La pratique de Tonglen – Lama Guendune Rinpoche

Libre et tranquille
Libre et tranquille

TONGLEN, l’échange de soi avec les autres, la pratique dite de Tonglen : prendre et donner
par LAMA GUENDUNE RINPOCHE

Tout d’abord, laissons notre esprit se détendre complètement et s’établir dans un état de repos total, sans nous arrêter sur aucune sensation ou perception de nous-mêmes et de ce qui nous entoure.

Développons la certitude que tout ce qui se manifeste est notre propre esprit, et ne nous attachons plus à saisir le monde extérieur comme séparé de nous.

Restons simplement détendus dans cette conscience, l’esprit parfaitement calme et paisible.

Peu à peu, nous prenons conscience du mouvement de notre respiration. Laissons ce mouvement se faire naturellement, sans chercher à le modifier ou à respirer d’une manière particulière.

Imaginons que, à chaque expiration, les mérites et les vertus, que nous avons accumulés depuis la nuit des temps et qui sont la cause de notre bonheur présent, sortent de notre corps avec l’air que nous expirons et se dissolvent dans tous les êtres de tous les mondes.

Ces mérites et ces vertus ont la capacité de faire disparaître toutes les souffrances, toutes les maladies et tous les obstacles, de la même manière que le soleil dissipe le brouillard lorsqu’il commence à briller. Tous ces êtres ressentent alors un sentiment de grand soulagement et de grande joie.

Nous imaginons ensuite que, au moment de l’inspiration, toutes les difficultés, les maux et les souffrances de tous les êtres sont absorbées en nous et se dissolvent dans notre cœur, et qu’ainsi ces derniers en sont définitivement délivrés.

Nous nous réjouissons à l’idée de les savoir libérés de leur souffrance et établis dans le bonheur pour toujours.

Au terme de cette méditation, nous nous établissons dans un état de vacuité dans lequel nous dissolvons toute saisie sur le fait de prendre la maladie et la souffrance en nous comme quelque chose existant réellement. Nous nous affranchissons des notions de sujet, d’objet et d’acte, de toute fixation réaliste.

En demeurant ainsi dans la vacuité sans référence, nous dépassons notre peur d’être contaminés par la souffrance des autres. Nous pouvons alors expérimenter la dimension vide et non existante de tous les êtres et de toutes les situations.

Cette conscience de la vacuité est la protection suprême contre toutes les peurs.

Si la pratique qui vient d’être décrite s’accompagne d’une motivation correcte, peu à peu apparaît la capacité de l’appliquer à la vie ordinaire.

Au fur et à mesure que nous pratiquons cette méditation, nous développons une tendance qui transparaît dans tous les actes de notre corps, notre parole et notre esprit. Nous sommes beaucoup plus disposés à accepter nos difficultés, à aider les autres à se libérer des leurs. Nous sommes plus enclins à offrir nos qualités et nos actions vertueuses à tous les êtres, afin qu’ils en expérimentent le résultat positif.

Quand une telle attitude anime tous les aspects de la vie quotidienne, elle peut nous conduire au parfait éveil. Si nous ne développons pas une motivation réellement pure, nous nous efforcerons d’aider tel ou tel au gré des situations, avec l’impression d’être sincère. Cependant, lorsque la personne, loin d’éprouver de la gratitude, nous en voudra, nous critiquera et nous opposera son ressentiment et sa haine, nous perdrons alors nos bonnes résolutions et nous nous dirons : « cela me servira de leçon, et à l’avenir, même si l’occasion se présente, je ne ferai plus rien pour l’aider ». Par cette pensée, notre engagement à aider les autres sera endommagé.

C’est pourquoi notre vœu doit être complètement désintéressé et inconditionnel. Il doit également s’appliquer à tous sans distinction, sans faire de différence entre ceux qui répondent positivement et ceux qui rejettent notre aide.

Faire preuve de partialité, ne serait-ce qu’à l’égard d’un seul être, ou abandonner mentalement un seul d’entre eux suffit à créer un manquement envers nos engagements.

Pour éviter cela, nous devons nous entraîner sans cesse à affermir notre motivation, afin qu’elle puisse résister aux circonstances, quelles qu’elles soient. Pour que notre aspiration altruiste se renforce et s’enracine vraiment en nous, il nous faut établir une base solide d’activité positive par laquelle nous allons rassembler du mérite ou, en d’autres termes, de l’énergie positive.

Au fur et à mesure que cette énergie positive augmentera, se développera l’attitude éveillée authentique. Cette accumulation de mérite est comparée au tronc d’arbre à partir duquel apparaît le fruit, la réalisation de la réalité ultime : le dharmakaya. L’accumulation de mérite est constituée par l’accomplissement d’actions positives au niveau du corps, de la parole et de l’esprit. Elle a pour effet de purifier tous les actes négatifs accumulés antérieurement. Toutes les actions négatives de nos vies passées ont été commises avec le corps, la parole ou l’esprit ; il n’y a aucun moyen d’agir. Si, à partir de maintenant, nous utilisons notre corps, notre parole et notre esprit pour créer du mérite, nous purifions à chaque niveau nos actes négatifs antérieurs.

Le Karma : fiction ou réalité ?

Karma
Karma

Comment savoir s’il est vrai qu’il y a des vies passées et futures ?

L’esprit est voilé et sous le pouvoir de l’ignorance, aussi ne peut-il percevoir l’existence de la réincarnation. Les vies passées s’expliquent par la présence d’un courant de conscience qui était là avant et qui se continue maintenant ; les vies futures sont la continuation logique de ce même courant de conscience.

Cela n’a rien à voir avec le fait de croire que les bouddhistes ont raison ou non. Les scientifiques, et même les gens ordinaires, avancent des conclusions fondées sur la présence d’une preuve vérifiable concrètement. De même, les bouddhistes utilisent le raisonnement et la logique avant d’affirmer l’existence ou non de quelque chose. Prenons un exemple concret : celui qui voit de la fumée en déduit l’existence d’un feu, sans même l’avoir vu de ses yeux. Dans ce cas, on n’a pas vu le feu et pourtant, par déduction et en utilisant la logique, on arrive à une conclusion. De même, ceux qui s’intéressent à la nature de l’esprit en déduisent par la logique et le raisonnement que le courant de conscience présent est la suite logique de celui d’une vie antécédente qui se continue et qui prend un nouveau corps.

Lama Samten

Le Lying par Arnaud Desjardins

Lying
Lying

 

Arnaud DESJARDINS

LE LYING et la voie proposée par Swami Prajnanpad

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Puisque nous employons le mot « lying », nous nous référons à Swamiji Prajnanpad.

La première chose à dire, c’est que le lying n’est pas en lui-même une thérapie. C’est un fragment d’une voie, d’une démarche totale proposée par Swami Prajnanpad.

En entrant en relation avec lui, il n’était pas question de commencer par les lyings. On commençait par des entretiens, par une compréhension d’une vraie démarche de transformation personnelle, de vigilance, de conscience, de réunification. Il venait un moment où le nécessité du lying s’imposait. On pourrait théoriquement concevoir toute la voie de Swami Prajnanpad sans le lying. Swamiji lui-même, n’a jamais fait de lyings, alors qu’il n’y a pas un maître tibétain qui enseigne des techniques qu’il n’a pas vécues lui-même.

Il est vrai que des rapprochements peuvent être faits entre la voie spirituelle et la relation maître / disciple d’une part, et la thérapie et la relation thérapeute / patient d’autre part.

Donc la base du lying c’était la voie proposée par Swamiji. Une compréhension, c’est vrai, du but ultime, mais d’abord une vision de nos distorsions psychologiques, psychiques. C’est la première étape. Vous ne pouvez pas passer de l’anormal au supranormal. D’abord normal.

Nous étions supposés comprendre les grandes données de cet enseignement, les idées de base :

– Moi. S’il y a moi, il y a l’autre. la dualité du moi et du non-moi, vécue sur le double mode de ce que j’aime et de ce que je n’aime pas, ce qu’on appelle communément attraction et répulsion.

– Les deux lois implacables du changement et de la différence, et de reconnaître que ces lois sont à l’œuvre, et que la réalité ne répond que de temps à autre à mon attente.

Que je n’ai qu’un pouvoir limité sur la réalité parce que je n’ai un pouvoir que sur un petit nombre de chaînes de causes et d’effets, que la marche du monde, dans lequel je suis inséré, est le jeu d’innombrables chaînes de causes et d’effets, et que sur la plupart desquelles je ne peux rien.

Donc nous commençons à voir les fonctionnements distordus du mental qui refuse que ce qui est soit, qui surimpose ce qui devrait être sur ce qui est, et d’autres compréhensions qui s’affinent peu à peu. Et nous mettons en pratique à travers une attitude beaucoup plus consciente, beaucoup plus vigilante dans le courant de l’existence et dans les différentes situations.

Et nous discernons où sont nos difficultés particulières. « Qu’est-ce qui me fait particulièrement mal ?

Où est-ce que je suis particulièrement impuissant en face des émotions qui m’emportent ? » Nous les découvrons assez vite.

En principe, on pourrait se passer de lying. En pratique, je suis bien heureux d’avoir fait des lyings avec Swami Prajnanpad. Nous cernons ce qui nous paraît être particulièrement notre vulnérabilité. Soit dans les situations dont on comprend qu’elles nous fassent vraiment mal, soit dans des situations dont d’autres ne comprendraient pas du tout qu’elles puissent nous faire vraiment mal, et dont nous commençons à nous dire : « Mais comment se fait-il que cette situation me fasse vraiment mal ? »

Je vous donne un exemple personnel plutôt que d’évoquer les souvenirs de tel ou tel de ceux qui ont fait des lyings, autrefois au Bost. J’ai découvert que le changement que je n’ai pas souhaité, et devant lequel je me trouve sans avoir été prévenu, m’était insupportable. Je dois dire que malgré beaucoup de méditations et de voyages en Inde, il a fallu Swami Prajnanpad pour que ce genre de choses commence à m’apparaître :

« Ce n’est pas normal que ça me fasse si mal. »

Je venais de passer presque un an en Inde et en Afghanistan, à tourner des films, et en rentrant à la télévision, rue Cognac-Jay, je constatais qu’ils avaient supprimé le plateau 1, supprimé les loges, mis des bureaux pour le journal télévisé, tout bouleversé ! Ca m’a tué ! « C’est plus la télé, c’est plus la télé, ils n’avaient pas le droit ! », comme si c’était une catastrophe. « C’est plus la télé, je n’ai plus rien à y faire,

j’abandonne ce métier, ça n’a plus de sens ! », et en même temps je me disais : « Pas ce qui devrait être, mais ce qui est. C’est la loi du changement ». Je connaissais déjà Swamiji, j’étais imprégné de ce vocabulaire, je lisais des ouvrages de spiritualité depuis l’âge de 24 ou 25 ans.

Un autre exemple : j’étais amoureux d’une femme qui avait des cheveux longs. Un jour que je devais la retrouver à un rendez-vous, elle était allée chez le coiffeur et s’était fait couper les cheveux. Elle avait des cheveux longs qui pouvaient tomber jusqu’au milieu des épaules ou être noués en chignon. Elle s’était fait couper les cheveux ! Cela m’a été insupportable. C’était un mélange de désespoir, de désarroi, de haine, de fureur contre elle.

Donc, j’avais fini par cerner certaines circonstances où un changement inattendu m’avait fait mal.

Swamiji s’est dit : « Il y a quelque chose la derrière, il y a un changement inattendu qui s’est produit il y a bien longtemps et qui est latent dans l’inconscient d’Arnaud. »

Finalement, peu à peu, j’ai retrouvé, revécu des souvenirs, des bonheurs d’enfants brisés, des désespoirs qui étaient revécus avec une charge affective importante. Puis, tout d’un coup, j’ai commencé à me sentir mal à l’aise dans les lyings : je ne savais plus dans quoi je m’enfonçais, c’était insupportable. Je suffoquais comme un poisson qu’on a sorti de l’eau. Je ne faisais que répéter : « horrible, horrible ! ». Je ne savais pas de quoi il s’agissait. Cela va vous paraître banal : tout d’un coup, je me suis retrouvé à l’âge de deux ans, entrant dans la chambre chez mes grands-parents, quelques heures après que ma mère y ait accouché d’un petit frère. J’ai vu ma mère donner le sein au bébé et le regarder avec un visage empli d’admiration. le petit garçon n’a pas reconnu sa mère.

Sur mon cahier de notes, j’ai écrit : « Vision de cauchemar, ma mère a été changée.»

A partir de là, névrotiquement, toute mon existence a été fondée sur : « Le bonheur existe, mais je l’ai perdu dans un cataclysme et il faut le retrouver, et la terreur du changement. » Je simplifie, mais je ne simplifie pas abusivement. Cela a expliqué par la suite, en me souvenant, d’innombrables comportements. Et certains dont je n’aurais jamais imaginé que j’étais totalement mené par l’inconscient : « Un enfant a perdu sa vraie maman, il faut qu’il la retrouve ». A partir de là, j’ai pu gérer les émotions liées au changement. Elles ont continué, mais j’ai pu les gérer. Je n’étais plus submergé, emporté.

Pour moi, le lying de Swami Prajnanpad c’est une psychanalyse extrêmement sommaire. C’est privilégier l’abréaction dont il est question dans les premiers ouvrages de Freud – réagir des années plus tard à une action qui s’est produite des années plus tôt – et faire remonter à la conscience des souvenirs enfouis.

La théorie du lying par Swami Prajnanpad est sommaire : exprimer ce qui a été réprimé. Exprimer les émotions infantiles réprimées et laisser sortir. Voilà, ça s’arrêtait là.

Tous les autres commentaires qu’on peut faire sur le lying, c’était l’enseignement, la manière de Swamiji de nous diriger sur la voie qu’il proposait. Et les premières étapes de cette voie consistaient, avant de chercher le supranormal, le transcendant, l’infini, à devenir d’abord normal.

Si on envisage le lying comme je viens de l’évoquer, on voit à la fois ce qui est l’indication du lying et ce qui permet de dire : « Bon maintenant ça y est, on arrête ». Comme m’a dit Swamiji : « Vous pouvez rentrer en France maintenant. Le vrai travail va commencer. Maintenant, l’adulte que vous êtes aujourd’hui ne sera plus inextricablement confondu avec l’enfant et submergé par lui ». Ensuite, effectivement, de toutes ces émotions, j’ai pu reconnaître cette origine, au lieu de me contenter de souffrir et de me souvenir vaguement : « Pas ce qui devrait être, mais ce qui est, il faut dire oui à ce qui est ». Voilà le témoignage que je peux apporter.

***

D’autre part, vous savez que le lying se faisait en thérapie résidentielle auprès de Swamiji, jour après jour. Dans ce genre de séjour, je faisais quatre lyings, un entretien; cinq lyings, un entretien. Chaque fois que je commençais à découvrir un peu quelque chose, qu’une émotion s’était exprimée, qu’un souvenir très fort était remonté, Swamiji me montrait par certains commentaires en quoi ça expliquait certains de mes comportements. Ça n’était pas uniquement « Le lying-allongez-vous ! », tous les jours…

Pour moi, la vraie démarche c’est l’enseignement de Swami Prajnanpad, qui est une manière de présenter l’enseignement éternel. La vérité, c’est la vérité. Il n’y a pas la vérité de Swami Prajnanpad et puis une vérité à côté, dans laquelle le lying trouve sa place.

Voilà quelle est mon expérience. Je comprends la manière dont le lying s’est peu à peu développé en France avec des personnes que je connais et que je cautionne.

Il y a eu quelques adaptations, mais ne perdons pas l’essentiel. Sinon on se dit : « Mais au fond, pourquoi je fais des lyings ? Je me sens mal, il faut que je fasse une psychothérapie ». Pourquoi, avec quelles intentions ?

L’idée : « exprimer, exprimer », ce n’est pas suffisant. Il faut qu’il y ait davantage de compréhension.

Et surtout, si je sais pourquoi je me suis engagé dans ces lyings, je voudrais reconnaître : « Maintenant, vous avez atteint la racine à partir de laquelle tout s’est mis en place ». Effectivement, j’ai pu, sans avoir jamais revécu ma naissance, contrairement à d’autres, avoir la mise en pratique nécessaire pour que, peu à peu, des résultats de plus en plus importants se produisent. Sinon , comment sentir: « On arrête », si on ne sent pas la racine de sa structure, de son mental particulier ?

Ma conviction, c’est qu’il y a une indication du lying. Il y a un travail pour rendre conscient l’inconscient, aussi audacieuse que soit cette formule, et il y a, souhaitons-le à tous, la possibilité d’atteindre la racine, peut-être ce que Janov appelle « la scène primale majeure », le traumatisme fondamental. Mais nous savons aussi qu’il existe des thérapies qui ont leur valeur et leur efficacité, et qui utilisent d’autres approches, même si le niveau spirituel n’est pas encore concerné.

Vous connaissez les trois niveaux: somatique (physique, physiologique), psychique (tout ce qu’étudie la psychologie) et spirituel.

C’est un niveau encore plus profond, celui auquel on accède par la méditation, celui qui concerne les contemplatifs, les yogis. Avant d’accéder au niveau spirituel, ou en même temps qu’on tente d’accéder, à ce qui est d’un autre ordre, non affecté, nous avons à accomplir un certain travail de purification sur le psychisme.

Cela a toujours été vrai. Même dans les autres voies qui se proclament ouvertement comme spirituelles, il y a toujours eu un travail à faire sur le psychisme.

Selon moi, même si nous employons le terme de psychothérapie, et pas celui de voie – de voie spirituelle -celle-ci ne peut pas ne pas comporter, outre un aspect d’expression directe des émotions, un aspect de compréhension, donc de face à face, assis et non plus allongé.

Je ne peux pas concevoir le lying – un lying efficace – et qui produira les fruits que vous espérez, sans une part d’entretiens, selon une ligne particulière. Votre but, ce n’est pas de faire des lyings, votre but, c’est de vous épanouir – que les souffrances diminuent dans votre existence, que la vie vous fasse moins mal, que les coups durs vous laissent sereins – et d’aller vers la sagesse.

Une part de l’enseignement de Swami Prajnanpad – tel qu’il s’exprime dans les lettres à ses disciples, dans des entretiens enregistrés – plus le lying, peuvent constituer une thérapie qui, vraiment, peut produire des fruits. Qu’au bout de quelque temps, vous sentiez : « Je change, je sens que je change vraiment, je change jusque dans la profondeur de moi-même »

(…)

Finalement, il s’agit dès le départ de comprendre certaines idées fondamentales : « Moi, l’autre, je suis dépendant de l’autre”. L’autre peut être un être humain, mais peut être un objet qui me trahit : une lampe qui ne s’allume pas quand j’ai besoin d’être éclairé, ou une voiture qui ne démarre pas quand je suis en retard.

L’attraction, la répulsion : comprendre ce qui fait réellement la souffrance. Il y aura toujours dans mon existence des éléments favorables et des éléments défavorables. Ça peut être une période vraiment sombre où j’accumule les coups durs. Ça peut être une période faste où il y a plutôt des bonnes nouvelles, mais il y aura toujours le favorable et le défavorable. Aucune transformation ne peut faire que la vie réponde toujours à notre attente.

Donc : « Comment est-ce que je peux arriver à être vraiment libre, à découvrir en moi cette conscience profonde, non affectée, par rapport à laquelle tout ce qui fait l’existence apparaît, non pas comme inexistant, mais comme tellement relatif ? » Là, nous entrons en effet dans un domaine que nous autres occidentaux ne soupçonnons pas, même si nous avons eu l’idée qu’il y a eu des mystiques dans le christianisme.

Et je vous dis, avec une conviction fondée par des témoignages probants et fondée à contrario par les témoignages, hélas, non probants des résultats de la démarche : vous progresserez d’autant mieux que vous prendrez en compte certaines idées qui font partie de l’enseignement de Swamiji, mais qui sont en effet les idées de base du Vedanta, plutôt que de dire : « C’est pas pour moi, c’est pas pour moi … »

Ce Vedanta n’est en contradiction avec aucune option métaphysique ou théologique. C’est une manière nouvelle de s’insérer, instant après instant, dans la réalité et dans la relation. Et cela peut nous conduire à ce qu’on a appelé Eveil, dont nous n’avons d’abord aucune idée, tellement nous sommes pris par la manière ordinaire de fonctionner.

Je le dis d’une façon aussi affirmative que possible : une vraie thérapie ne peut pas être seulement de s’allonger et d’exprimer ce qui nous fait suffoquer. Il faut qu’il y ait une part de compréhension, et selon moi, cette thérapie c’est tantôt le lying, et peut-être pas tout de suite le lying, et des entretiens éclairés par l’enseignement de Swami Prajnanpad.

Ce qui sera vraiment libérateur, ce qui produira des fruits, c’est votre mise en pratique, et pas le lying lui-même. Les entretiens, le lying, préparent à la mise en pratique, en situation. C’est là que se remportent les grandes victoires. Nous avons compris certaines clés, non pas pour ne plus avoir d’émotions, mais pour que ça ne nous fasse plus mal. Non pas pour ne plus avoir d’émotion, mais quand ça nous fera encore mal, pour le vivre d’une manière tout à fait nouvelle. C’est là que la partie se joue, et c’est là que les grandes découvertes peuvent se faire.

L’émotion qui me faisait si mal, sans que j’aie fui en aucune manière, et sans que la situation se soit modifiée, a disparu. Et cette situation qui me faisait si mal, ne me fait plus mal. Elle est toujours là, il y a des actions à accomplir, mais une paix, une sérénité, une ouverture se sont installées.

J’ai fait cette découverte extraordinaire : la souffrance est un malentendu.

J’ai vu que dans ce type de situation, on pouvait ne pas souffrir, « J’ai le droit de ne pas souffrir en tant qu’être humain ». Tout le monde souffre, et l’être humain est appelé à ne plus souffrir, même dans les conditions qu’on n’aurait pas souhaité. Cela va demander une pratique, menée avec certitude, avec conviction. Ce qui est important c’est que vous ayez cette certitude, cette conviction et la compréhension : « Qu’est-ce que je vais tenter ? »   Ce n’est pas : « J’ai mal, j’ai encore mal, le comportement de telle ou telle personne ou tel ou tel type de situation me fait encore mal, il faut que je fasse encore des lyings ». Ca peut durer une vie entière …

Même si vos lyings ont été remarquablement réussis, même si vous avez compris certaines vérités, même si vous avez vu clair dans votre propre psychisme, ce qui est le but d’une thérapie, ça vous fera encore mal, mais vous allez vivre cette émotion et ces pensées d’une manière nouvelle. Vous n’êtes plus impuissant, et vous remportez la victoire sur la souffrance, au cœur même de la situation et du vécu douloureux.

***

Maintenant encore un point : c’est que le mental – en donnant à ce terme le sens d’un fonctionnement qui s’impose à nous, qui, hélas, règne sur l’humanité, mais qui peut disparaître, a plusieurs aspects:

Un aspect « physiologique », on utilise aujourd’hui l’expression psychosomatique : les stress peuvent nous détruire physiquement, et s’il y a une émotion, toutes sortes de modifications se produisent, parfaitement perceptibles pour des émotions très fortes, y compris les émotions heureuses (il est connu qu’on peut mourir de joie ! )

Il ne faut pas oublier non plus l’aspect « pensées ». Comment est-ce que le cerveau pense et pense, et pense … Que nous soyons d’accord ou non ? Quand vous êtes vraiment troublés, ou vraiment excités par quelque chose d’heureux, essayez d’entrer en méditation et de dire : « Je vais simplement m’abandonner dans le va-et-vient du souffle … »

Quel travail pouvons-nous faire sur les pensées ? Cela fait partie de notre démarche de comprendre que le moment où nous sommes en proie à une émotion, il y a l’aspect « pensées », et qu’il y a depuis toujours quelque chose que l’on a appelé la maîtrise des pensées. Le Bouddha a dit : « Celui qui est le maître de ses pensées est plus grand que celui qui est le maître du monde ».

Si nous essayons tant soit peu d’être maître de nos pensées, que ce soit de ne pas être trop distrait dans une tentative de méditation, ou d’échapper aux pensées quand il y a une émotion, nous nous apercevons que c’est terriblement difficile. Cela n’est pas impossible, et c’est très important. Juste exprimer les émotions, retrouver des souvenirs anciens, ce ne sera pas suffisant, s’il n’y a pas une attitude nouvelle, consciente, active, en ce qui concerne les pensées.

Dans une des lettres de Swami Prajnanpad, traduite en français, adressée je crois à Daniel Roumanoff, Swamiji dit : « Si votre ami veut se libérer de l’ivresse des intoxications émotionnelles et de l’engrenage des pensées, alors il peut venir, Swamiji le recevra ». Cela fait partie de la voie, mais aussi de la thérapie, si vous espérez que la thérapie va vous permettre de vivre beaucoup plus heureux, beaucoup plus serein, beaucoup plus à l’aise, beaucoup plus libre.

L’espérance que vous mettez dans ce travail se réalisera au-delà de tout ce dont vous osez rêver si vous intégrez une approche nouvelle des pensées : « Je vais mettre un peu d’ordre dans mes pensées ».   Il ne s’agit pas de les refouler, de les nier, il s’agit peu à peu d’atteindre une maîtrise, d’être capable d’arrêter certaines chaînes de pensées qui n’ont aucune valeur. De distinguer différentes sortes de pensées. Quelles sont celles qui sont justes, que nous appelons « voir », dans la terminologie de Swamiji, quelles sont celles qui sont anodines, inoffensives, et quelles sont celles qui quittent la réalité, qui se présentent comme justes et qui ne le sont pas, qui sont des rationalisations qui n’ont pas d’autres effets que de justifier l’émotion et d’aveugler à la réalité telle qu’elle est.

Je ne peux accéder à la vérité, la vérité du moment, la vérité relative, que s’il n’y a pas d’émotion. Je ne peux pas à la fois être ému et voir la réalité telle qu’elle est. L’émotion colore toujours la réalité.

J’insiste sur une distinction entre les différentes formes de pensées. Est-ce que je vois, est-ce que je revois, est-ce que je prévois ? Ou est-ce que nous sommes dans des pensées qui déforment complètement notre perception de la réalité dont nous sommes les esclaves, et qui, en fin de compte, nous maintiennent dans la souffrance, le doute, le malaise et l’incertitude ?

(…)

Si vous lisez les lettres de Swami Prajnanpad, soyez attentifs à un point, quand il emploie l’expression  » laissez l’émotion s’exprimer complètement et se dissiper », cela n’implique pas nécessairement l’expression extérieure de l’émotion. « Oui ça fait mal, oui je suis angoissé », jusqu’à ce ça se dissipe à force d’être accepté, mais pas entretenu par les pensées. Il y a un apprentissage à laisser la réaction émotionnelle se produire et se dissiper, c’est une grande part de notre démarche. C’est une autre expression de Swami Prajnanpad : « Laissez l’émotion avoir son jeu complet et se dissiper ».

«   Je suis un avec l’émotion, je ne la nie pas, je ne la refoule pas, je ne l’entretiens pas non plus en m’identifiant à toutes les pensées qui justifient l’émotion ». Elle est là. Il faut la laisser, sans conflit, sans refus, sans opposition, et elle se dissipe vraiment. Et cela peut s’accomplir au bureau, à deux heures du matin chez vous : vous êtes réveillé, assis dans votre lit, vous êtes tordu par l’angoisse, et vous n’entrez pas en conflit avec l’angoisse. Vous n’êtes pas tenu de hurler. C’est tout à fait possible.

***

Encore un point. Je vous en prie, ne dites pas : « Je fais d’abord mes lyings, pour ce qui de l’enseignement, on verra plus tard. plus tard ».

Dans le lying, on se laisse emporter, et, comme on est venu pour cela, qu’on est d’accord pour être emporté, complètement d’accord, ça ne s’appelle plus être emporté, ça s’appelle « être un avec ». Si vous êtes un avec l’émotion, la situation, le lying n’est plus un moment d’horreur, c’est un moment de liberté, de béatitude. Cela peut être spectaculaire pour un profane un novice qui assisterait au lying ! Vous passez entièrement du côté de la souffrance, il ne reste plus “quelqu’un” pour souffrir.

Oui, le lying peut être une expérience spirituelle élevée, mais les expériences spirituelles très élevées ne suffisent pas pour constituer une voie. Elles sont très utiles, nous aurons beaucoup moins peur de la souffrance. « Je ressens une émotion douloureuse, ça ne me terrifie plus, ça ne me désespère pas d’être désespéré, ça ne m’angoisse plus de constater une angoisse ».

Cela, le lying peut nous y préparer, mais ce qui sera vraiment efficace, c’est la découverte de ce qu’on peut appeler la mise en pratique, la découverte de ce qui vous est possible quand vous êtes seul, pour devenir le vainqueur de la souffrance.

Passer au-delà comme l’a promis le Bouddha, comme l’a promis le Christ, afin que votre joie soit parfaite, afin que votre joie demeure. C’est la paix qui dépasse toute compréhension.

Oui, si vous situez le lying dans une perspective plus grande, plus profonde, cela vous aidera beaucoup.

Passer des vacances zen !

Vacances zen
Vacances zen

DEUX PRINCIPES BOUDDHISTES À SUIVRE POUR PASSER DES VACANCES ZEN.

L’été est une période propice à se donner de nouveaux défis. S’inspirant de vélocipédistes canaris, d’aucuns se lancent par exemple dans l’ascension du Mont Ventoux ou -plus fou encore- dans la lecture de Guerre et Paix (voire des deux à la fois pour les plus habiles d’entre nous). D’autres encore s’efforcent de rentrer de vacances encore plus bronzés (ou plus minces, plus musclés, etc.) que l’année précédente. Aujourd’hui, c’est à un autre défi -spirituel celui-ci- que nous vous proposons de vous colleter, à savoir: adopter pendant les vacances deux des principes de la philosophie bouddhiste.

Des principes universels

Issus de l’une des plus anciennes spiritualités de l’humanité (2600 ans avant J.-C.), ces principes (ou « règles de vie ») ont la saveur familière des choses connues. Leur richesse abyssale est d’ailleurs commune à la plupart des textes sacrés, signe sans doute d’une fraternité inter-religieuse souterraine qui peine parfois à s’exprimer au grand jour. Ces recommandations pour la vie quotidienne apparaissent ainsi à travers les siècles dans les écrits des philosophes, des mystiques ou des simples poètes. Nous vous invitons ici en toute simplicité à en redécouvrir les parfums, à en explorer la substantifique moelle et pourquoi pas à en semer vous-même les graines pendant ces vacances.

Un défi spirituel… et quelques mises en garde

Mais avant d’aller plus loin, voici quelques mises en garde salutaires contre les potentiels effets secondaires de ce qui s’annonce -osons le mot- comme un véritable défi spirituel. Tout d’abord: adopter ces principes bouddhistes risque de vous faire changer de vie, ou de regard et d’adopter un œil neuf sur ce qui vous entoure. Peut-être pas tout de suite, mais à plus ou moins long terme. Vous risquez, pour citer les effets secondaires les moins handicapants, de vous retrouver les fesses dans l’herbe à contempler une fourmi ou le nez au vent et sans K-Way, sous un orage d’été. Alors, un conseil: si votre vie actuelle vous convient parfaitement, ne lisez surtout pas ce qui va suivre.

1er principe: adopter une « Solitude lumineuse »

Sous cette expression empruntée à Pablo Neruda, se cache le secret de la sérénité: seul, paisible, le corps offert aux nuages blancs, contempler les gouttes de rosée scintiller sur les herbes sauvages. Mais rassurez-vous, pour en arriver à ce degré de sérénité, le sage s’est longuement coltiné sa peur de la solitude. Il a dû gravir un par un les étages de la maison du bonheur. Et au premier d’entre eux l’attendait cet obstacle commun à toute l’humanité: le manque. Qu’il s’agisse du manque de l’être aimé, de richesse suffisante, du manque d’amour de soi, de vacances, d’espoir, chaque expression du manque s’est traduite par un souffle coupé et une sensation bizarre « Là, tu sais au creux du plexus… » Alors, pour oublier ce manque, le sage-en-devenir s’est tout d’abord lancé dans des activités aussi diverses que: grignoter, acheter des trucs inutiles, se mettre en colère contre quelqu’un, câliner son chat, chercher une nouvelle appli de méditation sur son iPhone, etc.

Peu à peu, inspiré par les enseignements de sages plus anciens (ô merveille d’avancer en âge) notre apprenti-sage s’est résolu à s’asseoir en silence et à affronter le manque. Petit samouraï de l’existence, il a alors découvert que sa solitude était lumineuse: comme un endroit-ressource pour tranquillement aller à la rencontre de tous les démons de son existence, les laisser s’exprimer et -faut pas déconner quand même- les raccompagner gentiment vers la sortie (pour savoir comment faire: rendez-vous ici). Alors, tout doucement, dans l’athanor des jours qui maturent, sa solitude a pris de belles couleurs pour préparer l’hiver.

2ème principe: se saouler de silence

Si vous avez poursuivi votre lecture jusqu’ici, votre chemin spirituel a sans doute commencé. Tant mieux car notre propos va maintenant aller crescendo et vous pourrez bientôt faire profiter vos contemporains de vos nouvelles connaissance. Mais… pas tout de suite! Car l’épreuve suivante invite à sa table les convives mutiques et libérés du carcan des mots. Exercice spirituel: ouvrez vos esgourdes aux mystères du son. Ne cherchez rien. Tout est déjà là. Dans le silence entre les mots. Prenez conscience, là, tout de suite, des sons qui vous entourent. C’est tout. Mais un secret vous sera révélé.

Vous l’aurez compris, nul besoin pour goûter au silence d’avoir conquis de haute lutte le silence extérieur: le silence est là, au milieu des villes, quand le vacarme intérieur s’apaise. La pratique du silence est donc celle d’ici-bas, dans les conditions de vie qui sont les nôtres. Tout de suite. Elle est possible en tout endroit du globe, à toute heure de la journée et elle est gratuite. Se saouler de silence est donc possible à toute heure du jour et de la nuit. Et plus, les amoureux et mystiques de tout poils sont formels: l’ivresse qui en découle est la seule qui permet la Rencontre.

Kankyo Tannier
Nonne bouddhiste de la tradition Zen.

Merci à l’Union Bouddhiste de France pour avoir mis ce texte