C’est une règle infaillible ! Quelle que soit l’opinion ou le jugement que nous émettions au sujet de telle ou telle personne, que ce jugement soit positif ou négatif, il existe nécessairement en nous ! La relation n’est qu’un simple jeu de miroirs. Ce que nous sommes incapables de reconnaître par nous-même, nous le projetons en l’autre et l’autre nous le renvoie, sous une forme souvent plus exacerbée qu’on ne la soupçonne en nous.
Il est important d’en prendre conscience si l’on veut cesser le jugement ; c’est en se réappropriant ces images que nous pouvons commencer un véritable travail intérieur, et non pas en rejetant ou en accusant l’autre d’être comme ceci ou comme cela.
C’est seulement lorsque les parts sombres de l’autre ne nous atteignent plus, ne nous dérangent plus mais que l’on peut, au contraire, éprouver de la compassion envers sa souffrance, qu’on peut considérer en être affranchi. Simplement reconnaître qu’elles ont existé, mais qu’elles ne sont plus présentes en nous.
L’ombre n’est que l’absence de lumière (citation d’Einstein)…alors considérons l’autre, non plus comme un ennemi, mais comme une opportunité de mise en lumière…
Ne cherchez pas à recevoir, apprenez d’abord à offrir !
Voici une petite anecdote que je souhaite partager avec vous !
Je fréquente depuis de nombreuses années un centre tibétain en Savoie, centre dirigé spirituellement par Lama Denys Rinpoché.
Il y a 13 ans, lorsque je participais à des enseignements, je croisais régulièrement Lama Denys ; à cette époque, je le trouvais froid et distant, en fait, il ne me regardait jamais, je n’arrivais pas à le « capter » et j’avais émis tout un tas de jugements sur les « maîtres », du style, ils manquent de chaleur ou autres balivernes de ce genre. C’était il y a 13 ans, je le rappelle !
L’an dernier, lors d’un séminaire auquel je participais, je croisais à nouveau Lama Denys, souvent le soir lors des cérémonies de Chenrezi et, à nouveau, j’avais l’impression qu’il ne me voyait pas ! Tout le monde me parlait de l’amour qu’il avait dans le regard, mais impossible de croiser le sien !
Alors, je ruminais dans mon coin, le blabla mental « il n’en a rien à faire de moi, je suis juste une petite pratiquante sans intérêt, il a des choses plus intéressantes à faire, etc… ». En en reparlant, ça me fait sourire tellement je réalise que je tournais en boucle dans ma souffrance.
Bref, j’en parle à Gaëlle qui participait au séminaire avec moi, et puis, je laisse tomber ! Après tout, ce n’était pas si grave, qu’il me voit ou non n’allait pas changer ce que j’étais, j’en faisais mon deuil !
Le lendemain, alors que j’étais adossée à une rambarde, attendant un entretien avec le lama qui enseignait le Lodjong (sujet de mon séminaire), j’entends quelqu’un derrière moi qui prononce un « bonjour ». Je me retourne et devant moi se tenait Lama Denys, qui me disait bonjour… à moi ! Et ce n’était pas un bonjour en passant, non il s’était arrêté devant moi, et m’avait saluée en quelque sorte !
Surprise, déconcertée, j’ai dû bafouiller un bonjour maladroit, bref…le soir même, j’en parle à nouveau à Gaëlle, toute contente « tu te rends compte, Lama Denys m’a dit bonjour » !
Et Gaëlle me répond « Est-ce que tu l’as offert au Dharma » ?
Dans le bouddhisme, on s’entraîne justement à ne pas conserver pour soi ce qui est positif, et donc à offrir ce qu’on reçoit à tous les êtres vivants ! Je la regarde un peu étonnée et lui réponds « pour une fois que Lama Denys me parle, je vais le garder pour moi ». Puis, quelques minutes après réflexion, je me décidais à offrir ce sourire et cette joie au Dharma, en quelque sorte, c’est un acte de détachement.
Le lendemain, encore une fois de manière tout à fait inopportune, Lama Denys me fait à nouveau un grand sourire et me dit à nouveau bonjour…
De cela, j’ai tiré deux enseignements :
– plus on lâche la volonté que les choses soient conformes à nos désirs, plus on leur laisse la possibilité de s’exprimer.
– plus on offre aux autres ce qu’on aurait tendance à vouloir conserver pour soi (ce qu’on juge bon en l’occurrence), plus les évènements reviennent à soi sans qu’on ne s’y attende !
Je vous laisse en tirer les conclusions que vous souhaitez …
Il arrive un moment où tout ce que l’on pensait n’a plus d’importance. Que les autres nous trompent, nous mentent, nous trahissent, nous critiquent, nous insultent, nous envient etc…tout cela ne présente aucune importance, parce qu’en réalité, ce ne sont que des pensées, des pensées par rapport à un Moi que l’on pense figé et permanent. Des pensées qui nous renvoient à une image de nous-mêmes, image dont nous sommes les créateurs, image qui n’a pas plus de réalité que la pensée elle-même ! Des pensées auxquelles on s’accroche mais qui n’ont une réalité uniquement pour celui qui les émet !
Il y a quelques jours, alors que je me sentais confuse, mon ami Seunam m’a transmis un texte tiré des enseignements du Dharma. Je connaissais déjà ce texte sous une autre forme, ayant pris mes vœux de Boddhisattva ; ils font partie de l’enseignement de Lodjong, ou l’entraînement de l’Esprit.
Lorsque j’ai lu le texte, je me suis dit que jamais je n’arriverai à les appliquer, et encore moins tous en même temps, et puis j’ai accepté et laissé faire ! Après tout, j’en suis là où j’en suis, et si ce n’est pas pour aujourd’hui, ce sera pour demain, mais ce sera, c’est sur !
Et puis, je ne sais pas vraiment comment, ça a basculé ! Un peu comme si j’avais décidé de ne plus m’accrocher à ce qui se présentait à moi et de traverser ainsi, parce que les choses sont ainsi et pas autrement ! Je n’ai pas encore la capacité d’aimer les autres aussi fort que je le souhaiterais, mais ça viendra, chaque chose en son temps 🙂
J’ai pensé utile de mettre ces stances à la disposition de qui veut, les voici :
Les huit stances de l’entraînement de l’esprit
Du Maître Tibétain LANGRI THANGPA (1054-1123 )
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Déterminé à accomplir le bonheur suprême de tous les êtres
qui surpassent le joyau exauçant les souhaits,
j’apprendrai à toujours les chérir.
En toute compagnie, me considérant inférieur à tous,
j’aimerai autrui du fond du coeur, le portant au plus haut.
M’exerçant à passer tous mes actes au crible de ma conscience
dès que s’élèvent les perturbations néfastes à moi-même et à autrui,
j’apprendrai à les affronter énergiquement et à m’en détourner.
Si je rencontre des êtres de nature ombrageuse en proie aux erreurs
et à de violentes souffrances, j’apprendrai à chérir comme un précieux trésor
ces êtres rares et difficiles à trouver.
Si d’autres par jalousie me maltraitent m’injurient ou m’abusent,
j’apprendrai à accepter la défaite et à leur offrir la victoire.
Si celui que j’ai aidé avec beaucoup d’espoir me blesse cruellement,
j’apprendrai à voir en lui le saint ami spirituel.
En bref, je m’exercerai à offrir directement et indirectement
bonheur et profit à tous les êtres mes propres mères,
et me chargerai secrètement de leurs maux et leur souffrance.
Apprenant à garder sans tache ces pratiques, libre des corruptions des huit
principes mondains et percevant toutes choses comme illusoires,
C’est la pensée qui m’est venue hier en sortant de l’opticien ; il me semble que nous sommes parfois tellement préoccupés par nos pensées que nous oublions de regarder vraiment ce qu’il y a autours de nous, et donc, nous ne les voyons pas, ou mal, ou en tout cas, au travers du filtre de nos pensées ! A méditer ♥
La sagesse est un juste équilibre entre le coeur et la raison ; pardonner, rester près de son coeur sans perdre de vue l’expérience passée – Eveil Oriental –