Développer l’équanimité : faire cesser l’aversion envers une personne que nous n’aimons pas – 1ere partie

Tsenshab Serkong Rinpotché I

Tsenshab Serkong Rinpotché I

Visualisation de trois personnes

D’abord, nous visualisons trois personnes : une personne complètement méchante et désagréable, que nous n’aimons pas, ou que nous considérons comme notre ennemi(e), une personne chérie très chère et très aimée ou amie, et un(e) inconnu(e) ou quelqu’un entre les deux, pour qui nous n’éprouvons aucun de ces sentiments. Nous nous représentons ces trois personnes ensemble.

Quel est le genre d’attitude qui se manifeste habituellement, lorsque nous nous concentrons sur chacune de ces personnes à tour de rôle ? Un sentiment désagréable, de malaise et d’aversion s’élève vis-à-vis de la personne que nous n’aimons pas. Un sentiment d’attirance et d’attachement s’élève envers l’ami(e) chéri(e) très cher(e). Un sentiment d’indifférence, de ne vouloir ni aider ni faire du mal, se manifeste envers la personne qui n’est ni l’une ni l’autre, parce que nous ne trouvons l’inconnu(e) ni attirant(e), ni repoussant(e).

Faire cesser l’aversion envers quelqu’un que nous n’aimons pas

D’abord, nous travaillons avec la personne que nous n’aimons pas, celle que nous considérons même peut-être comme une ennemie.

  1. Nous laissons s’élever le sentiment qui consiste à la trouver désagréable et repoussante. Une fois que ce sentiment est clairement présent,
  2. Nous remarquons qu’un autre sentiment s’élève en même temps, c’est-à-dire que ce serait bien si quelque chose de désagréable lui arrivait, ou si elle vivait quelque chose qu’elle ne veut pas vivre.
  3. Ensuite, nous examinons les raisons pour lesquelles s’élèvent ces sentiments ou ces souhaits négatifs. En général, nous découvrons que c’est parce que cette personne nous a blessé, nous a fait du mal, a fait ou dit quelque chose de méchant, à nous personnellement ou à nos amis. C’est pour cela que nous souhaitons que quelque chose de mal lui arrive, ou qu’elle n’obtienne pas ce qu’elle veut.
  4. Maintenant, nous pensons à la raison pour laquelle nous voulons du mal à cette personne que nous n’aimons pas, et nous examinons si vraiment c’est une bonne raison. Nous considérons ce qui suit :
    • Dans mes vies passées, cette personne soi-disant ennemie a été ma mère et mon père de nombreuses fois, ainsi qu’un membre de ma famille et un(e) ami(e). Elle m’a vraiment beaucoup aidé, d’innombrables fois.
    • Dans cette vie-ci, on ne sait pas avec certitude ce qu’il adviendra. Elle pourra m’être de grand secours et devenir une bonne amie plus tard, au cours de cette vie. De telles choses sont très possibles.
    • En tout cas, elle et moi avons devant nous une infinité de vies, et il est absolument certain qu’à un moment ou à un autre, elle sera ma mère ou mon père. En tant que tel(le), elle m’aidera beaucoup, et il faudra que je mette tous mes espoirs en elle. Ainsi, dans le passé, le présent et le futur, puisqu’elle m’a été, m’est et me sera d’un grand secours de multiples manières, au bout du compte, c’est une bonne amie. C’est sûr et certain. Et maintenant, sous prétexte qu’elle m’a causé un peu de tort dans cette vie, pour une raison aussi insignifiante, je la considère comme une ennemie et lui veux du mal ? Voilà qui ne tient pas debout !
  5. Nous pensons à quelques exemples. Par exemple, supposons qu’un employé de banque ou quelqu’un de riche qui a le pouvoir de me donner beaucoup d’argent, avait eu le désir ou l’intention de le faire, et a déjà commencé un peu à le faire. Si cette personne devait, un jour, perdre contenance et se mettre en colère, et me donner une gifle, et si je me mettais en colère aussi et que je m’accroche à ma colère, cela pourrait la faire changer d’avis de me donner de nouveau de l’argent. Elle risquerait même de changer d’intention et de décider de donner l’argent à quelqu’un d’autre. D’un autre côté, si je supportais la gifle, gardais les yeux baissés et ne disais rien, elle serait, par la suite, encore plus contente de moi du fait que je ne sois pas fâché(e). Il se pourrait même qu’elle veuille me donner plus d’argent qu’elle n’en avait eu initialement l’intention. Alors que si je me mettais en colère et faisais toute une scène, ce serait comme dit le dicton tibétain : « Tu as de la nourriture dans la bouche et ta langue la rejette. »
  6. Donc, je dois considérer le long terme par rapport à cette personne que je n’aime pas, et il en va de même vis-à-vis de tous les êtres limités. L’aide qu’ils m’apporteront à long terme est certaine à cent pour cent. Il est donc complètement inapproprié que je m’accroche à ma colère pour un petit tort insignifiant que n’importe qui pourrait causer.
  7. Ensuite, nous considérons les scorpions, les animaux sauvages ou les fantômes. Nous voyons comment, au moindre contact ou à la moindre provocation, immédiatement, ils frappent en retour. Puis nous nous considérons nous-mêmes et voyons à quel point il est inapproprié d’agir comme ces créatures. De cette façon, nous désamorçons notre colère. Nous devons penser que « quel que soit le mal que cette personne me cause, je ne perdrai pas contenance et ne me fâcherai point ; sinon, je ne suis pas mieux qu’un animal sauvage ou qu’un scorpion. »
  8. En conclusion, nous mettons tout cela sous la forme d’un syllogisme de logique. Je cesserai de me fâcher contre les autres sous prétexte qu’ils m’ont fait du tort parce que :
    • dans des vies passées, ils ont été mes parents,
    • plus tard dans cette vie, il n’est pas certain qu’ils ne deviennent pas mes meilleurs amis,
    • dans le futur, ils renaîtront à un moment ou à un autre en tant que mes parents et m’aideront énormément : ils m’auront donc été d’un grand soutien dans les trois temps,
    • si je me fâche en retour, je ne suis pas mieux qu’un animal sauvage. Donc, je cesserai de me fâcher pour les petits torts qu’ils peuvent me causer dans cette vie.

Tsenshab Serkong Rinpotché