Nous ne nous rencontrons que nous-même !

Nous ne nous rencontrons que nous-mêmes !

Chaque rencontre que nous faisons est une rencontre avec nous-mêmes. Que nos relations soient fusionnelles, passionnelles, haineuses, ou indifférentes, ce que nous cherchons en l’autre n’est qu’une partie de nous-mêmes.

Parfois, ce que nous rencontrons chez l’autre nous fascine, nous aimerions être comme l’autre, nous le jugeons  bon, fort, intelligent, beau, humble…nous sommes en  admiration alors nous nous y accrochons.

D’autres fois,  ce que nous voyons en l’autre ne nous plaît pas, nous le jugeons mauvais, ou le haïssons,  nous ne sommes pas comme ça, pensons-nous, surtout pas ! Alors nous le rejetons, le critiquons, le fuyons…

Et parfois ce que l’on perçoit nous laisse indifférents, et nous passons à côté sans nous y intéresser.

En réalité, tout ce que nous percevons chez les autres n’est qu’une projection de notre monde tel que nous le visualisons, au travers de ses filtres, ses croyances, ses conditionnements, ses voiles… , que cela soit agréable, désagréable ou indifférent.

Les trois poisons de l’esprit

Nous classons habituellement les choses en trois catégories que l’on nomme dans le bouddhisme les trois poisons.

Le premier est le désir attachement, le second l’aversion répulsion, et le troisième l’ignorance ou indifférence. Soit nous aimons, soit nous n’aimons pas, soit cela nous est égal. De ces trois poisons résultent diverses  émotions, telles que jalousie, haine, colère, rejet, orgueil, indifférence…desquelles découlent encore 84000 autres sous-catégories d’émotions.

Et la bonne nouvelle, c’est que nous avons en nous tout cela, en quantité plus ou moins importante selon les individus.

Quant nos ennemis deviennent nos alliés

Nous passons beaucoup de temps et beaucoup de notre énergie avec nos ennemis, surtout notre énergie mentale. Car nos ennemis nous dérangent, ils nous font mal, ils nous blessent, nous exaspèrent. Nous les critiquons, les jugeons, les détestons, ils sont tellement différents de nous, pensons-nous ! Et justement, en quoi la différence de l’autre pourrait-elle nous poser un problème ?

Est-ce l’autre que nous détestons ou plutôt la série d’émotions et de sentiments qu’il génère en nous ?

La vérité est que notre égo envahit souvent toute la sphère de notre conscience, l’égo se croit le maître absolu, le centre du monde, il croit en sa réalité et l’exporte sur tout le monde ! Le seul souci est que l’égo n’a pas d’existence propre, il est comme le reste, un phénomène composé. Tout comme une maison est fabriquée avec des murs, un toit, des cloisons… l’égo se fabrique à partir de croyances, expériences, conditionnements, environnement culturel…

En réalité, l’égo n’a aucune existence solide, et ne peut donc se percevoir qu’au travers de l’autre. C’est la seule façon dont il dispose pour se réaliser (en tant qu’égo bien sur), et c’est dans sa propre saisie qu’il se libère.

Il ne peut donc faire autrement que se projeter !

Plus les relations sont difficiles, plus cela signifie que l’autre nous renvoie des parts sombres de nous-mêmes ; à l’inverse, plus les relations sont simples et évidentes, plus l’autre nous fait écho sur ce que nous avons de plus beau en nous. Quant à l’indifférence, elle est sans doute la part de nous la plus difficile à détecter puisque justement, nous n’y prêtons pas attention.

Faut-il pour autant rechercher ses ennemis ?

Répondre par l’affirmative aurait plutôt une connotation masochiste, il est d’ailleurs complètement inutile de rechercher ses ennemis pour s’affranchir de nos parties sombres, ils ont toujours été présents, à l’intérieur de nous. C’est le simple fait de les projeter qui les rend réels à l’extérieur de nous !

Bien entendu, nous avons tendance à nous tourner naturellement vers ceux qui nous renvoient une image agréable de nous-mêmes, ceux avec qui on se sent bien, comme « chez soi ». A l’inverse, dès que nous rencontrons un « autre » qui ne nous renvoie pas l’image que nous avons de nous, la relation tourne souvent au cauchemar. Parfois, l’autre nous renvoie plusieurs facettes, celles que nous aimons et d’autres que nous n’aimons pas, et la confusion s’installe. Nous ne parvenons pas à nous extirper de la relation tout en y étant très mal à l’aise. Nous entrons alors en conflit avec nous-mêmes. C’est le principe même de la manipulation.

Car en fait, que cherchons-nous à travers l’autre ?

On pourrait presque dire que l’autre est là pour exacerber ce qu’il y a en nous et que nous ne pouvons voir. Et à terme, il nous offre alors l’opportunité de nous en libérer ! Sans ennemis, il nous serait parfaitement impossible de voir en nous nos aspects ténébreux, nos attachements, nos colères, notre jalousie…Sans nos ennemis, il nous serait impossible de nous réapproprier nos parties sombres et de nous en libérer. Et cela passe parfois par de terribles douleurs et prises de conscience.

Nous avons besoin de rencontrer toutes ces facettes de nous-mêmes afin de reconstituer le puzzle que nous croyons être, dans le but ultime de le déconstruire car, en réalité, ce que nous percevons ne sont que des images, de soi-même au travers ce qui nous entoure mais uniquement des images, elles ne sont pas la réalité. Percevoir la réalité requiert à terme de se libérer de ces images.

Si nous percevons fondamentalement le principe de l’effet miroir, alors nous cessons de nous sentir victimes et exploitons au contraire cette opportunité de nous voir telles que nous sommes, ou plutôt tel que s’est construit notre égo. C’est alors pour nous l’occasion de nous défaire de ces parties de nous que nous n’aimons pas, qui ne sont pas nous. Mais ce n’est pas facile, et très souvent, nous aurons tendance à fuir ce que nous voyons, que nous jugerons à tort trop ceci ou trop peu cela, sans vraiment réaliser que la seule chose que nous fuyons, c’est l’image de nous-mêmes, image qui, tôt ou tard, se manifestera à nouveau sur notre route….

Comment pouvons-nous savoir que nos rencontres ne sont que des projections ?

Tout simplement par le sentiment que ces rencontres exercent sur nous. Si nous nous sentons attirés, c’est une projection de l’égo ! Si l’autre nous agace, c’est une projection de l’égo ! Et si l’autre ne nous intéresse pas, c’est aussi une projection de l’égo !

La question étant : peut-on avoir une relation avec l’autre en dehors de l’égo ? La réponse Est dans la question ! Sans égo, l’autre n’existe pas, il n’est plus autre ou, dit autrement, c’est de l’égo que naît l’autre. Donc oui, toutes les relations sont possibles au-delà de l’égo, ce qui n’est pas le cas lorsque l’égo est trop présent, du fait de ses conditionnements.

Et si on ne se perçoit pas en l’autre…

Si l’autre ne fait pas écho sur nous-mêmes, la relation ne présente que peu d’intérêt à nos yeux ; il en est de même lorsque  nous ne nous reconnaissons plus en l’autre : en général, nous abandonnons la relation pour une autre qui nous renverra une autre image.

Comment y parvenir ?

Par la prise de conscience et la méditation

La méditation est une aide précieuse, par le simple fait qu’elle nous permette de faire le calme en nous, d’avoir conscience de notre bavardage mental et du simple fait que nos pensées existent, mais que c’est uniquement la saisie qu’on exerce sur elles qui nous donne l’illusion qu’elles sont solides et réelles. Plus nous laissons d’espace en nous, plus nous sommes en mesure d’accueillir ce qui est.

La prise de conscience et les questions simples : est-ce que je ne suis pas en train de faire la même chose que ce que je reproche à l’autre ? Est-ce que, lorsque je juge l’autre, je n’ai pas également en moi  cette part que je juge ? Suis-je exactement conforme à l’image que j’ai de moi-même ?

En se posant ces simples questions, en essayant de rester honnête sans en rajouter ni en enlever, nous nous apercevrons rapidement que nous pouvons nous reconnaître en tout le monde. En nous reconnaissant à travers l’autre, nous cessons tout simplement de le juger ! Et en cessant de juger, nous libérons l’espace qu’occupait le jugement et, à terme, nous permettons l’amoindrissement du pouvoir de l’égo, voire sa dissolution, car Qui juge en réalité ?

Françoise