
Notre anxiété ne provient
pas du fait de penser au
futur, mais de notre
volonté de le contrôler
– Khalil Gibran –
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La méditation de base : SAMATHA
La méditation Samatha
L’esprit non entraîné ressemble à un cheval sauvage. Il s’enfuit au loin quand on essaye de le découvrir, s’effarouche quand on essaye de l’approcher. Si on trouve un moyen de le monter, il prend le mors aux dents et finalement nous désarçonne et nous envoie directement rouler dans la boue. Il y a un potentiel de communication et de relation entre le cheval et le cavalier, entre l’esprit et le soi, mais le cheval a besoin d’un entraînement pour devenir un participant volontaire à cette relation.
On entraîne son esprit à l’aide de la pratique de samatha, qui est la forme la plus simple de méditation assise. Samatha est un mot sanskrit qui signifie “demeurer en paix.” Comme tous les types de méditation, celle-ci repose sur deux principes fondamentaux, qu’on appelle en tibétain ngotro et gom. Ngotro signifie “être présent” à l’objet de méditation, alors que
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Il ne s’agit pas d’être bouddhiste, il s’agit avant tout d’être un bon être humain…
Sa Sainteté le Dalaï-lama
Voici un extrait d’un enseignement donné par Taï Sitou Rinpoché en octobre 1997 à Samyé Dzong Bruxelles, précisément sur la Bodhicitta ou Esprit d’Eveil
» Essayer de méditer et de mettre en pratique les méthodes du Vajrayâna qui visent à nous permettre d’atteindre l’éveil sans la Bodhicitta est une tentative bien étrange qui de surcroît n’aboutira jamais à rien.
Nous pourrions la comparer à vouloir créer une machine qui serait un bouddha. Tous nos efforts, toutes nos recherches pour créer ce robot-bouddha sont voués à l’échec car c’est tout simplement impossible.
Cela reviendrait aussi par exemple à nous efforcer de faire fonctionner toutes les parties de notre corps et de notre cerveau, à nous entraîner ainsi à devenir des bouddhas: à pure perte.
Pourtant, c’est à cela que revient la mise en pratique des méthodes du Vajrayâna, les méditations, les exercices respiratoires, les visualisations, etc, sans la Bodhicitta: à faire travailler toutes les parties de notre cerveau, convaincus que si nous parvenons à tout faire fonctionner, nous deviendrons nécessairement des bouddhas.
Cela semble, théoriquement, scientifique: quand le potentiel d’un cerveau humain est complètement utilisé, nous devons obtenir un bouddha. Loin de moi l’idée de critiquer la science, je la respecte bien évidemment. Sans la science nous ne serions pas ici ensemble ce soir: je serais toujours en train de marcher au Tibet.
De plus, sans la science, je ne serais sans doute pas en vie à ce jour: lorsque j’étais petit, je suis tombé gravement malade et c’est à la médecine allopathique que je dois d’avoir survécu. J’apprécie et je respecte la science.
Toutefois aucun moyen scientifique ne nous permettra jamais de produire un bouddha. Faire passer une décharge de 10 millions de volts dans le cerveau de quelqu’un dans l’espoir d’en faire un bouddha ne fera que détruire ce malheureux. De même, nous efforcer de faire fonctionner tous les recoins de notre cerveau sans avoir développé la Bodhicitta risque fort de nous rendre complètement fous !
La Bodhicitta est une base essentielle pour la transformation effective d’un être vivant. La véritable transformation d’un être humain dans le cas qui nous occupe.
Nous voyons dès lors toute l’importance de la Bodhhicitta qui constitue à la fois le fondement de l’éveil et la méthode pour le réaliser.
La base, la voie et le résultat
Nous avons maintenant une compréhension élémentaire de ce qu’est la Bodhicitta: nous connaissons sa signification littérale et nous savons qu’elle est importante. Approfondissons nos connaissances en étudiant le sens de la Bodhicitta selon les Soutras et les Tantras. La Bodhicitta s’y trouve très souvent expliquée en termes de Base, de Chemin et de Résultat.
1. La Bodhicitta Ultime ou la Bodhicitta de la Base
De ces trois principes, c’est en fait par le premier, la Bodhicitta de la Base, que l’on peut comprendre assez clairement et de manière approfondie ce qu’ est la Bodhicitta.
Commençons donc par la Base.
La Bodhicitta de la Base est très importante car, quoi que nous disions, nos propos doivent reposer sur une base. Sans une base, nos affirmations sont sans fondement et nous avons dès lors affaire à un complot! Sans fondement, nous tombons dans une conspiration, n’est-ce pas ? Il nous faut donc un fondement.
Lorsque je dis « Je souhaite atteindre la bouddhéité pour le bien de tous les êtres afin qu’à leur tour ils atteignent la bouddhéité », il s’agit bien là de la Bodhicitta. Ce souhait doit avoir une base. Il ne peut s’agir seulement de belles paroles. Si ce ne sont que de belles paroles dépourvues de fondement, il s’agit alors d’un complot. Il leur faut donc nécessairement une base.
Cette base est la Bodhicitta de la Base, appelée également, dans la terminologie du Mahâyâna et du Vajrayâna , la Bodhicitta Ultime , en tibétain « teundam tchang tchoub dji sem » . La Bodhicitta Ultime est donc la base. La Bodhicitta Ultime signifie que l’essence ultime de tous les êtres vivants est Bouddha.
L’essence de tous les êtres est Bouddha. En sanscrit, on utilise le terme Tathâgatagarbha, en tibétain « déwar shépé nyingpo », ce que l’on traduit en français par la « Nature de Bouddha ». La base est donc que chaque être vivant est en essence Bouddha.
Lorsque nous exprimons le voeu : « Je souhaite devenir un bouddha », en fait nous sommes déjà des bouddhas sur le plan ultime.
Sur le plan relatif, nous ne sommes pas éveillés, mais au niveau ultime, nous sommes déjà des bouddhas. De même, lorsque nous disons: « Je souhaite devenir un bouddha pour le bien de tous les êtres, afin de les aider à devenir eux aussi à leur tour des bouddhas », en fait tous les êtres sont déjà des bouddhas au niveau ultime. Ils l’ont toujours été, sans qu’ils soient déjà éveillés pour autant. Voilà donc la base: la Bodhicitta de Base ou Bodhicitta Ultime.
En utilisant d’autres mots, nous pourrions dire que chaque être vivant a un potentiel illimité, que chaque être vivant est parfait au niveau ultime. Nous pouvons certes utiliser de telles expressions, mais la véritable signification de la Bodhicitta Ultime, c’est la Nature de Bouddha.
Les choses peuvent parfois sembler bien compliquées, mais si nous nous détendons vraiment, si nous cessons de nous exciter, cela devient fort simple. Si nous nous détendons et restons juste tels quels, sans ressasser le passé, sans anticiper le futur, si nous demeurons simplement détendus et en paix dans l’instant présent comme l’a enseigné le Bouddha, nous sommes plutôt bons. Mais oui ! Si nous lui laissons la chance de se manifester, l’aspect positif de nous-mêmes va apparaître et, sans dire pour autant que nous allons nous manifester immédiatement en tant que bouddhas, nous serons bien meilleurs qu’autrement, ce qui prouve bien que notre essence la plus profonde est bonne et positive. Ne me faites pas dire que je vous conseille de ne plus faire de plans pour le futur ou de ne plus penser au passé ! Ce que je veux dire c’est que si vous consacrez quotidiennement 15 ou 30 minutes pour vous détendre et demeurer en paix, votre véritable essence, un peu de votre véritable essence, va se mettre à fonctionner. Bien sûr, elle fonctionne en permanence mais parfois ce fonctionnement reste mystérieux.
Donc, si nous laissons à notre Nature de Bouddha la chance de se manifester en nous accordant une séance quotidienne de méditation (car c’est en fait ce que l’on appelle la méditation), notre vraie « couleur » ou, pour être plus juste, notre vraie nature va effectivement se manifester. Or il n’y a rien d’autre en nous que du bon. Plus profondément nous l’explorons, plus nous atteignons notre nature profonde, meilleure elle apparaît. En effet, l’essence ultime de tout être est Bouddha. L’essence ultime de tout être est parfaite et sans limites. Voilà la définition simple de la Nature de Bouddha, de la Bodhicitta Ultime.
Vous pouvez considérer n’importe qui, vous pouvez vous considérer vous- mêmes, ou même penser à quelqu’un de vraiment négatif. Nous avons tous quelqu’un que nous considérons, historiquement parlant, comme le prototype de la personne la plus négative. Les tibétains ont de telles personnes et vous devez certainement également en avoir. Pensez à cette personne et posez-vous la question: « cette personne est-elle mauvaise et malfaisante à un niveau ultime ? »
Résolument pas ! Certes, elle est malfaisante – je ne citerai pas de nom mais je crois que vous pouvez imaginer qui j’ai en tête et je devine également à qui vous pensez, historiquement parlant. Et certes, de telles personnes sont négatives, de telles personnes sont mauvaises, malfaisantes, c’est vrai. Mais sont-elles mauvaises au niveau ultime ? Impossible ! Tant de circonstances ont rendu ces personnes mauvaises. Elles auraient sans doute pu contrôler leurs tendances négatives, mais elles ont choisi le mal. Ce n’est peut-être pas vrai pour toutes, mais nous voyons clairement, en lisant les livres d’histoire, que ce fut le cas pour la plupart d’entre elles.
Pourtant, au plus profond d’elles-mêmes, ces personnes sont Bouddha. Si une telle personne pouvait se calmer et, sans revenir au passé ni penser au futur, laisser son essence la plus profonde se manifester, elle aurait bien plus qu’une chance de devenir un être humain bon, compatissant, parfait – au point de pouvoir se manifester comme un bouddha.
L’essence ultime des êtres malfaisants n’est pas mauvaise. La manifestation relative de tels êtres est malfaisante et ce pour tant de raisons. L’ampleur du mal qu’ils génèrent peut varier. Certains font le mal sur une vaste et terrible échelle, d’autres sont nuisibles avec une ampleur moindre, mais quoi qu’il en soit, leur essence n’est pas mauvaise et cette essence peut être éveillée. Ils peuvent changer, ils peuvent s’améliorer. Il n’y a pas le moindre être vivant qui ne puisse se transformer.
C’est ce qu’on appelle la Bodhicitta de la Base, ou la Bodhicitta Ultime.
La Bodhicitta Ultime existe, elle est la base grâce à laquelle notre souhait « Puis-je atteindre la bouddhéité pour le bien de tous les êtres afin qu’ils atteignent à leur tour la bouddhéité n’est pas un complot. C’est cette base qui authentifie notre démarche, qui lui donne une base, un fondement.
2. La Bodhicitta relative ou la Bodhicitta de la voie
La Bodhicitta relative est la voie. La Bodhicitta de la Base est la Bodhicitta ultime, ce qui signifie que la Bodhicitta relative est la voie. La Bodhicitta relative est fort simple. Si la Bodhicitta ultime est notre essence même, cette essence ne se manifeste pourtant pas facilement. Nous comporter de manière positive nécessite de notre part un effort certain, alors que nous montrer négatifs ne nous pose pas le moindre problème. Nous n’avons pas à nous forcer beaucoup pour devenir des drogués ou des alcooliques, cela se fait très facilement.
Par contre, nous devrons travailler dur pour nous désintoxiquer ou nous défaire de n’importe quelle mauvaise habitude, cela ne se fera pas tout seul. Il ne devrait sans doute ~ pas en être ainsi, mais si tomber dans une mauvaise habitude est facile, en sortir n’est pas chose aisée. Pourquoi?
Parce que nous sommes restés longtemps dans ce genre de « voisinage », le voisinage de la négativité. Vie après vie, nous nous sommes laissés aller avec une complaisance excessive à suivre le cours de nos pensées discursives et de nos souillures. C’est notre propre choix, notre propre faute, ce n’est celle de personne d’autre. Nous avons passé beaucoup de temps et consacré tant d’énergie pour nous confectionner une camisole de force, et voilà que nous la portons maintenant ! C’est notre oeuvre, personne d’autre ne l’a faite pour nous, c’est ainsi…
Bien que la Bodhicitta ultime soit une chose si précieuse, la Bodhicitta relative nécessite des efforts. Nous pourrions définir ainsi la Bodhicitta ultime et la Bodhicitta relative: nous n’avons rien à faire quand il s’agit de la Bodhicitta ultime, elle est toujours présente, par contre il nous faut développer la Bodhicitta relative. Le chemin du Bodhisattva, la voie de la Bodhicitta est donc la Bodhicitta relative. La Bodhicitta relative comprend toutes les voies et les méthodes que l’on applique pour réaliser la Bodhicitta ultime. La Bodhicitta relative a pour point de départ l’aspiration mentionnée précédemment et elle est ensuite renforcée, développée et approfondie de différentes manières, grâce à différentes méthodes, comme les « 4 pensées illimitées », les « six Pâramitâs », la méditation, les prières, etc.
En développant les quatre pensées illimitées qui sont la compassion, la bonté aimante, la joie et l’impartialité illimitées, par les six pâramitâs, la méditation, les prières, les activités du corps, de la parole et de l’esprit, nous mettons en pratique notre aspiration à devenir un jour des Bouddhas pour le bien de tous les êtres. Toutes ces méthodes sont la Bodhicitta relative, la mise en pratique de la Bodhicitta, la voie de la Bodhicitta. »

Bouddhiste depuis plus de 30 ans, Lama Lhundroup est enseignant, « Droupeun » (dirigeant de retraite de trois ans) et traducteur de textes Tibétains au monastère de « Dhagpo Kundreul Ling » en Dordogne. Médecin de formation il anime également des groupes de discussions entre Lamas et Psychologues.
Est-ce que la relation de couple peut apporter une aide au chemin d’éveil ?
Oui, elle peut même apporter une aide importante, mais cela dépend de quelle manière la relation est vécue. Si dans une relation de couple quelqu’un se sert réellement du Dharma et se libère ainsi peu à peu de ses tendances égocentriques, les expériences très diversifiées d’une liaison peuvent apporter beaucoup au chemin du Dharma. Sur le chemin de l’éveil il ne s’agit de rien d’autre que de travailler avec tous nos attachements et de les dissoudre petit à petit. Normalement, les couples n’ont pas pour objectif de dissoudre l’attachement mutuel, car les partenaires ont peur que cela provoque la fin de leur relation. Nous oublions pourtant que la dissolution des attachements, dit l’attachement égocentrique, est toujours liée à la manifestation des qualités telles l’amour, la sagesse, la compassion, l’humour, le courage, la joie, la patience, la générosité, etc.. Dans la perspective du dharma, nous pouvons utiliser la relation de couple comme un terrain parfaitement adapté pour l’entraînement dans ces qualités. La relation fait surgir beaucoup d’émotions, elle est en tous points un défi considérable. Se mettre sur le chemin vers l’éveil veut dire que nous nous servons, si possible, des émotions de chaque situation vécue pour travailler avec elles et devenir ainsi plus libres.
Somme toute, les problèmes que rencontrent les couples sont constamment les mêmes ; et qui plus est, les solutions demandent presque toujours la même attitude de base : se détendre et s’ouvrir. Mais en cas isolé chaque couple et chaque partenaire sont à une autre étape de son évolution. C’est pourquoi les couples peuvent retirer beaucoup des enseignements généraux du Dharma. Cependant, il faut qu’ils regardent toujours précisément ce qui est adapté à leur besoin actuel.
Quels sont les problèmes typiques d’un couple du point de vue du Dharma ?
En ce qui concerne le Dharma, c’est assez radical. Il ne fait pas de différence entre les problèmes d’un couple et ceux du pratiquant individuel. Le véritable problème est l’attachement à un égo et aux émotions qui en résultent telles l’avidité, la colère, l’orgueil et la jalousie.
De cette saisie fondamentale d’un ‘je’ ou ‘moi’ s’écoulent les problèmes multiples et très nuancés, jouant un rôle dans les relations de couple : cela commence avec une idéalisation du partenaire et une attente irréaliste au sujet de la relation et du partenaire, qui mène obligatoirement aux désillusions. Nous ne pouvons pas être tout pour notre partenaire, et le partenaire ne sera jamais tout pour nous. Il n’est pas possible qu’un être humain comble tous nos espoirs et souhaits. En plus, nous n’avons pas seulement des espoirs complètement exagérés, nous avons également des peurs excessives. A cause de nos attachements, souhaits et peurs, nous commençons alors souvent à vouloir changer notre partenaire. Nous voulons qu’il ou elle corresponde à nos souhaits et ne touche pas à nos peurs.
Nous ne pouvons pas laisser l’autre simplement tel qu’il est. Cette incapacité d’accepter l’autre pleinement tel qu’il est mène à des manipulations subtiles, nous voulons l’adapter à nos idées. Mais il ou elle essaye de se soustraire à ces accès de manipulation et se défend ; et c’est ainsi que l’on arrive facilement à des rapports de force, subtils ou évidents, dans le couple. Cela ne veut pas dire qu’il faut absolument approuver notre partenaire tel qu’il est. Il y a des comportements qui sont tout à fait inacceptables. Mais nous pouvons expliquer clairement ce qui nous ne plaît pas et laisser le choix au partenaire lui-même, de changer ou non. Nous pouvons exprimer ce qui nous met mal à l’aise ; cela est possible dans une discussion ouverte. En plus il n’est même pas requis d’éviter une dispute à tout prix. Le plus important est que les émotions soient clairement exprimées et que l’on ne s’égare pas dans une guerre souterraine pleine de déception et de rancune. Il est entièrement possible de s’accabler dans une relation, durant ses discussions franches. Cela demande courage et confiance, car il y a la peur de rompre. Cependant à travers de telles explications nous nous développons pour aboutir à une relation dynamique qui peut continuellement évoluer. Si, au contraire, nous cachons nos sentiments et nous empêtrons dans des reproches, nous commençons à regarder l’autre avec un oeil de plus en plus critique et découvrirons de plus en plus de côtés présumés négatifs chez lui. Nous glissons de l’idéalisation de la relation de départ vers une sombre vision négative. Le nuage rose de notre projection amoureuse se dissout, l’attachement se transforme en aversion.
L’amour mutuel au sein d’un couple ne reste-t-il pas plus fort que celui envers les autres humains ?
L’amour disparaît si nous voulons le retenir, mais il se laisse découvrir lorsque nous nous ouvrons. L’amour véritable est désintéressé, il ne veut rien pour soi. Il donne sans attendre quoi que ce soit en retour. L’amour sert les autres en toute liberté. Il est comme une main tendue qui porte et donne. Et on ne la retire pas parce que l’autre n’est pas tel que nous l’espérions et ne nous donne pas ce que nous attendions. L’amour nous transforme. Il nous aide à nous ouvrir à nos douleurs et à nos confusions. L’amour demande du courage et de la persévérance. Il nous permet de supporter les moments où nous sommes complètement perdus. Il nous permet d’abandonner notre territoire et de lâcher nos attentes. L’amour nous rend curieux, il s’intéresse à l’autre, à sa vie intérieure. L’intensité de l’ouverture, pleine d’amour, envers un partenaire intime, est une aide qui permet de plus en plus d’ouverture envers les autres êtres. Un tel amour donne de la force et de l’inspiration à tous ceux qui entrent en contact avec nous.
Qu’est-ce qui soude le couple ?
Nous commençons réellement à apprécier la relation de couple car nous voyons quelle aide importante notre ami(e) représente. Il est un bon miroir, un maître, une aide au développement de la vigilance. Naturellement, la relation nous donne aussi une identité, un chez-soi, un espace protégé. Une relation profonde s’avère stabilisante pour l’évolution intérieure. Des gens qui partagent leur vie pendant longtemps ont souvent le souhait de vieillir ensemble afin de pouvoir s’occuper l’un de l’autre quand ils seront vieux. Ils savent qu’ils ne pourraient pas faire des expériences vraiment nouvelles avec d’autres partenaires, et que changer de partenaire n’éviterait pas de travailler sur les mêmes points que ceux qui se présentent dans leur relation actuelle. Si nous voulons vraiment vivre une relation vivante et engagée il n’y a aucune raison de chercher ailleurs.
Quel rôle joue la sexualité dans une telle relation ?
La sexualité ne se trouve pas au premier rang. Elle est simplement un des moyen qui permettent la communication et une profonde ouverture. Cette ouverture devient plus importante que l’union sexuelle elle-même. Nous ne devons pas penser que des difficultés sur le plan sexuel sont automatiquement le signe d’un manque d’amour – ce qui compte est l’ouverture du coeur et une vraie communication. Et pour cela nous devons nous laisser beaucoup de temps et d’espace.
La manière dont les femmes et les hommes vivent les situations et les traitent restent différente pendant longtemps. Les enseignements tantriques disent que les femmes portent l’homme en elles et les hommes la femme en eux. A travers la pratique de l’ouverture intérieure nous trouvons l’accès à cette autre partie en nous. L’homme découvre la féminité et le maternel en lui et la femme le masculin et le paternel en elle. Les relations peuvent faciliter ce processus mais aussi le freiner. Cela dépend de l’individu. Au fond, tout est très simple : nous devons toujours pratiquer le lâcher-prise et toujours suivre l’amour. La pratique du Dharma implique de ne pas se compliquer la vie avec des théories, mais de rester, autant que possible, simples et ouverts. L’expérience démontre que les relations de couple peuvent y être d’une aide importante mais elles ne sont pas indispensables.
Les avantages présumés d’une relation de couple en comparaison à une vie de célibataire ?
Un avantage très important est d’avoir dans le partenaire un beau miroir pour nos émotions, ainsi que beaucoup d’occasions pour un échange profond où nous sommes obligés de dépasser nos limites. Nous accédons à nos émotions et à nos limites et apprenons à mieux nous connaître. Comme partenaires nous pouvons nous entraîner sans cesse à accepter et à donner ; il y a toujours des situations qui nous défient et nous donnent la possibilité de développer des qualités. Une relation peut également permettre d’équilibrer des états émotionnels fortement critiques. En sus, une relation pleine d’amour nous procure de la chaleur humaine et de l’affection, indispensables pour une évolution harmonieuse. Elle apporte sécurité et stabilité et les moyens pour développer de la confiance en nous-mêmes et dans les autres. Un partenaire peut nous aider de nous détendre dans des situations difficiles et de lâcher. Nous avons la possibilité de faire connaissance avec le monde de l’autre, d’apprendre à nous confier à quelqu’un et à partager notre monde. Notre compréhension pour les autres croît et nous devenons plus réalistes.
Quels sont les inconvénients éventuels ?
Une relation de couple peut nourrir notre attachement. Au lieu de dissoudre nos fixations, elle peut renforcer la saisie d’un « moi » et d’un « toi ». Un partenaire peut facilement être utilisé pour fuir devant soi-même et pour se distraire. Cela peut empêcher que nous prenions conscience de nous-mêmes. Si nous cherchons en permanence nos points de référence à l’extérieur, la relation renforcera notre manque d’indépendance. Si une relation est difficile à vivre et s’il y a souvent des disputes, cela engendre une forte accumulation de karma négatif. En ce qui concerne l’activité, habituellement, les partenaires vivant en relations de couple n’ont pas beaucoup de temps pour les autres gens, parce qu’il faut entretenir la relation, et que cela demande du temps. Cependant si les partenaires se laissent beaucoup d’espace et façonnent leurs vies simplement, il reste suffisamment de temps pour les autres.
Qu’est-ce qui change pour le couple quand il y a des enfants ?
L’engagement en vue d’une stabilité de la relation devient extrêmement important. Les enfants ont besoin, dans la mesure du possible, de deux parents, et cela à long terme. Dès qu’il y a des enfants, la question du mariage se pose, vu que les enfants ont besoin du cadre le plus stable possible d’une relation.
Autrement, la stabilité est-elle de moindre importance ?
Un couple qui reste lié pendant longtemps, s’entraîne à traverser des difficultés et découvre des nouveaux espaces d’amour, qui restent cachés si l’on change souvent de partenaire. Rester ensemble est la plupart de temps la décision la plus sage mais pas toujours. Il s’agit de ne pas créer de nouvelles souffrances et de se libérer des conditionnements bien ancrés. Parfois il vaut mieux mettre un terme à une relation. Seulement, les conditionnements ne se délient pas parce qu’on change de partenaire – jamais. Changer de partenaire peut à la limite donner la possibilité de recommencer dans de meilleures circonstances.
Pour rester ensemble, un couple doit avoir maintenu la confiance mutuelle à un certain degré, les blessures ne doivent pas être trop profondes, des coups supplémentaires sont à éviter, si possible. Avant de commencer une nouvelle relation, l’ancienne doit être clôturée afin d’éviter les douleurs et le chaos. Aussi faut-il prendre en compte l’âge et la maturité des enfants.
En premier lieu, il s’agit de mener sa vie avec une vigilance fondamentale, de développer plus d’ouverture et de tolérance, d’écouter, d’échanger, de découvrir l’amour, de se détendre, etc. Il s’agit également d’accepter la solitude dans la relation de couple, de ne pas estomper l’ennui qui se manifeste de temps à autre, de développer le courage d’être honnête. Il y a là un travail considérable à fournir, qui conduit graduellement à un démantèlement de la saisie égotique.
En fin de compte, le travail à fournir dans une relation de couple revient exactement au même que celui à faire dans la méditation. C’est pourquoi il est bien plus utile pour un couple si les deux méditent. La méditation nous aide à nous détendre et à traverser les moments de solitude et d’ennui. Elle nous ouvre de nouveaux espaces à la compréhension et fait connaître une nouvelle approche de soi même et des autres. Nous ne nous reposons pas en permanence sur l’autre, ce qui déleste la relation. Les deux partenaires deviennent plus autonomes à travers la méditation. Ils ne cherchent plus à l’extérieur ce que l’on trouve à l’intérieur.
Qu’est-ce qu’un couple peut faire pour vivre en harmonie ?
Comme déjà dit, une telle relation demande à être entretenue, au mieux tous les jours. Cela prend pas mal de temps, du temps de ‘bonne qualité’ – ne pas seulement être assis ensemble à table, mais un échange profond. Cela exige des conversations, de l’intérêt à la vie intérieure du partenaire, des intérêts communs et l’envie d’entreprendre des choses ensemble, parfois aussi sans enfants ou amis. Un couple a besoin de contacts à l’extérieur qui sont stimulants, dynamisants. Tous ces conseils, un psychologue les donnerait également. Parallèlement, les deux partenaires doivent prendre soin de leur autonomie, de leur indépendance intérieure. Beaucoup de conflits surgissent parce que nous sommes devenus dépendants, et, sans nous rendre compte, nous luttons pour retrouver notre autonomie intérieure. Celui qui a réellement trouvé son indépendance intérieure perd cette appréhension d’être exploité ou manipulé par les autres. Il oublie la peur d’exprimer ses émotions parce qu’il n’est pas tourmenté par la crainte de perdre l’autre. Peut-être pouvons-nous dire, que d’être capable d’aimer réellement nécessite une certaine dose d’autonomie. Il nous faut apprendre à nous accepter nous-mêmes ainsi que les autres et à laisser de l’espace. Plus nous rentrons profondément dans la pratique de la détente et du lâcher-prise, plus nos relations deviennent simples. Nous devrons faire l’effort de développer un intérêt véritable pour l’autre et de nous prendre pour moins important que lui. L’intérêt signifie regarder et écouter vraiment. L’intérêt véritable crée l’ouverture en nous. En même temps une certaine qualité de complaisance est requise – il nous faut apprendre à tenir les engagements que nous avons pris ensemble. C’est par là que s’amplifie la confiance et naît une plus grande ouverture. Une relation de couple réclame le courage de deux partenaires afin d’affronter les difficultés immédiatement, de préférence le jour même, pour qu’aucune rancune ne puisse s’introduire. Si nous n’arrivons pas à gérer nos difficultés tout seul, nous ne devrions pas avoir de gêne à chercher rapidement de l’aide, chez des amis, par exemple, ou éventuellement chez un thérapeute. L’orgueil ne doit pas nous en empêcher.
Les thérapeutes peuvent-ils apporter de l’aide à un couple ?
Oui, bien sûr. Il est rare qu’à long terme un couple arrive à se passer d’une aide de l’extérieur, qu’elle vienne d’amis proches, d’un Lama ou, justement, par d’un thérapeute. La thérapie, et surtout la thérapie du couple, n’implique pas du tout de se remplir la tête avec toutes sortes de concepts. Dans notre société actuelle, les thérapeutes sont devenus un genre « d’Ersatz » des maîtres de sagesse, en partie quelque chose comme les ‘gardiens de l’esprit sain’ de l’humanité qui se perd facilement. Au cours de leur formation, ils s’occupent intensivement de trouver des moyens pour aider eux-mêmes et les autres. Nécessairement, ils développent aussi une quantité de théories qui se laisseraient perfectionner en les comparant avec les expériences de la pratique du Dharma. Néanmoins ils sont entièrement capables de nous aider à prendre du recul face à nos problèmes, à obtenir une meilleure compréhension et à trouver une approche nouvelle. C’est là l’activité pour laquelle ils sont payés.
Qu’est-ce qui réunit un couple de nos jours ?
Les possessions, les enfants, la moralité, la société, la pression familiale, la liaison sexuelle, – tous ces facteurs perdent de plus en plus de leur influence. Le mariage en tant qu’institution a perdu sa valeur et est considéré par beaucoup comme un devoir passager et résiliable. Du point de vue de l’enseignement bouddhiste, le mariage est une affaire personnelle et mondaine du couple et se pratique suivant les coutumes du pays. Il n’existe pas de mariage consacré par un Lama bouddhiste. Le mariage n’est pas considéré comme un sacrement à l’instar de l’église catholique. Cependant, le Bouddha a mis l’accent sur le fait que la fidélité et le respect des relations de couples existantes sont des éléments très importants d’une conduite éthique et responsable. Il est important de garder les engagements et de les adapter ensemble aux situations changeantes. Il vaudrait mieux commencer par des engagements réalistes et faciles à tenir. Il ne s’agit pas de prendre des engagements héroïques que nous n’arriverons pas à tenir pendant longtemps, mais du développement graduel de la capacité de persévérer. De cette manière le couple peut évoluer vers une forme de relation que nous pourrions appeler « une relation de couple engagée », qui peut être basée sur un mariage ou non.