Sortir de la prédation narcissique

J’ai trouvé cet article très pertinent. La perversion narcissique est un sujet que j’évoque souvent, pour en avoir connu quelques uns, dont un moine bouddhiste qui m’a jetée à terre ! Mais ça, j’en parlerai un jour 😉

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Pris sur https://www.annemariethomazeau.com/single-post/2017/11/12/2-Sortir-de-la-pr%C3%A9dation-narcissique-sid%C3%A9ration-compr%C3%A9hension-acceptation

Après la séduction, la mise sous emprise, la prédation et l’abandon, le PN est sorti de votre vie aussi rapidement et violemment qu’il y était entré. Pour la victime, commence alors un long chemin de croix, la traversée d’un désert qui peut sembler sans fin. Elle ne pourra pas faire l’économie de ce travail douloureux. Au bout, la lumière. Elle en ressortira autre, blessée, mutilée, sans doute c’est sûr, mais finalement plus forte d’avoir surmonté cette terrible épreuve. Le PN lui, va continuer sa route de caméléon aux multiples visages, semant sur son passage emprise et désolation, tentant vainement de remplir, comme un puits sans fond, ce vide que rien, ni personne, ne peut venir combler…

Sidération

Le Pervers narcissique est sorti de votre vie. Vous n’aviez plus rien à lui apporter… Le PN a pris tout ce qu’il pouvait prendre : votre joie, votre énergie, vos activités, vos relations… Comme un vampire, il a puisé votre substance vitale, tout votre être. Vous n’êtes plus qu’une coquille vide, bonne à jeter sur le bord de la route. Il est possible également que le Pervers narcissique ait compris, avant vous souvent, que vous, ou des membres de votre entourage, aviez démasqué son sombre jeu machiavélique de prédateur. Il est temps pour lui de prendre la poudre d’escampette. Mais un PN ne part pas seul… Jamais. Il ne quitte jamais une proie pour l’ombre. Vous le saviez bien, il avait quitté sa précédente proie, pour vous, en quelques jours. Bien sûr, il fera de même avec la suivante. Et ainsi et toujours. Sans victime, sans objet destiné à regonfler son narcissisme, le PN n’est rien. Il pourrait en mourir. Il est pour lui d’une nécessité vitale d’imposer son contrôle et son emprise sur autrui.. Ex femme, enfants, employés, nouvelle compagne. Le PN aime le contrôle et le pouvoir… Il a besoin d’en abuser. Pour la victime, abandonnée sans sommation,  inerte, sans vie, dépressive et pillée, la période de sidération peut être particulièrement inquiétante… Il ne s’agit pas d’un chagrin d’amour, ni d’une rupture amoureuse classique, mais plutôt d’un choc traumatique à l’image de ceux que vivent les victimes d’un attentat terroriste. Et pour cause, c’est un « assassinat psychique » qu’a subi la victime. Non seulement le PN l’expulse de sa vie du jour au lendemain, dans les confins de l’oubli, mais surtout il va, jusqu’à l’ultime moment, tenter encore de prendre ce qu’il peut, jusqu’aux moindre objets personnels, de retourner certains de ses amis à son profit, contacts, relations professionnelles… Un vrai cambrioleur, avide d’attraper quelques bijoux même s’il entend au loin les sirènes de la police.

Comme le dit le psychiatre et psychanalyste Paul Racamier, théoricien de la perversion narcissique, le PN se moque d’être… Il se moque également d’avoir… La seule chose qui compte à ses yeux et le « paraître »… Et en l’occurence, il refuse d’endosser la moindre responsabilité, culpabilité ou opprobre sur son comportement. S’il en est arrivé là, s’il est acculé à partir, à trouver une autre victime, ce n’est pas parce qu’il n’a plus rien à voler, mais parce que la première était au choix : « folle, hystérique, mal-aimante, compliquée, blonde, rousse, pas disponible trop disponible »… Après l’avoir séquestrée psychologiquement durant des années, raptée de sa propre vie, décérébrée, Il va, avant de partir, s’acharner sur elle.

Pour la victime, c’est la double peine… Abandonnée, épuisée, déprimée, elle se voit en outre culpabilisée et porteuse de tous les maux par le PN et sa cour de courtisans qu’il a pris soin de se constituer et qui lui sont indéfectibles… Pour eux, c’est lui la victime, et elle, la manipulatrice. Elle deviendra, à leurs yeux « le bouc émissaire  » (voir le post à quoi sert un bouc émissaire ?). Dans le meilleur des cas, l’entourage… amis, famille, tient bon et se range du côté de la victime, dressant entre elle et le PN une forteresse pour la protéger. Cela peut lui sauver la vie. Dans le meilleur des cas… Dans bien d’autres, le PN extrêmement manipulateur a réussi à retourner l’entourage de sa victime à son profit… Elle peut donc, parfois, se retrouver entièrement seule… C’est en tout cas, l’ultime projet du manipulateur. Pour la victime c’est la période la plus à risque… Le choc est si fort, si incroyable, si bouleversant, qu’il peut entraîner des décompensations très fortes, crises cardiaques, épisodes dépressifs graves, états de sidération, périodes d’anorexie, tentatives de suicide, hospitalisations… Une prise en charge est indispensable : psychothérapeutique et éventuellement médicamenteuse. Cette période peut durer de un à trois mois, beaucoup plus pour un ensemble de symptômes comme l’insomnie, les ruminations, les crises de larmes, d’angoisses, la peur de sortir, la terreur, les cauchemars récurents….

La Compréhension

Bien souvent, elle ne peut venir que grâce à l’aide de l’extérieur, entourage, professionnels de santé, lesquels, au vue des symptômes et de l’état pathologique dans lequel se retrouve la victime, peuvent mettre un mot sur ce qui s’est passé, en tout cas pour ceux qui sont les mieux formés à ce type de personnalité… Une rupture amoureuse entraîne toujours de la tristesse, du chagrin, éventuellement une déprime voir une dépression… Le stress post traumatique dans lequel se retrouve la victime d’un PN est d’un autre ordre… Elle a été victime d’un manipulateur, d’un escroc, d’un terroriste psychique, qui lui a tout pris, la laissant morte, inanimée, ruinée, vidée, sur le bord de la route… L’entourage peut aider à faire prendre conscience à la victime de ce qu’elle a vécu, l’aider à dépasser un déni qui jusqu’à maintenant, la protège psychologiquement,  l’anesthésie… Il est encore trop tôt pour elle, de pouvoir voir la dure réalité en face.. Lorsque le mot sera prononcé pour la première fois : « Pervers narcissique », la courbe de la descente aux enfers va pouvoir s’inverser… Le doute va peu à peu s’insinuer dans l’esprit de la victime. Non elle n’y croit pas. Cela n’est pas possible. Et puis, un article, deux articles, un livre… Dès lors, elle va pouvoir se plonger dans l’immense littérature sur le sujet… Livres, forums de victimes, de coachs, de soutiens psys. Pas de doute… Le protocole est bel est bien toujours le même (voir le post : séduction, prédation, abandon, un véritable protocole ). Pour la victime, cette prise de conscience, aussi douloureuse soit-elle, est aussi salvatrice, un peu comme lorsque celui qui pense être l’unique rescapé d’une catastrophe aperçoit, à l’horizon, les premières tentes d’un camp de réfugiés… Certes la victime est brisée, blessée à mort… Mais elle n’est pas morte… Et surtout elle n’est pas seule… Elle fait partie des dizaines, de centaines, de milliers de compagnons d’infortune qui comme elles, ont croisé l’innommable, l’impensable mais qui, désormais porte un nom… A une époque lointaine, on aurait parlé de diable, de vampire, de monstre, de bête du Gévaudan ou d’ogre… Le PN est le mal incarné dans les temps modernes…

Cette période peut durer de trois à six mois et s’accompagne de cauchemars récurrents, de crises de paniques ou de larmes.

L’acceptation

Désormais, la victime sait à qui elle a eu à faire. Elle sait qu’elle est la rescapée d’un monstre d’une froideur implacable, derrière ses allures d’empathe… L’acceptation est peut-être finalement la période la plus compliquée pour la victime, car il va falloir qu’elle intègre et incorpore dans sa chair que tout ce qu’elle a vécu n’a pas réellement existé. Tout n’était qu’une pièce de théâtre dans laquelle, elle n’était rien d’autre qu’une marionnette, au milieu d’autres, manipulée par un metteur en scène obscène et sadique, la manoeuvrant pour mettre en valeur sa dextérité, obtenir sa propre jouissance, pour se nourrir, pour simplement exister et combler de manière compulsive ce vide immense, ce gouffre en lui qui le glace de terreur… Il lui faudra lire, relire et relire encore l’histoire des autres pour accepter qu’en effet, que son scénario de vie, écrit d’avance par le PN, était bien le même que celui des autres victimes. Il lui faudra parler, rabâcher, pleurer, résister, refuser, avant d’accepter de lâcher et de reconnaître que oui elle avait été séduite, manipulée, utilisée et jetée après usage, vidée, pillée, brisée. Pas question d’orgueil ou de fierté dans tout çà… La phase de sidération et de compréhension a cruellement appris l’humilité à la victime. Cette période peut durer encore de trois à six mois, faîte d’allers-retours, d’incrédulité, de doutes, de « si », de « mais quand même », de tentatives pour remettre de l’humanité dans tout çà. Et puis un beau jour tout s’éclaircit. Il n’y a rien à sauver de cette histoire… Pas de sentiments, pas d’affect… Simplement le soulagement d’avoir sauvé sa peau et de n’être pas, comme certaines victimes, morte de désespoir… Il faut aussi accepter de se pardonner d’être tombé dans un piège grossier. Et ce n’est pas le plus facile… Alors, la reconstruction va pouvoir commencer. Ce sera un long travail, un ré-apprentissage de la vie, des autres, des relations à soi, au monde… Va s’amorcer aussi une période d’immense gratitude envers ceux qui sciemment ont été là à ses côtés, sans jamais lâcher mais aussi envers ces personnes qui, parfois sans le savoir, ont été là juste au bon moment, dans les interstices de ces petites minutes où parfois le désespoir emplit tout, où le courage manque, où le seul horizon porte le nom d « A quoi bon « … Arrive alors le temps de la reconstruction. Passionnante reconstruction, comme une nouvelle naissance à soi même et aux autres… Nous en reparlerons.