance situé au niveau de la gorge, 3) le chakra du Dharma situé au niveau du cœur, 4) le chakra de l’émanation situé sous le nombril et 5) le chakra qui entretient la félicité situé au niveau de la région secrète (c’est-à-dire le sexe).
Associés à ces cinq chakras circulent cinq vents : 1) le vent imprégnant de couleur bleue pâle, 2) le vent ascendant de couleur rouge, 3) le vent vitalisant de couleur blanche, 4) le vent de glissement régulier de couleur verte et 5) le vent d’élimination de couleur jaune. Cette technique permet de purifier les cinq émotions perturbatrices que sont : 1) l’aversion, 2) le désir-attachement, 3) l’ignorance, 4) la jalousie et 5) l’orgueil.[1]
Avec cette technique permettant de purifier les blocages du corps subtil (canaux et vents), le calme mental ainsi que d’autres qualités ne seront pas difficiles à obtenir et pourront être actualisés en cette vie même.
Le corps subtil

La technique des « neuf cycles respiratoires » se pratique de la manière suivante. On fait d’abord trois respirations en expirant de la narine droite et en inspirant de la narine gauche. Ensuite, on inverse l’ordre pour trois respirations, en expirant de la narine gauche et en inspirant de la droite. Pour terminer, on fait trois respirations en utilisant les deux narines simultanément.
Habituellement, on ne fait pas mention des canaux et des vents dans l’enseignement des soutras[2]. Toutefois, il est très utile d’en parler ici afin de savoir comment purifier les vents subtils.
Si l’esprit éprouve des difficultés parce qu’il est distrait par des pensées conceptuelles dérangeantes, il est possible de visualiser que tous ces éléments perturbants s’échappent du corps sur-le-champ sous forme de lumière ou de fumée noire, lors d’une expiration naturelle. Lors de l’inspiration, on imagine qu’une lumière blanche pénètre en nous et purifie notre esprit.
Par exemple, si l’esprit est agité à cause de l’attachement à des préoccupations reliées au travail, aux amis, etc., on peut utiliser la technique du compte de la respiration, en comptant « 1 » pour l’inspiration, « 2 » pour l’expiration, etc. jusqu’au compte de « 7 », en essayant de conserver l’esprit concentré intérieurement. Si cela ne fonctionne pas, on recommence en comptant jusqu’à « 9 ». De la même façon, on peut recommencer le processus pour se rendre à « 11 », « 15 » ou « 21 ». On dit qu’il s’agit de la meilleure façon de mettre un terme à la distraction et de garder l’esprit concentré.
Lors de la méditation, si des émotions telles que le désir-attachement ou la colère nuisent à la concentration, dirigeons immédiatement notre conscience visuelle ou n’importe laquelle de nos consciences sensorielles vers un objet extérieur afin de distraire notre esprit. Ainsi, la conscience mentale sera attirée naturellement et on oubliera la perturbation précédente. En voyant l’esprit ainsi redevenu serein, il est possible de le ramener immédiatement à la méditation. Cette technique peut contribuer à l’atteinte de la concentration.
Enfin, la technique la plus efficace permettant l’atteinte de la concentration est de débuter en visualisant dans l’espace devant soi le Bouddha Shakyamouni ou une autre figure inspirante et réciter une pratique rituelle ainsi qu’un mantra qui leur sont associés. Cela arrêtera toute distraction externe ainsi que toute pensée conceptuelle et permettra ensuite de concentrer l’esprit en un point. Cette technique permettra de réaliser le calme mental très rapidement, en cette vie même.
Les conditions favorables à l’atteinte du calme mental
Maitreya explique :
« Le sage médite en un endroit où les commodités sont accessibles, un endroit béni, salubre, près d’amis positifs et doté de tous les prérequis nécessaires au bien-être du yogi. »
a. L’accessibilité des commodités
L’accessibilité des commodités signifie demeurer dans un endroit retiré et paisible où notre présence ne nuit pas aux autres et où l’on peut facilement se procurer ce qui est nécessaire à la santé (nourriture, vêtements, etc.) Ceux ayant des besoins spécifiques en ce qui concerne les médicaments ou la nourriture devraient s’assurer que ce dont ils ont besoin ne leur fera pas défaut.
Particulièrement à notre époque, ce que nous devons à tout prix trouver est le temps. À cela doit s’ajouter une grande détermination. En effet, même si l’on réussit à trouver le temps pour méditer, mais qu’intérieurement on n’est pas prêt, on cherchera à faire autre chose, à accomplir un tout autre projet. De nos jours, ce genre d’obstacles abonde. Il est donc primordial de trouver du temps et d’avoir une grande détermination.
Si nous ne cherchons jamais à avoir le temps, il ne faut pas s’attendre à ce que le temps se présente de lui-même. En effet, c’est à celui qui cherche à atteindre le calme mental à aménager son temps à cette fin.
b. Un endroit béni
Demeurer dans un endroit sacré ne veut pas dire que l’on devrait absolument aller vivre à Bodhgayâ en Inde, au Tibet, ou encore dans un monastère, un ermitage, une grotte ou un désert. Toutefois, si l’on peut résider en un endroit visité par les grands maîtres du passé ou encore un endroit béni, non seulement les éléments et les forces extérieures ne dérangeront-ils pas, mais il sera plus facile de purifier l’esprit et d’engendrer en soi les bénéfices des réalisations.
Bref, un endroit béni n’implique pas seulement que le lieu soit béni. Le sens réel est que l’esprit doit être discipliné, pacifié et très pacifié. Si ces trois éléments sont présents, alors l’endroit est béni.
c. Un endroit salubre
On devrait demeurer dans un endroit libre d’épidémies, de maladies ou de climat extrême. De plus, l’eau et la terre ne devraient pas être contaminées.
En effet, les éléments extérieurs (terre, eau, feu et air) et les éléments intérieurs psychosomatiques (agrégats, éléments, sources de perception, canaux et vents) doivent être équilibrés. C’est également une condition contribuant à l’atteinte du calme mental. Un endroit salubre signifie à la fois un lieu et une situation où rien ne peut nuire à la santé.
Si les éléments extérieurs sont en déséquilibre et entraînent un climat extrême ou des épidémies, cela nuira à la santé. S’il survient des débalancements au niveau des éléments psychosomatiques qui créent des inconforts, des impuretés dans les canaux et les vents, etc., cela nuira à la santé également.
d. Des amis positifs
Il est préférable de s’entourer de plusieurs personnes positives partageant la même vision et la même attitude que la nôtre. En tant que débutant, il est très mauvais de demeurer seul et sans amis. On dit qu’on devrait avoir au minimum trois amis avec qui pratiquer.
e. Avoir tous les prérequis nécessaires au bien-être du yogi
On doit avoir reçu toutes les transmissions et explications nécessaires et surtout être devenu expert dans la pratique. De nos jours, certaines personnes ne sont pas intéressées à recevoir les instructions concernant le calme mental, mais souhaitent quand même méditer. Bien sûr, ce manque d’intérêt envers les instructions nuit grandement à leur pratique et leur bloque la voie à toute réalisation.
Le glorieux Atisha a dit :
« Celui en qui les prérequis au calme mental ont dégénéré, même s’il médite durant des milliers d’années avec effort, n’arrivera pas à développer la concentration. »
Ainsi, avant de pouvoir pratiquer, on doit avoir réuni toutes les conditions nécessaires et au minimum avoir reçu les instructions et transmissions. Si une seule des conditions manque, l’atteinte de réalisations sera extrêmement difficile. Par exemple, comment un avion pourrait-il voler s’il lui manque une pièce?
Certaines personnes se demandent parfois s’il y a une différence entre le fait de méditer le matin ou le soir. Le plus important est de savoir que si l’on médite lorsque le corps et l’esprit sont frais et dispos, lorsque l’esprit et clair et alerte, il sera plus facile de générer le calme mental.
Le soir, des obstacles au calme mental tels que la paresse se manifestent facilement. Le matin, l’esprit est plus clair et l’énergie circule avec plus d’aisance dans les canaux du corps. De plus, après une bonne nuit de sommeil, les souvenirs grossiers des activités et des problèmes des journées précédentes sont temporairement oubliés. Ainsi, le meilleur moment pour pratiquer la méditation sur le calme mental est avant de commencer les activités quotidiennes qui viendront à nouveau occuper l’esprit.
Le temps que prendra l’atteinte du calme mental dépend exclusivement de la réunion de toutes les conditions favorables. Il est dit que si l’on pratique les préparations continuellement avec l’ensemble des conditions extérieures et intérieures qui permettent la réalisation du calme mental, il pourra être atteint en moins de six mois. Cette information concerne toutefois des époques très vertueuses. De nos jours, le développement matériel et technologique cause beaucoup de distractions, d’agitation mentale et de pensées conceptuelles. Il est donc difficile de présumer du temps que cela pourrait prendre. Cela dépend surtout de l’attitude personnelle de chacun, car on ne parle pas d’une durée spécifique qui serait nécessaire pour atteindre le calme mental dans les textes classiques. Les pratiquants se doivent donc de bien connaître ces préparations et conditions favorables.
2. La pratique proprement dite
La méditation est la familiarisation ou le maintien de l’esprit en concentration sur un objet visualisé clairement. C’est le propre d’un esprit qui ne se laisse pas diriger par les distractions externes et internes.
L’objet sur lequel on médite doit être visualisé [3] clairement à une distance d’environ deux mètres devant soi et 50 centimètres plus haut que le cœur, c’est-à-dire face à l’espace entre les sourcils. Il doit être perçu d’aspect lumineux et lourd, de la taille d’un pouce environ. Le fait de l’imaginer lumineux empêche le relâchement mental. Le visualiser lourd prévient l’agitation. La concentration doit absolument inclure trois caractéristiques, à savoir le mode d’appréhension, la stabilité et la clarté. Le mode d’appréhension doit être équilibré entre clarté et stabilité.
Quel objet devrait-on choisir pour la visualisation? Celui qui est à l’origine des instructions concernant le calme mental et la vision pénétrante à notre époque est le Bouddha Shakyamouni. Il est donc dit que de visualiser le corps du Bouddha contribue à l’achèvement des accumulations de mérite et de sagesse et à la purification des voiles, en plus de faciliter l’atteinte du calme mental.
Ces instructions sur la manière de visualiser l’objet s’adressent seulement aux pratiquants à la recherche du calme mental. Elles ne s’adressent pas à n’importe qui. Il est aussi possible de visualiser un objet tel qu’une goutte, une lettre, une lumière, une fleur, etc.
C’est l’image mentale qui doit être utilisée et non l’objet lui-même, car c’est la conscience mentale intérieure qui médite et qui pourra éventuellement atteindre le calme mental. Il n’est jamais fait mention dans les textes classiques d’une méditation exercée par une conscience sensorielle extérieure sur un objet physique.
Durée de la session de méditation
Les Terres des auditeurs et la majorité des autres textes classiques ne font pas clairement mention de la durée recommandée pour une séance de méditation. Le troisième volume des Étapes de la méditation de Kamalashila explique qu’on peut demeurer en méditation aussi longtemps qu’il est possible de le faire. Bien que cette mention fasse référence à une personne ayant déjà réalisé le calme mental et qui médite sur la vision pénétrante, il est évident qu’il en est de même pour la durée de la session de méditation sur le calme mental.
Si l’on a une période déterminée pour la pratique, comme c’est le cas lors d’une retraite, on fera quatre séances : une à l’aube, une l’avant-midi, une l’après-midi et une au crépuscule. Au début, si les séances de méditation sont trop longues, on sera facilement en proie à l’agitation et au relâchement. Il est donc préférable de faire plusieurs séances de courte durée. Selon la tradition suivie ici, le plus important est de respecter ses propres capacités physiques.
On peut demeurer en équilibre méditatif aussi longtemps qu’on ne ressent aucun inconfort ou obstacle physique ou mental. Dès que survient un obstacle, ne persistons pas et arrêtons immédiatement la séance. Éliminons les obstacles physiques et mentaux et reprenons ensuite la méditation. C’est ainsi que pensent les érudits. Nous devrions donc les imiter.
Maitreya explique :
« Il provient de l’abandon des cinq obstacles et de l’application des huit antidotes. Voici les cinq obstacles : la paresse, l’oubli de l’instruction, le relâchement et l’agitation, la non-application des antidotes et l’application excessive des antidotes. »
Les cinq obstacles au calme mental sont donc :
a) la paresse;
b) l’oubli de l’instruction;
c) le relâchement et l’agitation;
d) la non-application des antidotes aux obstacles;
e) l’application excessive des antidotes lorsqu’il n’y a plus d’obstacles.
Les huit antidotes aux cinq obstacles sont :
a. la foi confiante,
b. l’aspiration,
c. l’effort joyeux,
d. la souplesse méditative,
e. l’attention,
f. la vigilance,
g. l’application de l’antidote,
h. l’équanimité de la non-application.
Les quatre premiers antidotes contrent la paresse; chacun des antidotes suivants s’appliquent aux quatre derniers obstacles respectivement. Maitreya affirme :
« Ensuite, celui ayant atteint la grande souplesse physique et mentale est dit posséder l’application. »
Après avoir parcouru la totalité des neuf étapes, la concentration dotée de la félicité induite par la souplesse qui peut demeurer en équilibre méditatif sur son objet pour la durée désirée se nomme calme mental. Il est de deux types : celui ayant pour objet la multiplicité des phénomènes et celui ayant pour objet la nature réelle des phénomènes.
On le nomme calme mental [4] car l’esprit préalablement dispersé vers des objets extérieurs se pacifie (shi) par la demeure (nè) centrée sur un point vers un objet intérieur.
3. La conclusion
À la fin d’une session de méditation incluant tous les aspects du calme mental, on doit faire des souhaits et dédicaces :
Les souhaits :
Ayant pacifié la distraction vers les objets erronés et analysé le sens de la réalité, bénissez-moi afin que naissent rapidement dans mon continuum mental la voie unissant le calme mental et la vision pénétrante.
Et les dédicaces :
L’esprit d’éveil est précieux. Puisse-il naître chez ceux en qui il n’est pas encore apparu. Là où il est né, puisse-t-il ne jamais dégénérer et croître toujours de plus en plus fort.
Il n’y a pas un seul moment qui ne soit inclus soit dans la séance de méditation, soit entre les séances de méditation. Si nous entraînons notre esprit pendant la séance de méditation mais que nous sommes distraits entre celles-ci, cela nuira grandement à notre pratique lors du retour en séance de méditation. Nous devons faire attention de ne pas nous laisser distraire à ces moments-là.
[1] Ici n’est présentée qu’une brève introduction sur le sujet. Le lecteur est prié de s’en remettre aux textes classiques pour plus de détails.
[2] L’enseignement du Bouddha se divise en deux niveaux : celui des soutras et celui des mantras. Le premier est le fondement, l’emphase étant mise sur l’étude, la réflexion et l’analyse. Développé sur la base d’une compréhension solide du premier, l’enseignement des mantras met l’emphase sur la visualisation et le pouvoir de l’imagination afin d’actualiser l’état d’éveil.
[3] Il ne s’agit pas de regarder une image devant soi, mais d’imaginer cette image devant soi, par la conscience mentale. C’est cette dernière qui atteint le calme mental, non la conscience visuelle.
[4] En tibétain : shinè; traduction littérale : demeure dans la paix. En sanscrit : samatha.
Dédicace
Puisse l’effort mis à composer Trouver le bonheur au quotidien : conseils de la sagesse bouddhiste tibétaine contribuer à ce que les problèmes disparaissent du monde et à ce que le bonheur, la joie et la paix y resplendissent rapidement! Puisse-t-il particulièrement contribuer à ce que Sa Sainteté le Dalaï-Lama et les autres précieux maîtres demeurent durant des centaines d’éons dans ce monde et que leurs souhaits s’accomplissent spontanément.
L’auteur demande également aux érudits qui pourraient déceler dans cet écrit des éléments superflus, des omissions ou des erreurs d’être indulgents envers lui.
Écrit par Guéshé Lobsang Samten à Québec, Canada


LIBRE ET TRANQUILLE
Le bonheur reste introuvable
que l’on fasse de grands efforts ou que l’on exerce sa volonté,
car il est déjà présent, dans une relaxation simple
et abandonnée.
Ne vous efforcez pas :
il n’y a rien à faire, ni à harmoniser.
Ce qui se présente momentanément au sein du corps esprit
est sans véritable importance
et sans même la moindre réalité.
À quoi bon vous identifier et vous attacher à ceci,
l’évaluer, ou vous évaluer vous-mêmes ?
Il vaut mieux simplement
laisser la totalité du jeu se jouer d’elle-même,
s’élever et retomber telle des vagues,
sans intervenir ni pour modifier,
ni pour manipuler.
Ensuite, voir comment tout s’évanouit puis
réapparaît, comme par magie et de façon répétée,
temps sans fin.
Seule votre quête de bonheur
vous empêche de le voir.
Elle a tout de la chasse que vous donneriez
à un arc-en-ciel aux couleurs vives
que jamais vous ne pourrez attraper,
ou encore du chien qui court
après sa propre queue.
Bien que la paix et le bonheur
n’ont aucune existence
en tant qu’objets ou endroits,
ils sont disponibles en permanence
et vous accompagnent à chaque instant.
Ne croyez pas un instant que soient réelles
les expériences positives ou négatives.
Leur nature est aussi éphémère,
que celle du temps qu’il fait aujourd’hui,
ou que celle des arcs-en-ciel au dessus de nos têtes.
À vouloir saisir l’insaisissable,
vous vous épuisez en vain.
Dès que vous ouvrez et relaxez le poing serré
de l’avidité,
l’espace infini est là – ouvert, accueillant
et réconfortant.
Faîtes usage de cet espace, cette liberté
et aise naturelle.
Ne cherchez pas plus en avant,
ne pénétrez pas l’inextricable jungle
en quête de l’éléphant suprême,
qui est déjà tranquillement à la maison
devant votre propre foyer rougeoyant.
Rien à faire, ni à harmoniser,
rien à forcer,
rien à désirer
et rien ne manque.
Emaho ! Merveilleux !
Tout se déroule de soi-même.
Lama Guendune Rinpoché

LA COLÈRE
Quant la colère, dès qu’elle s’élève , il faut s’efforcer de prendre conscience qu’elle repose sur la vision dualiste d’un sujet et d’un objet, et de reconnaître dans l' »ennemi » la création de notre propre esprit. Rien n’étant séparé de l’essence de la vacuité de l’esprit, l’objet de la colère est l’expression de notre esprit lui-même. On ne peut haïr sa propre nature fondamentale ni être menacé par elle. comprenant la confusion de notre perception initiale, nous neutralisons cette colère, dirigée en fait vers nous-même, et développons l’Amour et la Compassion. Plus on identifiera d’ennemis, plus on cherchera à les combattre et plus ils se multiplieront. Si nous nous attaquons un seul ennemi – la fixation égoïste -, par sa domination tous les autres ennemis seront anéantis. ils ne subsistera que l’Amour universel.
Par cette méthode, tous les phénomènes extérieurs peuvent être maitrisés par l’esprit. En subjuguant la perception erronée et illusoire, on acquiert la capacité de réaliser tous les souhaits de tous les êtres.
Extrait de « Les émotions » de Lama Guendune Rinpoché
Pris sur la page facebook de l’Union Bouddhiste de France

Si vous prenez ce que Bouddha et le Christ ont dit,
et tous les grands yogis, saints, sages,
mystiques et adorateurs de Dieu,
cela peut être réduit à deux mots :
Choisissez l’Amour.
Il n’y a rien de plus haut que l’Amour,
Rien de plus pur,
Rien de plus altruiste,
Rien de plus puissant,
Et l’Amour est présent à chaque instant.
Choisissez l’Amour !
En tous moments, en tous lieux !
Choisissez l’Amour,
Car l’Amour vous a déjà choisi
Kalidas

L’enseignement du Bouddha, le dharma, nous enseigne que tout est interdépendant : ce que nous sommes et notre monde, tout ce qui existe et tout ce qui est connu.
Par Lama Denys
I – La compréhension de l’interdépendance
Interdépendance généralisée
L’enseignement du Bouddha, le dharma, nous enseigne que tout est interdépendant : ce que nous sommes et notre monde, tout ce qui existe et tout ce qui est connu. Il n’est rien, ni aucune expérience ou connaissance, qui ne soit dépendant de quelque chose d’autre ! De plus, ce que nous sommes en tant qu’individu est également envisagé par le dharma comme un ensemble d’éléments en interactions. A un premier niveau couramment admis, c’est donc une notion quasi-scientifique : celle d’un monde en tant que réseau d’interconnexions, de relations de cause à effet. La notion d’interdépendance ainsi entendue va d’ailleurs de pair avec celle d’impermanence.
Interdépendance psychologique
L’expérience que nous avons des choses de notre monde résulte d’un processus cognitif reposant sur nos imputations conceptuelles et nos projections mentales. Cette notion, courante dans certains de ses aspects en psychologie ou en philosophie occidentale, est, dans le dharma, poussée jusqu’à ses ultimes conséquences. En effet, il est courant de dire, en psychologie, que nos expériences sont conditionnées par nos projections et que nous investissons dans celles-ci ce que nous portons en nous, mais la perspective du dharma, tout en abondant dans ce sens, va plus loin : elle enseigne qu’au niveau fondamental, le sujet connaissant et l’objet connu viennent eux-mêmes simultanément à l’existence dans l’opération de projection ou l’acte de saisie conceptuelle.
Interdépendance cognitive
Pour le dharma, l’expérience que nous avons de nous-même et de notre monde n’existe que dans notre processus cognitif en lequel sujet et objet sont interdépendants et co-émergents, se posant l’un par rapport à l’autre en situation de dépendance mutuelle : le sujet connaissant, témoin de l’expérience, pose son existence dans la relation qu’il entretient à ses projections, perçues comme monde extérieur. C’est là l’aspect essentiel de l’interdépendance.
Dans cette perspective, le moi “ sujet intérieur ”, comme toutes les choses “ objets extérieurs ” qu’il expérimente dans son monde habituel, sont deux pôles corrélatifs, que le dharma appelle “ ego de la personne ” et “ ego des choses ”. Leur caractère relatif ou relationnel fait qu’ils sont dépourvus du caractère stable et autonome que nos perceptions habituelles ont tendance à leur attribuer. Leur absence d’existence indépendante est ce que le dharma appelle “ non-ego ” ou vacuité.
Au niveau essentiel, l’interdépendance n’est donc plus seulement celle des choses entre elles, mais celle des choses avec leur connaissant, dans une structure cognitive qui détermine l’un et l’autre : c’est là que le dharma devient à sa manière science cognitive, épistémologie ou connaissance de la connaissance.
Le physicien est familier avec l’interaction entre observateur et expérience, et avec la relativité des mesures d’espace-temps, dans les changements de référentiels. Le psychologue connaît le caractère relatif de nos perceptions habituelles et leur dépendance par rapport à nos références, communes ou individuelles. Le pratiquant du dharma se propose essentiellement une mise en question radicale de toutes ses références conceptuelles et la compréhension de l’interdépendance de l’être et de la pensée. Bien qu’il s’agisse là de domaines fort différents, leurs problématiques se recoupent et convergent finalement vers celle du dharma.
Interdépendance des actes : la causalité du karma et l’existence cyclique
Les considérations précédentes peuvent introduire aussi le pouvoir du mental et ses conditionnements appelés karma, comme créateur de notre monde et de notre ego : ce que l’on appelle globalement samsara. Au niveau relatif, tous nos états de conscience et expériences sont conditionnés par le karma, c’est-à-dire l’enchaînement des causes et des conséquences des actes : une cause entraîne une conséquence et chaque acte détermine un résultat. Cette perspective causale gouverne la discipline du dharma.
La notion d’interdépendance concerne aussi la production en dépendance de l’existence cyclique, le samsara, expliquée dans l’enchaînement de douze interconnexions. La première est un processus cognitif illusoire appelé ignorance, puis l’enchaînement conduit à la conscience individuelle, à ses expériences et à la fin de celles-ci. C’est le cycle de l’existence individuelle, le samsara. Il est “ auto-sustentateur ” : les empreintes des actes passés y ont des conséquences, qui induisent des actes présents, qui deviennent causes de conditionnements futurs. Le développement de cette activité conditionnée, karma, dans laquelle se trouve pourtant une part de liberté, structure le sujet, l’objet et l’acte, et se poursuit aussi longtemps que son cycle récurrent, son “ cercle vicieux ”, n’a pas été interrompu par la coupure qu’est l’éveil. La pratique expérimentale qu’est la méditation est l’outil qui opère cette rupture.
Interdépendance et coïncidence
Dans les conditionnements de la production en dépendance – pour la part non conditionnée présente en même temps que leurs conditionnements, ou lorsqu’ils cessent momentanément ou définitivement – apparaît une autre forme d’interdépendance : la “ co-incidence ”. C’est, sans relation de cause à effet habituelle, une concordance de phases entre différents plans, différents mandala, qui “ vibrent ” à l’unisson dans une sorte de résonance harmonique, pour prendre une métaphore musicale. Cette interdépendance, dite de la vacuité, peut être appelée “ synchronicité a-causale ”. Elle sous-tend des coïncidences significatives dont la manifestation échappe à la logique causale.
Interdépendance constitutive de la pensée
Tout chercheur qui pousse sa recherche à son terme se trouve inévitablement confronté au problème du domaine de validité de l’outil qu’il utilise comme moyen de sa connaissance, que ce soient ses appareils, sa méthode, sa théorie, sa logique ou finalement sa pensée conceptuelle. Le problème se pose en physique, dans les sciences humaines, pour le philosophe et le pratiquant du dharma. La validité de la pensée conceptuelle est, en dernière analyse, le problème le plus fondamental, et c’est celui qui est central dans l’approche du dharma.
L’étude et l’analyse des structures de la pensée ont été fort développées dans “ la voie médiane ” ou madhyamaka, qui met en évidence la nature identique du penseur, de l’objet de la pensée, et de la connaissance qu’elle apporte. Ils s’avèrent coextensifs : ils ont le même domaine de validité et les mêmes limites. La connaissance s’avère être “ co-naissance ” : naissance interdépendante du connaissant et du connu. En fait, le connaissant existe dans le domaine de sa pensée, tel que l’exprime le fameux “ je pense donc je suis ” ; et ce domaine est limité par les axiomes que le sujet pensant tient pour des évidences, comme ses notions courantes d’être, de temps, d’espace et de causalité.
Des faux problèmes et de leur solution
Dans la remise en question du domaine de validité de la pensée conceptuelle, tout un registre de problèmes – tels que la nature de l’existence, des existants, de leur origine première et de leur fin dernière, que ce soit à un niveau ontologique ou physique – se pose différemment. En effet, si ces problèmes peuvent avoir certaines solutions rationnelles à un niveau conceptuel, celles-ci sont toujours imparfaites car y sont latentes les contradictions inhérentes aux catégories fondamentales de la pensée conceptuelle. Aussi, le Bouddha déclara-t-il que ces questions étaient des faux problèmes dont la prise en compte persistante ne fait que détourner de la vraie solution : la libération.
La philosophie et la métaphysique du dharma proposent néanmoins des solutions au niveau relatif, tout en gardant en vue que ces solutions relatives sont en définitive tout aussi fausses que les problèmes qu’elles sont censées résoudre. La véritable solution est la solution-dissolution du problème et du questionneur, dans une expérience supra-conceptuelle et supra-rationnelle dans laquelle le mode opératoire de la raison raisonnante est dépassé. Cette expérience du non-ego, de la “ solution ” de l’ego, est le “ lieu ” de la résolution véritable de tous les problèmes, métaphysiques et autres.
De la pensée à la non-pensée
La méthodologie du Madhyamaka, telle qu’elle a été développée par Nagarjuna et ses successeurs, utilise les contradictions inhérentes aux présupposés des catégories fondamentales de la pensée pour les prendre en défaut, montrer ainsi leur incohérence, leur inconsistance et par là même, leur limite. Sa démarche utilise les concepts et la logique habituelle pour mettre en évidence les limites de leur domaine de validité. Ainsi apparaît-il que des notions fondamentales telles que celles d’“ être ” ou de “ Dieu ” sont dépendantes de la structure cognitive et conceptuelle qui les engendre, et qu’elles ont, par là même, les limites de celle-ci. L’autre se pose face au moi et le moi face à l’autre, l’au-delà face à l’en-deça. L’être se détermine par rapport au non-être, et l’existence ou l’inexistence de ceux-ci se structure dans la pensée du sujet qui en fait l’expérience.
Cette démarche est le tremplin d’une expérience au-delà de la pensée conceptuelle et de ses doublets dualistes tels que l’être et le non-être, l’éternalisme et le nihilisme, l’un et le multiple, le créé et l’incréé… La solution est finalement le dépassement de la pensée conceptuelle. Elle est impensable car précisément non-pensée, non mentale ; non-moi et non-autre. C’est là que la non-pensée du dharma et de la méditation rejoint certains aspects de l’expérience silencieuse de non-connaissance mystique !
Absence de dogmatisme et libération
On rencontre dans le dharma de nombreuses perspectives, certaines à tendance matérialiste, d’autres à tendance spiritualiste. Elles y sont envisagées comme des points de vue différents, complémentaires, entre lesquels il n’y a pas de contradiction essentielle car ils débouchent tous sur cette solution qu’est la découverte du non-ego. La perspective du dharma n’est ni spiritualiste ni matérialiste ; elle est plutôt réaliste, au sens où elle expose l’expérience de la réalité par la compréhension libératoire des illusions habituelles. Elle est aussi phénoménologique, mais avant tout expérientielle ou cognitive ; c’est un remède à l’illusion et à son mal-être.
Cette approche du dharma est naturellement non dogmatique : les formulations donnent une indication, une direction, elles ont une valeur indicative mais jamais définitive. Le cœur de l’enseignement est l’expérience immédiate de l’état de présence, la plénitude de la vacuité. Cette approche non dogmatique est la base de la tolérance du dharma : il ne voit une vérité ultime en aucune théorie, discours ou concept, et l’épée de son intelligence immédiate opère l’ablation libératrice des illusions de l’ego conceptuel.
Interdépendance et pensée conceptuelle
L’interdépendance de notre mentalité, de l’expérience que nous vivons et de notre langue, est au cœur de la compréhension de tous les enseignements du Bouddha. Notre expérience est composée du sentiment de “ moi ” et de “ mon monde ”, c’est-à-dire de représentations, de noms et de formes émergeant de l’ “ environnement ” et le constituant. L’expérience, dans ce qu’elle a de duel, est sous-tendue par la conception. C’est la conception qui conçoit l’expérience duelle, celle d’un observateur dans sa relation à l’observé.
La première conception est l’observation dans laquelle naît l’expérience de sujet et d’objet. Dans cette expérience, d’autres conceptions conçoivent ensuite de bons objets, des mauvais et des neutres. Naissent alors les relations d’attraction, de répulsion et d’indifférence, puis tout ce que l’esprit expérimente dans les six mondes de la conscience. La texture de notre vie est complètement dépendante de nos conceptions. Notre expérience, notre mentalité et notre comportement se développent dans nos conceptions. C’est pourquoi changer de conception est changer de vie, et pour changer de vie il est nécessaire de changer de conception, et finalement de s’en libérer.
Interdépendance et langage
Nos conceptions dépendent de notre langue ; la pensée conceptuelle s’articule dans les concepts langagiers. La raison se structure dans une logique langagière, avec ses symboles et sa syntaxe. Cette structure conceptuelle, qui est la matrice de notre mentalité, est aussi celle de notre vie habituelle, d’où l’importance d’une langue et de concepts sains.
II – La méditation
Une approche existentielle et expérimentale
Les limites de la connaissance relative conceptuelle sont incontournables par la pensée. Il faut changer de méthode : c’est l’approche non conceptuelle de la méditation qui le permet. La méditation est un outil qui réalise une expérience immédiate en laquelle toutes les fabrications illusoires de l’esprit n’ont plus cours.
Concrètement, la méditation est une méthode expérimentale pour travailler avec notre situation existentielle et, petit à petit, déconditionner notre esprit de l’illusion dans laquelle se crée l’impression d’exister de façon autonome en relation avec un monde ayant une réalité indépendante. Son enseignement est un ensemble d’indications qui suggèrent une démarche pratique. La confiance dans cette démarche permet de l’entreprendre et d’accéder à la connaissance par l’expérience.
La confiance qu’elle demande pourrait être comparée à celle dont on a besoin lorsque l’on effectue une recherche scientifique expérimentale. Le scientifique qui se propose de tester une hypothèse doit avoir en celle-ci une confiance suffisante pour la soumettre à l’épreuve de l’expérience, qui la confirmera ou l’infirmera. Similairement, l’enseignement nous demande la confiance en la possibilité de se transformer, de modifier sa façon de penser et d’être, de changer sa relation aux autres et sa conscience. Les découvertes progressives issues de la pratique confirment le pratiquant dans cette possibilité et l’encouragent à poursuivre sa démarche, étape par étape, dans le sens d’un déconditionnement et d’une désaliénation qui le rapprochent de plus en plus de sa santé fondamentale…
Le non-appui conceptuel, la non-fixation que développe pratiquement la méditation, conduit le méditant à la paix au-delà des pensées et émotions conflictuelles et, celles-ci dissoutes, à la découverte libératrice qu’il est lui-même le produit de sa pensée.
Interdépendance du souffle et de l’esprit
Le dharma utilise aussi différentes formes de yoga dans lesquels on utilise le “ souffle ” : l’énergie physiologique, psychologique et spirituelle qui anime notre corps, notre esprit et nos expériences. L’interdépendance souffle-esprit – la nature pneumatique de l’esprit, dirait-on en Occident – sous-tend différentes pratiques qui, dans la transformation des souffles, opèrent une transmutation de la conscience habituelle en l’esprit éveillé d’un bouddha.
De la dépendance à la libération
Le Bouddha fut présenté certaines fois comme le grand médecin, et tout son enseignement est d’une certaine façon une thérapie au niveau le plus essentiel, entendu que les bouddhas seuls sont vraiment sains. De ce point de vue, tous les êtres ordinaires sont dans une dépendance pathologique de la conscience égotique à l’égard des illusions. La pratique méditative est la thérapie : la libération de tous les conditionnements de l’esprit, et l’état de bouddha est la santé fondamentale.
III – L’action
Méditation et action
L’entraînement à la méditation, fait à partir de ce que nous sommes – corps, pensées, émotions, esprit, dans les situations du quotidien –, est fondé sur la relation au présent. Il développe l’attention qui est une qualité de présence vigilante à l’instant, et la conscience dégagée : un état d’esprit ouvert et disponible. Les qualités de présence, d’attention et d’ouverture développées par la méditation, sont en parfaite adéquation avec une vie active contemporaine ; celui qui est capable d’avoir la précision de l’attention et l’ouverture d’une conscience dégagée, dans toutes les situations de sa vie, aura pour les traiter intelligence et douceur, sagesse, non-agressivité et amour.
Interdépendance au plan humain : amour et compassion
La méditation amenant progressivement la liberté vis-à-vis des passions égotiques et des émotions conflictuelles, sa pratique éveille amour et compassion. Elle propose en effet de dépasser le petit moi dans lequel on est enfermé, et de s’ouvrir au monde et aux autres, et ainsi de les rencontrer dans leur réalité, avec douceur et bienveillance, sans l’agressivité des pulsions de l’ego, ce qui est la base de l’amour authentique.
Cette ouverture permet de percevoir l’interdépendance de tous les êtres et de tout le monde : une interdépendance humaine, sociale, économique et écologique. D’elle naissent une vision mondiale de l’économie et une conscience planétaire qui, dépassant les frontières des egos individuels, sociaux et nationaux, ou de blocs internationaux, suggèrent la possibilité d’une solidarité universelle.
Vers un rapprochement entre dharma et modernité ?
Science contemporaine et dharma se proposent tous deux d’essayer d’apporter aux êtres ce qui leur semble bon, témoignant ainsi d’une intention similaire dans la recherche du bonheur.
Si la science et ses techniques ont permis à certains de trouver un confort matériel et un bien être extérieur – ce qui est un acquis remarquable -, notre société occidentale est aussi productrice de névroses, de déséquilibres et de crises intérieures, qui sont fondamentalement des états égotiques. Tous les problèmes modernes : domestiques, sociaux, nationaux et internationaux, peuvent se ramener à des luttes entre egos et à la problématique de leurs conflits.
Par la pacification des egos et de leurs passions, dans la compréhension et la réalisation de l’interdépendance, le dharma peut contribuer au bonheur et à la paix intérieurs, qui sont le seul moyen de trouver le bonheur et la paix extérieurs.
Texte préparé à l’Institut Karma Ling à partir d’enseignements oraux de
Lama V. Denys