La pratique de la Vision Supérieure

 

Le « moi » vide

Qui suis-je ?

Cette question nous hante, le plus souvent à un niveau subtil, presque à chaque instant de notre vie. Nous avons beau essayer, mais nous ne trouvons pas vraiment de moi, n’est-ce pas ? Nos opinions changent et nos rapports avec les autres reflètent différents aspects du moi. Notre corps subit des changements constants. Nous commençons donc par chercher un moi essentiel qui ne se laisse(rait) pas définir au gré des circonstances. Nous agissons comme si nous avions un moi à protéger en évitant la douleur et en cherchant le confort et la stabilité. En cas de douleur ou de malaise, nous cherchons à nous en extraire, et quand il arrive quelque chose d’agréable, nous cherchons à nous y attacher. Ce qui implique que le plaisir et la douleur, le confort et l’inconfort, etc. sont en quelque sorte étrangers à ce moi.

Bizarrement, aussi profondément que nous observions nos réactions, nous n’avons pas une image très claire de ce que ce moi est réellement. Où est-il ? A-t-il une forme précise, une couleur ou n’importe quelle autre dimension physique ? Que peut-on dire d’un moi permanent ou non conditionné par ce que l’on vit ?

Le dépassement de cette impression du moi n’implique aucune spéculation sur son existence réelle ou non. Ce genre de spéculation est peut-être intéressante du point de vue philosophique mais ne présente pas beaucoup d’intérêt en ce qui concerne l’expérience d’instant en instant (instantanée). La pratique de la vision supérieure exige que l’on s’examine en fonction de son investissement personnel dans un moi qui existe indépendamment des circonstances comme un point de référence valable dans l’expérience.
Avant d’entreprendre cet examen, il s’impose, bien entendu, d’adopter une posture physique alerte et détendue. Ensuite, on repose son esprit à l’aide de la pratique de l’attention sans objet que nous avons vue plus haut. Enfin, on cherche le moi – celui qui observe le défilé des pensées, des émotions, des sensations, et ainsi de suite.

Le processus peut, dans un premier temps, impliquer une espèce d’analyse.
Mon moi est-il ma main ?
Mon pied ?
Mon moi est-il la gêne que peut-être j’éprouve quand je suis assis en tailleur ?
Mon moi est-il les pensées qui se présentent ou les émotions que je ressens ?
L’une de ces choses serait-elle « moi » ?

Ensuite, on peut passer de ce processus analytique à la recherche effective du moi.
Où est le moi ?
Qu’est-ce que le moi ?

Ne poursuivez pas trop longtemps l’investigation. La tentation d’aboutir à une position conceptuelle ou philosophique est assez forte. Cet exercice n’a d’autre but que de vous permettre de découvrir dans votre expérience un sentiment de liberté par rapport à l’idée d’un moi permanent, singulier et indépendant. Comme nous l’avons vu précédemment, la vacuité n’est pas une décision que l’on prend au sujet de la réalité absolue, ni un état de conscience que l’on atteint par l’analyse ou la discussion philosophique. C’est une expérience qui, une fois que l’on y a goûté, peut changer la vie en ouvrant d’autres dimensions et d’autres possibilités.

Voilà à quoi sert la pratique de la vision supérieure.

Mingyur Rinpoché