Le matérialisme spirituel ou comment l’égo se saisit de la spiritualité

Chögyam Trungpa
Chögyam Trungpa

Le Matérialisme Spirituel

Par Chögyam Trungpa

Un certain nombre de voies de traverse conduisent à une version distordue, égocentrique, de la vie spirituelle. Nous pouvons nous illusionner en pensant que nous nous développons spirituellement, alors qu’en fait nous usons de techniques spirituelles pour renforcer notre ego.

Cette distorsion fondamentale mérite le nom de matérialisme spirituel.

Dans l’approche bouddhiste, on part de la confusion et de la souffrance qui sont notre lot, et l’on s’emploie à démêler l’écheveau des causes. Dans l’approche déiste, on part de la richesse divine, et l’on tâche d’élever sa conscience lorsque notre confusion et nos points négatifs sont un obstacle à la relation avec Dieu, l’approche déiste doit s’en occuper aussi. L’orgueil spirituel, par exemple, est tout à fait un problème commun aux disciplines déistes et au bouddhisme.

Tout ce qui a été créé doit, tôt au tard, périr. Si l’illumination était une création, l’ego pourrait toujours, se réaffirmant, causer un retour à l’état de confusion. L’illumination est permanente parce que nous ne l’avons pas produite, nous l’avons seulement découverte.

Dans la tradition bouddhiste, on a souvent recours à l’image du soleil apparaissant derrière les nuages pour expliquer la découverte de l’illumination. Dans la pratique de la méditation, nous chassons la confusion de l’ego pour entrevoir la lumière de l’éveil. Si nous savons nous débarrasser de l’ignorance, de l’encombrement intérieur, de la paranoïa, nous nous ouvrons à une vision fabuleuse de la vie. Le cœur de la confusion consiste en ce que chaque homme a une perception de soi qui lui parait être solide et continue.

L’expérience menace sans cesse de nous révéler notre caractère transitoire, aussi tentons-nous continuellement de dissimuler toute possibilité de découvrir notre condition réelle. En cet effort pour maintenir la perception d’un soi solide et continu réside précisément l’action de l’ego. Dans le bouddhisme tibétain, on a recours à une métaphore pour décrire le fonctionnement de l’ego, celle des « trois seigneurs du matérialisme« …

le seigneur de la forme, concerne la quête névrotique de confort, de sécurité et de plaisir, efforts en vue de créer un monde contrôlable et sûr, prévisible et agréable.

seigneur de la parole concerne l’emploi de l’intellect dans la relation à notre monde. Les idéologies, systèmes d’idées qui rationalisent, justifient et sanctifient nos vies, sont les produits les plus pleinement développés de cette tendance. Tous les « ismes » nous munissent d’identités, règles, interprétations, comme nationalisme, communisme, existentialisme, bouddhisme… Le seigneur de la parole se réfère à cette inclination de l’ego à interpréter tout ce qui le menace ou l’irrite de façon á neutraliser la menace ou à la convertir en quelque chose de « positif » du moins de son point de vue.

le seigneur de l’esprit concerne l’effort de la conscience en vue de rester consciente d’elle-même. Il règne lorsque nous nous servons de disciplines psychologiques et spirituelles en vue de maintenir ou de retenir notre conscience de soi. Le yoga, prière, méditation, transe, psychanalyse peuvent être utilisés de cette manière.

L’ego est capable de tout annexer à ses propres fins, y compris la spiritualité.

Comme l’ego est d’apparence solide et qu’il ne peut pas véritablement absorber quoi que ce soit, il se borne à imiter. Aussi s’efforce-t-il d’examiner et d’imiter la pratique de la méditation et le mode de vie spirituel, l’on connaît les ficelles, on essaye automatiquement d’imiter la spiritualité, dès lors qu’un engagement véritable exigerait l’élimination complète de l’ego et qu’à vrai dire, abandonner complètement l’ego est bien la dernière chose que l’on souhaite faire !

Si nous réussissons à maintenir, notre conscience de soi en usant de techniques spirituelles, un développement spirituel authentique est hautement improbable. Nos habitudes mentales deviennent si fortes qu’il est difficile de les pénétrer, Nous pouvons même aller jusqu’au point d’atteindre l’état totalement démoniaque d’égoïté complète.

La méthode découverte par le Bouddha est la méditation. Il découvrit qu’il ne sert à rien de lutter pour trouver des réponses. Il commença à réaliser qu’il y avait en lui une qualité sainte, éveillée, qui ne se manifestait qu’en l’absence de lutte. Ainsi la pratique de la méditation implique-t-elle le « laisser-être ».

Les cordes ni trop tendues, ni trop lâches. Il en est de même de la pratique de la méditation, dit le bouddha, tu ne dois rien imposer de force à ton esprit, ni le laisser vagabonder. C’est l’enseignement qui consiste à laisser l’esprit ETRE ouvertement, à sentir le flux de l’énergie sans chercher à le dominer et sans cesser de le contrôler, à s’harmoniser avec la structure énergétique de l’esprit. C’est la pratique de la méditation.

La méditation doit commencer par la couche la plus superficielle de l’ego : les pensées discursives qui traversent continuellement notre esprit, notre bavardage mental. Dans la véritable méditation, on ne cherche ni à agiter les formations mentales, ni à les supprimer. On les laisse survenir spontanément et devenir une expression de notre santé fondamentale. Elles deviennent l’expression de la précision et de la clarté de l’état d’esprit éveillé.

Si l’on pénètre la stratégie consistant à créer des pensées, qui se chevauchent continuellement, alors les seigneurs agitent des émotions pour nous distraire. La qualité excitante, colorée, dramatique de ces émotions capte notre attention et nous absorbe comme le ferait un bon film. Dans la pratique de la méditation, on ne les encourage pas, et on ne les réprime pas non plus. En les voyants clairement, en les laissant être ce qu’elles sont, on ne les laisse pas plus longtemps nous distraire et nous divertir. En l’absence de pensées et d’émotions, les seigneurs sortent une arme encore plus puissante :

Les Concepts :

Etiquetés, les phénomènes produisent l’illusion d’un monde fini de « choses » solides. Un tel monde solide nous assure que nous aussi sommes quelque chose de solide, de continu. L’ego tente constamment d’acquérir et d’appliquer les enseignements spirituels à son propre bénéfice. Il nous faut pourfendre la rationalisation du sentir spirituel et de nos propres actions, et aller au-delà, si nous voulons réaliser la véritable spiritualité.

Mais il n’est pas facile d’aborder une telle rationalisation, parce que tout est vu à travers le filtre de la philosophie et de la logique de l’ego, de sorte que tout paraît clair, précis et cohérent. A chaque question, nous tâchons de trouver une réponse qui nous justifie.

Il est important de voir que le point essentiel de toute pratique spirituelle est de sortir de la bureaucratie de l’ego, de ce constant désir qu’a l’ego d’une forme plus haute, plus spirituelle, plus transcendante du savoir, de la religion, de la vertu, de la discrimination, du confort, sortir du matérialisme spirituel. Le véritable amateur d’art n’accumule ni le savoir ni la beauté, il jouit pleinement de chaque objet. C’est fondamental. Si l’on apprécie réellement un bel objet, on s’identifie complètement avec lui et l’on s’oublie soi-même.

Si nous considérons la connaissance comme une « sagesse antique » à amasser, nous faisons fausse route ! Il ne faut pas imiter le Maître, essayer de devenir un double du Maître, les enseignements sont une expérience absolument personnelle. Il faut s’accorder la faveur de se faire confiance, se fier à sa propre intelligence. Nous sommes des gens extraordinaires qui avons en nous des choses fabuleuses. Simplement, il nous faut nous laisser être.

Les mécanismes de défense de l’ego impliquent que l’on se vérifie, ce qui est une forme superflue d’introspection. La méditation ne signifie pas méditer sur un objet particulier en se vérifiant, on s’identifie complètement avec les techniques que l’on emploie, quelles qu’elles soient. Dès lors on ne s’efforce pas de se sécuriser par la pratique de la méditation. Les gens ont peur de la vacuité de l’espace, de l’absence de compagnie, de l’absence d’ombre.

Nous devrions arrêter d’essayer de nous protéger et de nous améliorer. Il est possible que nous ayons entrevu la futilité de notre combat et que nous souhaitions lâcher prise, abandonner complètement nos efforts pour nous défendre.

Le lâcher prise, signifie s’ouvrir complètement, essayer d’aller au-delà de la fascination et de l’attente. Lâcher prise, cela veut aussi dire que l’on reconnaît les qualités rudes, grossières, maladroites et choquantes de son propre ego, et que cette reconnaissance est un abandon.

Se tenir en estime ou se blâmer, ce sont là fondamentalement des tendances névrotiques qui proviennent de ce que nous n’avons pas suffisamment confiance en nous-mêmes, « confiance » dans le sens de voir ce que nous sommes, savoir ce que nous sommes, et savoir que nous pouvons nous permettre de nous ouvrir. La déception est le meilleur véhicule que l’on puisse utiliser sur le sentier du dharma. Elle infirme l’existence de notre ego et de ses rêves.

Il est encore une autre façon de nous retenir, de ne pas lâcher réellement prise, lorsque nous avons le sentiment d’être des gens très fins, des gens sophistiqués et dignes : « Je ne vais certainement pas m’abandonner à cette réalité de la rue, sale et ordinaire »…

Traditionnellement, l’abandon est symbolisé par des pratiques comme la prosternation, en même temps, on s’ouvre complètement en s’identifiant avec ce qu’il y a de plus bas, en reconnaissant notre caractère brut et grossier. Ainsi, on se prépare à être un réceptacle vide, prêt à recevoir les enseignements.

Ce qui compte, c’est combien vous vous êtes fréquenté vous-même. Pour nous ouvrir, il nous faut pourfendre notre désir de préserver nos existences propres. Alors nous pouvons voir la situation clairement, telle qu’elle est, et avoir une action juste. Le point fondamental est qu’il est inutile de lutter si vous voulez vous ouvrir,. Une fois que vous avez engagé vos pas dans le sentier, si vous abandonnez la lutte, cela règle tout le problème. L’instinct simiesque de l’ego se dissout, parce qu’il est fondé sur de l’information de seconde main, plutôt que sur l’expérience directe de ce qui est.

La lutte est l’ego…

Dès que l’on essaie de démêler le passé, alors on entre dans l’ambition et la lutte dans le moment présent, sans être capable de l’accepter tel qu’il est. C’est une solution très lâche. Il n’est pas sain de considérer notre thérapeute ou notre gourou comme un sauveur. Il nous faut travailler sur nous-mêmes. Il n’y a pas d’autre alternative.

L’étape suivante de l’auto-illusion est le désir de voir des miracles…

Nous commençons à réaliser que l’auto-illusion ne fonctionne pas du tout, que c’est une simple tentative de nous réconforter, de rester en contact avec nous-mêmes, intérieurement, de nous prouver quelque chose, plutôt que d’être réellement ouverts. Peut être en viendrons-nous à nous punir nous-mêmes : « Si j’essaye de ne pas m’illusionner, c’est une nouvelle sorte d’auto-illusion… Et si j’essaye d’éviter cela, je m’illusionne encore. Comment me libérer ?… ainsi continue la réaction en chaîne sans fin…

La douleur, c’est ce que nous vivrons si nous n’arrivons pas à comprendre que l’exigence de base pour marcher sur la voie spirituelle, c’est l’inespoir. L’inespoir n’a rien à voir avec le désespoir. Il y a une différence.

– Le désespoir, c’est de la paresse, un intellect insuffisant. On n’est même pas disposé à chercher la raison du désespoir. C’est un bide total.

– L’inespoir, en revanche, est très intelligent. On n’arrête pas de chercher. On tourne une page après l’autre en disant : « C’est sans espoir, c’est sans espoir ». On reste extrêmement vigoureux, inespérément vigoureux. On cherche encore des lueurs d’espoir, mais chaque fois on finit par se dire :

« Ah non ! Beurk ! »

L’inespoir n’arrête pas ; il est très vigoureux, c’est une grande source d’inspiration. Il chatouille l’esprit comme si nous étions sur le point de découvrir quelque chose. Au moment de la découverte, nous disons: « Ah, enfin, j’ai trouvé !… Ah, non. C’est la même rengaine qui rapplique. »

L’inespoir renferme un pari et une excitation démesurés. Quand nous cédons, quand nous entrons dans un désespoir profond, d’inespoir en inespoir, juste avant que le désespoir et la paresse nous dominent, c’est alors que nous commençons à acquérir le sens de l’humour, ce qui nous empêche de devenir roi des paresseux et des imbéciles. (Jeu d’illusion)…

Le problème est que nous cherchons une réponse facile et indolore. Mais ce type de solution est inopérant sur le sentier spirituel sur lequel nous n’aurions peut-être pas dû nous engager. Mais une fois que nous y sommes, c’est dur, c’est douloureux, et nous allons en baver.

Nous nous sommes engagés dans la souffrance consistant à nous exposer, à nous déshabiller, à donner notre peau, nos nerfs, notre cœur, notre cerveau, jusqu’à ce que nous soyons offerts à l’Univers. Rien ne doit rester. Ce sera terrible, crucifiant, mais c’est comme ça…

Chögyam Trungpa

Chercher l’égo

Ego
Ego

Chercher l’ego c’est comme chercher un voleur dans notre maison ! Mais nous pourrions aussi fouiller partout dans la maison et découvrir à la fin, qu’il n’a pas de voleur dans notre maison. La maison serait alors < vide > du voleur que nous cherchions. C’est ainsi que l’ego existe mais pas comme nous l’imaginons. L’ego n’a pas d’existence propre ou indépendante, et on ne peut pas le trouver même si nous le cherchons. Toutefois, il existe mais seulement qu’il est dépendant de facteurs qui maintiennent l’idée d’un ego qui n’existe pas vraiment. L’ego n’est qu’une étiquette que nous plaçons nous-même sur l’image que nous regardons dans le miroir. C’est ainsi qu’apparaissent ces petites voix intérieures ou pensées qui disent dans notre tête, je veux ceci, je ne veux pas cela, c’est impossible, je ne suis pas capable, il ou elle est méchante, je ne l’aime pas, ou je l’aime à la folie, etc., tout en imaginant que c’est nous-même qui pensons ces choses alors que ce n’est que le truchement de l’activité mentale sous l’influence de l’ego qui cherche à se maintenir…

Stéphane Palden

Steve Vai – For the love of God

Vous avez aimé les prouesses de Jesse Cook à la guitare acoustique ? Voici cette fois un maître de la guitare électrique, il manie sa guitare avec une facilité déconcertante ! Enjoy 😉

Karma

Karma
Karma
Le karma signifie que tout ce que nous faisons au moyen de notre corps, notre parole et notre esprit entraîne un résultat correspondant. Chaque action, même la plus insignifiante, porte en elle-même ses conséquences. Les maîtres font remarquer qu’une dose infime de poison suffit à causer la mort, et qu’une graine minuscule peut devenir un arbre immense.Et le Bouddha disait : « Ne jugez pas à la légère une action négative sous prétexte qu’elle est de peu d’importance ; même une toute petite étincelle peut embraser une meule de foin de la taille d’une montagne. »

Il disait également : « Ne méprisez pas d’infimes actions positives en pensant : « cela n’a aucune conséquence » ; des gouttes d’eau, même minuscules, finissent en effet par remplir un récipient énorme. »

~Sogyal Rinpoché – extrait du chapitre 6 du Livre tibétain de la vie et de la mort

S’éveiller à Qui vous êtes

Eveil
Eveil

S’éveiller à qui vous êtes vraiment nécessite
d’abandonner l’idée de qui vous croyez être
– Alan Watts –

La grive musicienne

Grive musicienne
Grive musicienne

Il y a bien longtemps que je n’ai posté des images de mes petits compagnons de jardin, les oiseaux ! Cet hiver étant particulièrement doux, très peu de migrateurs sont venus chercher le couvert, seuls les habitués et sédentaires sont fidèles au poste ! Je nomme : merles, mésanges bleues, mésanges charbonnières, mésanges longue-queues, mésanges nonettes, accenteur mouchet, rouge-gorges, moineaux et la présence de quelques tarins qui viennent d’arriver des hautes montagnes, mais en très petit nombre ! Impermanence, impermanence 😉 Mais ce soir, j’ajoute au palmarès de tous ces pious enchanteurs une espèce qui ne fréquentait pas les environs, la grive musicienne ! Et un petit lien pour écouter son chant bien percutant !

Désolée pour la piètre qualité des photos, il était 18h au coucher du soleil 😉

 

Grive musicienne
Grive musicienne

Deux façons de se tromper

Croire ou ne pas croire
Croire ou ne pas croire

 

Il y a deux façons de se tromper.

l’une est de croire ce qui n’est pas,

et l’autre, de refuser de croire ce qui est.

Sören Kierkegaard

Comment méditer pour être heureux

4 juin 2012, 21:58

L'Enseignant Bouddha Shakyamuni

L’Enseignant Bouddha Shakyamuni

Les préparations

Après avoir nettoyé la salle de méditation et avoir disposé des objets servant de supports de visualisation, prenons la posture en sept points

1) Asseyons-nous sur un coussin, le dos surélevé par rapport au devant du corps, dans la position du lotus. Il est aussi convenable de simplement croiser les jambes. En cas d’incapacités physiques, on peut simplement s’asseoir sur une chaise.

2) Les deux mains reposent dans le moudra de l’équanimité méditative, les paumes vers le haut, la main droite repose sur la main gauche. Les extrémités des pouces se rejoignent vers le haut, ce qui représente l’union de la félicité et de la vacuité. La forme ainsi produite symbolise que cette union est la source d’émergence de tous les phénomènes. Les deux mains doivent être placées à environ quatre centimètres plus bas que le nombril. Ce point est très important car c’est à cet endroit qu’est généré le feu interne (toummo en tibétain).

3) Le dos doit être aussi droit qu’une flèche. En effet, si le corps est droit, les canaux d’énergie subtile et les vents qui y circulent le seront aussi. Ainsi, l’esprit deviendra maniable.

4) Les dents et les lèvres sont dans une position naturelle et le bout de la langue touche au palais. Cela préviendra l’assèchement de la bouche et empêchera que la salive ne s’écoule hors de celle-ci lors d’absorptions méditatives profondes.

5) La tête est légèrement penchée vers l’avant.

6) Les yeux regardent vers le bas suivant les ailes du nez. Cette technique aide à prévenir l’agitation et le relâchement mentaux. Il est parfois expliqué de méditer les yeux complètement fermés ou encore en regardant devant soi. Cela n’est toutefois pas conforme à la tradition suivie ici.

En effet, en méditant les yeux fermés, on risque de devenir facilement en proie à la léthargie, au relâchement mental, à la torpeur, au sommeil, à la fatigue physique ou mentale, etc. À l’autre extrême, les yeux complètement ouverts peuvent conduire à l’agitation, la dispersion et la distraction. C’est pourquoi les saints maîtres du passé expliquent qu’il faut méditer les yeux juste entrouverts pour se prémunir contre ces difficultés.

Certaines personnes trouvent toutefois plus facile de méditer les yeux fermés ou les yeux ouverts et ne sont pas aux prises avec les difficultés mentionnées ci-haut. Le but de la méditation étant d’atteindre la concentration, si une technique nous convient mieux qu’une autre, il est permis de l’adopter. Le fait d’avoir les yeux fermés ou ouverts n’est qu’une condition extérieure. En effet, le calme mental et la concentration s’atteignent par la conscience mentale et non par la conscience visuelle.

7) Les épaules sont droites, ni trop tendues ni trop relâchées, juste un peu surélevées, à la manière d’un oiseau qui s’apprêterait à s’envoler.

Il existe aussi la technique des « neuf cycles respiratoires », qui permet de purifier les blocages du corps subtil composé de canaux et de vents. Tout d’abord, les cinq centres d’énergie (chakras) où circulent les vents sont : 1) le chakra de la grande félicité situé au sommet de la tête, 2) le chakra de la jouissance situé au niveau de la gorge, 3) le chakra du Dharma situé au niveau du cœur, 4) le chakra de l’émanation situé sous le nombril et 5) le chakra qui entretient la félicité situé au niveau de la région secrète (c’est-à-dire le sexe).

Associés à ces cinq chakras circulent cinq vents : 1) le vent imprégnant de couleur bleue pâle, 2) le vent ascendant de couleur rouge, 3) le vent vitalisant de couleur blanche, 4) le vent de glissement régulier de couleur verte et 5) le vent d’élimination de couleur jaune. Cette technique permet de purifier les cinq émotions perturbatrices que sont : 1) l’aversion, 2) le désir-attachement, 3) l’ignorance, 4) la jalousie et 5) l’orgueil.[1]

Avec cette technique permettant de purifier les blocages du corps subtil (canaux et vents), le calme mental ainsi que d’autres qualités ne seront pas difficiles à obtenir et pourront être actualisés en cette vie même.

Le corps subtil

La technique des « neuf cycles respiratoires » se pratique de la manière suivante. On fait d’abord trois respirations en expirant de la narine droite et en inspirant de la narine gauche. Ensuite, on inverse l’ordre pour trois respirations, en expirant de la narine gauche et en inspirant de la droite. Pour terminer, on fait trois respirations en utilisant les deux narines simultanément.

Habituellement, on ne fait pas mention des canaux et des vents dans l’enseignement des soutras[2]. Toutefois, il est très utile d’en parler ici afin de savoir comment purifier les vents subtils.

Si l’esprit éprouve des difficultés parce qu’il est distrait par des pensées conceptuelles dérangeantes, il est possible de visualiser que tous ces éléments perturbants s’échappent du corps sur-le-champ sous forme de lumière ou de fumée noire, lors d’une expiration naturelle. Lors de l’inspiration, on imagine qu’une lumière blanche pénètre en nous et purifie notre esprit.

Par exemple, si l’esprit est agité à cause de l’attachement à des préoccupations reliées au travail, aux amis, etc., on peut utiliser la technique du compte de la respiration, en comptant « 1 » pour l’inspiration, « 2 » pour l’expiration, etc. jusqu’au compte de « 7 », en essayant de conserver l’esprit concentré intérieurement. Si cela ne fonctionne pas, on recommence en comptant jusqu’à « 9 ». De la même façon, on peut recommencer le processus pour se rendre à « 11 », « 15 » ou « 21 ». On dit qu’il s’agit de la meilleure façon de mettre un terme à la distraction et de garder l’esprit concentré.

Lors de la méditation, si des émotions telles que le désir-attachement ou la colère nuisent à la concentration, dirigeons immédiatement notre conscience visuelle ou n’importe laquelle de nos consciences sensorielles vers un objet extérieur afin de distraire notre esprit. Ainsi, la conscience mentale sera attirée naturellement et on oubliera la perturbation précédente. En voyant l’esprit ainsi redevenu serein, il est possible de le ramener immédiatement à la méditation. Cette technique peut contribuer à l’atteinte de la concentration.

Enfin, la technique la plus efficace permettant l’atteinte de la concentration est de débuter en visualisant dans l’espace devant soi le Bouddha Shakyamouni ou une autre figure inspirante et réciter une pratique rituelle ainsi qu’un mantra qui leur sont associés. Cela arrêtera toute distraction externe ainsi que toute pensée conceptuelle et permettra ensuite de concentrer l’esprit en un point. Cette technique permettra de réaliser le calme mental très rapidement, en cette vie même.

Les conditions favorables à l’atteinte du calme mental

Maitreya explique :

« Le sage médite en un endroit où les commodités sont accessibles, un endroit béni, salubre, près d’amis positifs et doté de tous les prérequis nécessaires au bien-être du yogi. »

a. L’accessibilité des commodités

L’accessibilité des commodités signifie demeurer dans un endroit retiré et paisible où notre présence ne nuit pas aux autres et où l’on peut facilement se procurer ce qui est nécessaire à la santé (nourriture, vêtements, etc.) Ceux ayant des besoins spécifiques en ce qui concerne les médicaments ou la nourriture devraient s’assurer que ce dont ils ont besoin ne leur fera pas défaut.

Particulièrement à notre époque, ce que nous devons à tout prix trouver est le temps. À cela doit s’ajouter une grande détermination. En effet, même si l’on réussit à trouver le temps pour méditer, mais qu’intérieurement on n’est pas prêt, on cherchera à faire autre chose, à accomplir un tout autre projet. De nos jours, ce genre d’obstacles abonde. Il est donc primordial de trouver du temps et d’avoir une grande détermination.

Si nous ne cherchons jamais à avoir le temps, il ne faut pas s’attendre à ce que le temps se présente de lui-même. En effet, c’est à celui qui cherche à atteindre le calme mental à aménager son temps à cette fin.

b. Un endroit béni

Demeurer dans un endroit sacré ne veut pas dire que l’on devrait absolument aller vivre à Bodhgayâ en Inde, au Tibet, ou encore dans un monastère, un ermitage, une grotte ou un désert. Toutefois, si l’on peut résider en un endroit visité par les grands maîtres du passé ou encore un endroit béni, non seulement les éléments et les forces extérieures ne dérangeront-ils pas, mais il sera plus facile de purifier l’esprit et d’engendrer en soi les bénéfices des réalisations.

Bref, un endroit béni n’implique pas seulement que le lieu soit béni. Le sens réel est que l’esprit doit être discipliné, pacifié et très pacifié. Si ces trois éléments sont présents, alors l’endroit est béni.

c. Un endroit salubre

On devrait demeurer dans un endroit libre d’épidémies, de maladies ou de climat extrême. De plus, l’eau et la terre ne devraient pas être contaminées.

En effet, les éléments extérieurs (terre, eau, feu et air) et les éléments intérieurs psychosomatiques (agrégats, éléments, sources de perception, canaux et vents) doivent être équilibrés. C’est également une condition contribuant à l’atteinte du calme mental. Un endroit salubre signifie à la fois un lieu et une situation où rien ne peut nuire à la santé.

Si les éléments extérieurs sont en déséquilibre et entraînent un climat extrême ou des épidémies, cela nuira à la santé. S’il survient des débalancements au niveau des éléments psychosomatiques qui créent des inconforts, des impuretés dans les canaux et les vents, etc., cela nuira à la santé également.

d. Des amis positifs

Il est préférable de s’entourer de plusieurs personnes positives partageant la même vision et la même attitude que la nôtre. En tant que débutant, il est très mauvais de demeurer seul et sans amis. On dit qu’on devrait avoir au minimum trois amis avec qui pratiquer.

e. Avoir tous les prérequis nécessaires au bien-être du yogi

On doit avoir reçu toutes les transmissions et explications nécessaires et surtout être devenu expert dans la pratique. De nos jours, certaines personnes ne sont pas intéressées à recevoir les instructions concernant le calme mental, mais souhaitent quand même méditer. Bien sûr, ce manque d’intérêt envers les instructions nuit grandement à leur pratique et leur bloque la voie à toute réalisation.

Le glorieux Atisha a dit :

« Celui en qui les prérequis au calme mental ont dégénéré, même s’il médite durant des milliers d’années avec effort, n’arrivera pas à développer la concentration. »

Ainsi, avant de pouvoir pratiquer, on doit avoir réuni toutes les conditions nécessaires et au minimum avoir reçu les instructions et transmissions. Si une seule des conditions manque, l’atteinte de réalisations sera extrêmement difficile. Par exemple, comment un avion pourrait-il voler s’il lui manque une pièce?

Certaines personnes se demandent parfois s’il y a une différence entre le fait de méditer le matin ou le soir. Le plus important est de savoir que si l’on médite lorsque le corps et l’esprit sont frais et dispos, lorsque l’esprit et clair et alerte, il sera plus facile de générer le calme mental.

Le soir, des obstacles au calme mental tels que la paresse se manifestent facilement. Le matin, l’esprit est plus clair et l’énergie circule avec plus d’aisance dans les canaux du corps. De plus, après une bonne nuit de sommeil, les souvenirs grossiers des activités et des problèmes des journées précédentes sont temporairement oubliés. Ainsi, le meilleur moment pour pratiquer la méditation sur le calme mental est avant de commencer les activités quotidiennes qui viendront à nouveau occuper l’esprit.

Le temps que prendra l’atteinte du calme mental dépend exclusivement de la réunion de toutes les conditions favorables. Il est dit que si l’on pratique les préparations continuellement avec l’ensemble des conditions extérieures et intérieures qui permettent la réalisation du calme mental, il pourra être atteint en moins de six mois. Cette information concerne toutefois des époques très vertueuses. De nos jours, le développement matériel et technologique cause beaucoup de distractions, d’agitation mentale et de pensées conceptuelles. Il est donc difficile de présumer du temps que cela pourrait prendre. Cela dépend surtout de l’attitude personnelle de chacun, car on ne parle pas d’une durée spécifique qui serait nécessaire pour atteindre le calme mental dans les textes classiques. Les pratiquants se doivent donc de bien connaître ces préparations et conditions favorables.

2. La pratique proprement dite 

La méditation est la familiarisation ou le maintien de l’esprit en concentration sur un objet visualisé clairement. C’est le propre d’un esprit qui ne se laisse pas diriger par les distractions externes et internes.

L’objet sur lequel on médite doit être visualisé [3] clairement à une distance d’environ deux mètres devant soi et 50 centimètres plus haut que le cœur, c’est-à-dire face à l’espace entre les sourcils. Il doit être perçu d’aspect lumineux et lourd, de la taille d’un pouce environ. Le fait de l’imaginer lumineux empêche le relâchement mental. Le visualiser lourd prévient l’agitation. La concentration doit absolument inclure trois caractéristiques, à savoir le mode d’appréhension, la stabilité et la clarté. Le mode d’appréhension doit être équilibré entre clarté et stabilité.

Quel objet devrait-on choisir pour la visualisation? Celui qui est à l’origine des instructions concernant le calme mental et la vision pénétrante à notre époque est le Bouddha Shakyamouni. Il est donc dit que de visualiser le corps du Bouddha contribue à l’achèvement des accumulations de mérite et de sagesse et à la purification des voiles, en plus de faciliter l’atteinte du calme mental.

Ces instructions sur la manière de visualiser l’objet s’adressent seulement aux pratiquants à la recherche du calme mental. Elles ne s’adressent pas à n’importe qui. Il est aussi possible de visualiser un objet tel qu’une goutte, une lettre, une lumière, une fleur, etc.

C’est l’image mentale qui doit être utilisée et non l’objet lui-même, car c’est la conscience mentale intérieure qui médite et qui pourra éventuellement atteindre le calme mental. Il n’est jamais fait mention dans les textes classiques d’une méditation exercée par une conscience sensorielle extérieure sur un objet physique.

Durée de la session de méditation

Les Terres des auditeurs et la majorité des autres textes classiques ne font pas clairement mention de la durée recommandée pour une séance de méditation. Le troisième volume des Étapes de la méditation de Kamalashila explique qu’on peut demeurer en méditation aussi longtemps qu’il est possible de le faire. Bien que cette mention fasse référence à une personne ayant déjà réalisé le calme mental et qui médite sur la vision pénétrante, il est évident qu’il en est de même pour la durée de la session de méditation sur le calme mental.

Si l’on a une période déterminée pour la pratique, comme c’est le cas lors d’une retraite, on fera quatre séances : une à l’aube, une l’avant-midi, une l’après-midi et une au crépuscule. Au début, si les séances de méditation sont trop longues, on sera facilement en proie à l’agitation et au relâchement. Il est donc préférable de faire plusieurs séances de courte durée. Selon la tradition suivie ici, le plus important est de respecter ses propres capacités physiques.

On peut demeurer en équilibre méditatif aussi longtemps qu’on ne ressent aucun inconfort ou obstacle physique ou mental. Dès que survient un obstacle, ne persistons pas et arrêtons immédiatement la séance. Éliminons les obstacles physiques et mentaux et reprenons ensuite la méditation. C’est ainsi que pensent les érudits. Nous devrions donc les imiter.

Maitreya explique :

« Il provient de l’abandon des cinq obstacles et de l’application des huit antidotes. Voici les cinq obstacles : la paresse, l’oubli de l’instruction, le relâchement et l’agitation, la non-application des antidotes et l’application excessive des antidotes. »

Les cinq obstacles au calme mental sont donc :

a)   la paresse;

b)   l’oubli de l’instruction;

c)   le relâchement et l’agitation;

d)   la non-application des antidotes aux obstacles;

e)   l’application excessive des antidotes lorsqu’il n’y a plus d’obstacles.

Les huit antidotes aux cinq obstacles sont :

a. la foi confiante,

b. l’aspiration,

c. l’effort joyeux,

d. la souplesse méditative,

e. l’attention,

f. la vigilance,

g. l’application de l’antidote,

h. l’équanimité de la non-application.

Les quatre premiers antidotes contrent la paresse; chacun des antidotes suivants s’appliquent aux quatre derniers obstacles respectivement. Maitreya  affirme :

« Ensuite, celui ayant atteint la grande souplesse physique et mentale est dit posséder l’application. »

Après avoir parcouru la totalité des neuf étapes, la concentration dotée de la félicité induite par la souplesse qui peut demeurer en équilibre méditatif sur son objet pour la durée désirée se nomme calme mental. Il est de deux types : celui ayant pour objet la multiplicité des phénomènes et celui ayant pour objet la nature réelle des phénomènes.

On le nomme calme mental [4] car l’esprit préalablement dispersé vers des objets extérieurs se pacifie (shi) par la demeure (nè) centrée sur un point vers un objet intérieur.

3. La conclusion 

À la fin d’une session de méditation incluant tous les aspects du calme mental, on doit faire des souhaits et dédicaces :

Les souhaits :

Ayant pacifié la distraction vers les objets erronés et analysé le sens de la réalité, bénissez-moi afin que naissent rapidement dans mon continuum mental la voie unissant le calme mental et la vision pénétrante.

Et les dédicaces :

L’esprit d’éveil est précieux. Puisse-il naître chez ceux en qui il n’est pas encore apparu. Là où il est né, puisse-t-il ne jamais dégénérer et croître toujours de plus en plus fort.

Il n’y a pas un seul moment qui ne soit inclus soit dans la séance de méditation, soit entre les séances de méditation. Si nous entraînons notre esprit pendant la séance de méditation mais que nous sommes distraits entre celles-ci, cela nuira grandement à notre pratique lors du retour en séance de méditation. Nous devons faire attention de ne pas nous laisser distraire à ces moments-là.

[1] Ici n’est présentée qu’une brève introduction sur le sujet. Le lecteur est prié de s’en remettre aux textes classiques pour plus de détails.

[2] L’enseignement du Bouddha se divise en deux niveaux : celui des soutras et celui des mantras. Le premier est le fondement, l’emphase étant mise sur l’étude, la réflexion et l’analyse. Développé sur la base d’une compréhension solide du premier, l’enseignement des mantras met l’emphase sur la visualisation et le pouvoir de l’imagination afin d’actualiser l’état d’éveil.

[3] Il ne s’agit pas de regarder une image devant soi, mais d’imaginer cette image devant soi, par la conscience mentale. C’est cette dernière qui atteint le calme mental, non la conscience visuelle.

[4] En tibétain : shinè; traduction littérale : demeure dans la paix. En sanscrit : samatha.

Dédicace

Puisse l’effort mis à composer Trouver le bonheur au quotidien : conseils de la sagesse bouddhiste tibétaine contribuer à ce que les problèmes disparaissent du monde et à ce que le bonheur, la joie et la paix y resplendissent rapidement! Puisse-t-il particulièrement contribuer à ce que Sa Sainteté le Dalaï-Lama et les autres précieux maîtres demeurent durant des centaines d’éons dans ce monde et que leurs souhaits s’accomplissent spontanément.

L’auteur demande également aux érudits qui pourraient déceler dans cet écrit des éléments superflus, des omissions ou des erreurs d’être indulgents envers lui.

Écrit par Guéshé Lobsang Samten à Québec, Canada

Guéshé Samten - www.lamasamten.com

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Comment notre corps réagit aux émotions

Voici un scan du corps selon les émotions et états dans lequel notre esprit se trouve ! Intéressant 😉

Corps et émotions
Corps et émotions